Salon de l'agriculture : OGM, le sujet qui fâche...

Le sujet des organismes génétiquement modifiés (OGM) devrait revenir une nouvelle fois dans les travées du Salon de l’Agriculture, mais il n’est pas sûr que les candidats se bousculent pour évoquer ce sujet qui fâche.

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Salon de l'agriculture : OGM, le sujet qui fâche...

"Promesse tenue", a tweeté Natalie Kosciusko-Morizet. Le 20 février dernier, le gouvernement a demandé à la Commission européenne de suspendre une nouvelle fois l’autorisation de cultiver le maïs MON810 de Monsanto. Le précédent moratoire, pris en 2008, avait été cassé par la Cour de Justice européenne et le Conseil d’Etat en France. La nouvelle décision, qui n’est pas une clause de sauvegarde mais une interdiction de culture, est assortie de nouvelles études scientifiques, notamment de l’Agence européenne de sécurité sanitaire (Aesa), a assuré la Ministre de l’Environnement. Elle vise surtout à empêcher les semis de maïs cette année. Donc à gagner du temps…

La décision était attendue, et le milieu agricole a déjà lancé sa riposte. L’Association générale des producteurs de maïs (Agpm), affiliée à la Fnsea, a annoncé qu’elle attaquerait la décision en référé. C’est un deuxième clash en quelques jours pour le syndicat agricole majoritaire sur la question des OGM. La Fnsea a claqué récemment la porte du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) il y a quelques semaines en compagnie de l’Ania, l’Association des industriels de l’agroalimentaire pour dénoncer le manque de consensus au sein du Haut Comité sur les règles de coexistence des cultures OGM et non-OGM.

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Au compte-goutte

Dans la foulée du Grenelle de l’environnement, le gouvernement avait créé le HCB et fait voté une loi sur la coexistence des cultures. "La loi a été votée en 2008 et les textes d’application sortent au compte-goutte", commente Philippe Gracien, directeur du Gnis (Groupement national des industries des semences), qui rassemble les professionnels des semences. Un premier texte d’application est sorti début janvier réglementant les conditions d’étiquetage "sans OGM" des aliments. Le deuxième texte sur les règles de coexistence des cultures OGM et non OGM a mis en évidence la difficulté de s’entendre entre "pros" et "antis" OGM au sein des deux instances du HCB, le conseil scientifique et le conseil économique, éthique et social.

Du côté des semenciers, on est un peu désabusé : "Les politiques nous parlent d’innovation et de recherche, mais dès qu’il s’agit de développer, on nous oppose le principe de précaution et on renforce les mécanismes d’évaluation. Certains dossiers sont en attente depuis douze ans !" se lamente Philippe Gracien, qui pointe le hiatus de l’interdiction de culture de certaines variétés qui sont par ailleurs autorisées à la consommation…

"Dans les années 80, et jusqu’en 2006, la France était en pointe en matière de recherche publique et privée dans les biotechnologies. Aujourd’hui, notre retard n’est pas irrattrapable, mais il est considérable", se désole Yvette Dattée, de l’Association française des biotechnologies végétales (Afbv), qui rassemble essentiellement des scientifiques. L’association a récemment publié une lettre ouverte aux candidats. Elle s’inquiète de l’impossibilité d’effectuer des travaux en champs sur de nouvelles variétés d’OGM, et regrette un "isolement croissant de notre recherche et de nos industries, qui menace notre indépendance technologique, pénalise notre compétitivité et compromet notre influence".

7 questions

L’association pose sept questions aux candidats : des mesures d’aides pour les PME du secteur des semences pour rester sur ce marché, et notamment des allègements des réglementations européennes ; l’expérimentation en champs des nouvelles variétés ; l’expertise scientifique des agences d’évaluation ; le fonctionnement du Haut comité aux biotechnologies (HCB) ; l’avenir de la recherche publique ; la revalorisation des sciences du vivant dans l’enseignement et la mission du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) dans le domaine scientifique.

"Les jeunes chercheurs ne veulent plus travailler dans ce domaine, car ils savent qu’ils devront partir aux Etats-Unis, comme beaucoup d’autres chercheurs l’ont déjà fait, s’ils veulent continuer leurs travaux. Les entreprises semencières comme Limagrain et BASF ont délocalisé leur recherche aux Etats-Unis", souligne Yvette Dattée, qui espère que l’AFBV décrochera des rendez-vous avec les principaux candidats.

Du côté des candidats, on ne va pas se bousculer pour parler des OGM au Salon de l’Agriculture : "Compte tenu de l’opinion, ce n’est clairement pas un sujet porteur…", explique Philippe Gracien. Il est surtout urgent d’attendre…

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