Sagem croit au succès de son drone Patroller

Si le ministre de la Défense privilégie pour l'instant d'autres fournisseurs, le fabricant français a démontré les performances de son dernier drone à l'étranger notamment au Qatar ou au Kazakhstan. Exposé au prochain Bourget, le Patroller vise également le marché de la sécurité civile.

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Sagem croit au succès de son drone Patroller

Fabrique-t-on des drones militaires de surveillance en France ? Oui, à Montluçon en Auvergne ! Qui l'eut cru ? Et pourtant, en pleine terre bourbonnaise, dans le hall d'intégration de l'usine de Sagem, trois drones tactiques dont deux portant déjà la cocarde tricolore, sont en cours d'assemblage à différents stades d'avancement, ils vont bientôt effectuer leur premier vol de contrôle et rejoindre les rangs de l'armée française pour remplacer les modèles abimés lors du conflit afghan. Mais ces Sperwer, drones reconnaissables par leur voilure en forme d'aile delta, conçus dans les années 90, ne correspondent plus aux exigences actuelles des armées. Trop petits, ces drones dits tactiques sont désormais limités: aussi bien au niveau de leur autonomie (moins de 10 heures de vol) que de leur charge utile limitée à environ 60 Kg. Des performances qui restreignent de fait leur mission de renseignement. Aujourd'hui, toutes les armées du monde et les forces françaises y compris, rêvent de drones stratégiques ultra-performants dits "MALE" (pour Moyenne altitude longue endurance) voire "HALE" (Haute altitude longue endurance) capables de voler une trentaine d'heures et d'embarquer jusqu'à 2 tonnes de charge utile.

3 000 vols

Les Sperwer ont toute même fait les beaux jours de Sagem : ce modèle a été produit en série et vendu à 140 exemplaires. Aucun autre fabricant européen ne peut en dire autant. "Ce drone a été développé sur fonds propres. La conception et la fabrication sont totalement françaises ou presque, ainsi que le support en opération. Nous n'avons pas attendu de commandes de l'Etat pour le produire. D'ailleurs la France n'a été que notre quatrième client", explique Patrick Durieux, directeur commercial de l'activité drones de Sagem. Les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, la Grèce et le Canada ont largement exploité les Sperwer en Afghanistan. En neuf ans de conflit, ces appareils ont cumulé plus de 3 000 vols. "Nous avons assuré le support en exploitation durant toute cette période. Cela nous confère une expérience unique en Europe dans le domaine des drones", explique le responsable de Sagem.

Grâce à ce savoir-faire, la filiale du groupe Safran veut réitérer ce succès avec son nouveau drone, le Patroller. Un premier exemplaire opérationnel est visible à l'usine de Montluçon à côté de la ligne d'assemblage des Sperwer. Pour le concevoir, Sagem a pris en compte l'expérience accumulée en Afghanistan. Les deux appareils n'ont plus rien à voir. Ainsi le nouveau drone appartient à la famille des MALE légers d'environ 1 tonne plutôt que des drones tactiques. Ses performances ont été démultipliées. Le Patroller s'appuie sur une cellule d'avion piloté, le S-15 de l'avionneur allemand Stemme. Cette plateforme de 18 m d'envergure et déjà certifiée EASA, est capable de voler jusqu'à une trentaine d'heures avec des pointes à 300 km/heure tout en étant relativement silencieuse.

Conception européenne

A l'intérieur du cockpit et sous ses ailes, l'appareil peut transporter environ 250 kg de charge utile. Soit une grande variété de capteurs (caméra thermique, équipement optronique, radar, détecteur de balises, systèmes d'écoutes électromagnétiques...) et même des roquettes ou des missiles tactiques. Sa chaîne d'image, 100% Sagem (des capteurs embarqués jusqu'à la station sol en passant par le traitement informatique) permet de distinguer avec netteté des cibles à 3 km de distance. Pour compléter la panoplie de l'avion espion, le Patroller intègre d'autres équipements fournis par des partenaires européens : la transmission par Thales ou Zodiac, le radar par l'italien Selex (groupe Finmecannica), le système de guerre électronique par Thales, l'armement par MBDA...

"Ce drone est de conception européenne sous maîtrise française. On maîtrise 100% des problèmes techniques et on peut réagir très vite pour apporter des évolutions. A contrario, passer un fournisseur non européen, c'est prendre le risque d'acheter des boites noires", explique Patrick Durieux de Sagem. Toutefois, ces performances ne rivalisent pas avec les véritables drones MALE lourds d'environ 5 tonnes qui intéressent actuellement l'armée française, que seuls General Atomics avec son Reaper et l'israélien IAI avec le Heron TP sont capables de fournir.

Sagem nourrit toutefois d'autres espoirs. Dans la catégorie des drones MALE légers, l'armée française teste avec les forces britanniques le Watchkeeper de Thales. Et tant que la décision d'achat final n'est pas prise, le fabricant français ne désespère pas de faire valoir les qualités de son appareil. Par ailleurs, le Patroller a d'autres débouchés possibles que les forces tricolores. D'autant plus qu'il a été développé sur les fonds propres du groupe comme le Sperwer. Sa polyvalence en termes de capteurs embarqués lui permet de remplir des missions de sécurité territoriale et civile (surveillance des frontières, sauvegarde maritime, détection de départ de feu, surveillance des grands événements...). Le coût d'une heure de vol de drone est en effet moindre, comparée à celle d'une surveillance effectuée par pilote. Et comme pour le Sperwer, Sagem mise également sur les marchés exports. "Le Patroller répond assez bien au cahier des charges qui sortent à l'export notamment au Moyen-Orient, en Asie, en Pologne, au Kazakhstan". Le Patroller a déjà été démontré fin avril au Qatar. Au Bourget, le constructeur ne manquera pas de mettre en avant son appareil sans pilote espérant y séduire les clients potentiels.

A Montluçon, Hassan Meddah

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