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L'Usine Aéro

Safran-Zodiac, noces rebelles

Olivier James

Publié le

Safran-Zodiac, noces rebelles
Affaibli par des résultats décevants, Zodiac reste convaincu de la pertinence de son rapprochement avec Safran.

En l’espace de quatre mois, le projet censé faire émerger le nouveau numéro trois mondial de l’aéronautique (hors constructeurs) s’est mué en vaudeville industriel. Le 19 janvier, l’annonce de la fusion entre Safran et Zodiac sonne juste, mariant le spécialiste des moteurs, des trains d’atterrissage et des câblages électriques avec le numéro un mondial des équipements de la cabine (sièges, toilettes…). Le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin, esquisse un acteur intégré et pense réussir une opération que son prédécesseur, Jean-Paul Herteman, n’avait pas su mener à son terme en 2010. Depuis, les rapports entre les deux protagonistes ont viré à l’aigre. Zodiac inquiète Safran après avoir annoncé, le 28 avril, des résultats financiers plus mauvais que prévu. L’entreprise semble plus que jamais embourbée dans des dysfonctionnements industriels à répétition, responsables depuis plus de deux ans d’importants retards de livraison de sièges et de toilettes chez Airbus et Boeing.

Offre revue à la baisse

Chez Safran, les informations reçues en procédure de due diligence – les données non publiques – sont passées à la moulinette pour vraisemblablement revoir à la baisse l’offre initiale d’une dizaine de milliards d’euros. Les données, reçues le 28 avril, du plan à moyen terme qui décrit le redressement du groupe jusqu’en 2020 sont analysées sous toutes les coutures. Signe du durcissement des négociations, les dirigeants de Zodiac n’hésitent plus à évoquer un scénario qui verrait le groupe rester seul à l’avenir. « L’opération avec Safran est notre priorité, c’est le scénario qui a notre préférence, assure le président du directoire de Zodiac, Olivier Zarrouati. Elle présente des avantages pour Safran et Zodiac, et je dirais même pour le pays. Mais ce n’est pas le scénario unique. » Une référence à la possibilité d’un plan « stand alone » évoqué en cas d’échec avec Safran, autrement dit si le prix par action proposé est jugé trop faible par les dirigeants de l’équipementier. Yann Delabrière, l’ancien patron de Faurecia, a été appelé à la rescousse en tant que « conseiller spécial » [lire l’encadré ci-dessous]. Quant à l’actuel patron, il a remis son mandat au conseil de surveillance. Olivier Zarrouati paie son incapacité à juguler une crise commencée dès 2014.

Comme si cela ne suffisait pas, Safran et Zodiac subissent la pression incessante d’un acteur qui s’est invité à la table des négociations, The Children’s Investment (TCI). Un acteur à ranger dans la catégorie des fonds d’investissement à vocation spéculative. Créé en 2003 par Christopher Hohn au Royaume-Uni, le fonds gère pour 20 milliards de dollars d’actifs. Il possède 4 % du capital de Safran et milite depuis le début pour un abandon du rapprochement, au coût jugé exorbitant. Le fonds a mis en place un site internet où il reproduit les courriers envoyés aux différentes parties prenantes et affiche clairement ses intentions. « Même si la méthode peut paraître brutale, elle permet d’accentuer la pression sur la société et facilite le partage d’informations avec les autres actionnaires minoritaires », soutien Alexandre Omaggio, avocat associé au sein cabinet FTPA. TCI a envoyé aux dirigeants de Safran un document d’une centaine de pages, issues d’entretiens réalisés avec d’anciens employés de Safran et de Zodiac, pour démontrer le manque de pertinence du rapprochement.

Lobbying agressif

« Safran livre des moteurs qui sont certes des pièces de grande précision, mais identiques et livrées en petits volumes, alors que Zodiac produit des équipements personnalisés pour chaque compagnie aérienne à de forts volumes », argue Jonathan Amouyal, associé chez TCI. Et de pointer le risque de voir l’attention de Safran détournée alors que le moteur Leap dédié aux monocouloirs remotorisés représente un défi industriel majeur. TCI fustige également le manque de transparence de Zodiac : « Cela ne nous surprendrait pas que le groupe n’ait pas dit toute la vérité. » Des propos abrupts, plusieurs fois répétés, qui poussent Zodiac à assigner TCI pour « dénigrement ». Un activisme forcené dont le fonds est coutumier. Comme le rappelle un cabinet de conseil en stratégie, le fonds a demandé la démission du patron de la banque néerlandaise ABN Amro en 2007, il a réclamé en 2013 la vente de la participation d’EADS (devenu Airbus) dans Dassault Aviation et s’est fendu d’un courrier au management de Volkswagen en 2016 pour dénoncer la stagnation des profits et l’incompétence d’un management jugé surpayé.

En l’absence d’un rapprochement avec Zodiac, que devrait faire Safran des quelque 3 milliards d’euros tirés de la vente de Morpho ? Réponse de TCI : distribuer des dividendes pour les actionnaires et racheter ses propres actions pour faire grimper le cours de Bourse. « Cela ne répond pas à une logique industrielle et peut être perçu comme une vision actionnariale court-termiste », analyse Alexandre Omaggio. Le fonds souhaite-t-il toujours le départ de Ross McIness, le président de Safran ? « Oui, répond Jonathan Amouyal. Nous pensons qu’il n’a pas été compétent. Nous pourrons à tout le moins déposer une résolution en ce sens lors de l’assemblée générale de Safran. » Celle-ci se tiendra le 15 juin.

Torpillé par TCI, en proie à une profonde crise de croissance, Zodiac a-t-il vraiment les moyens de faire cavalier seul ? Airbus a, d’ores et déjà, retiré Zodiac de son catalogue dédié à l’aménagement de l’A 330neo. « Il n’y a plus de problème de qualité, mais le groupe ne livre pas encore conformément au calendrier », assure une source chez l’avionneur. Alors que le segment de la cabine d’avion attise les convoitises, les mouvements de consolidation se précisent, avec notamment Rockwell et B/E Aerospace. La concurrence génère une importante pression sur les prix et de facto sur les marges. « Si le groupe parvient à se refaire une santé, il sera en mesure de se faire racheter plus cher demain », glisse un bon connaisseur de l’aéronautique. 

L’ex-patron de Faurecia à la rescousse

C’est le pompier qui devra éteindre l’incendie. Yann Delabrière a été nommé conseiller spécial du président du directoire de Zodiac, Olivier Zarrouati, pour une mission d’une dizaine de mois. En cas de fusion réussie avec Safran, il devra « remettre l’outil industriel au carré » et « rétablir le dialogue, abîmé ces mois derniers, avec tous les grands clients du groupe », selon Didier Domange, le président du conseil de surveillance de Zodiac. Dans le cas contraire, il devra aider à choisir le futur président du directoire et pourrait prendre la tête du conseil de surveillance. À 66 ans, celui qui fut, de 2007 à 2016, le PDG de l’équipementier automobile Faurecia arrive en terrain miné. L’arrivé d’un spécialiste de l’auto – il a rejoint PSA dès 1990 – ne doit rien au hasard pour un segment de la cabine d’avion qui doit délivrer des volumes de plus en plus importants et à un niveau de qualité inédit. Ce n’est pas tout. Le redressement de Faurecia est l’un des principaux faits d’armes de Yann Delabrière. En 2016, le chiffre d’affaires de l’équipementier s’est établi à 18,7 milliards d’euros, contre 12 milliards en 2008. Et le groupe est passé d’une perte de 574 millions d’euros à un résultat net de 638 millions d’euros. Tout en menant une croissance rapide : 300 sites industriels aujourd’hui, contre 190 il y a dix ans. Reste à savoir si sa recette remettra Zodiac sur pied. 

 

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