Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Quotidien des Usines

S'implanter en Chine : Techné fait le grand bond

Publié le

Production. Pour vendre en Chine, cette PMI spécialisée dans les joints d'étanchéité, a créé une usine sur place. L'entreprise a pu ainsi assurer son avenir dans un commerce mondialisé.

Georges Fontaines, le P-DG de Techné, PMI lyonnaise spécialisée dans les joints pour l'automobile et l'industrie, était présent à la foire de Shanghai en novembre dernier, avec une poignée de PME françaises. Il aurait apprécié que la brochette d'hommes poli-tiques rhône-alpins alors en visite dans la ville, fassent un détour par le salon, histoire de marquer leur soutien aux entrepreneurs qui se lancent sur le bouillonnant marché chinois... Mais Georges Fontaines n'en fait pas une affaire. Il préfère les opérations moins médiatiques mais directement profitables à l'entreprise et à son personnel. Pour preuve : fin avril 2005, tous les salariés de Techné ont été invités (en deux vagues) à effectuer un voyage de neuf jours en Chine, les conjoints bénéficiant d'un tarif préférentiel. « Presque tout le monde en a profité ; c'est une preuve de l'intérêt et de l'adhésion du personnel à notre implantation en Chine », assure avec enthousiasme le P-DG.

La Chine est le nouveau défi que s'est lancé le créateur de Techné, une PMI d'une centaine de personnes, à Morancé, en Beaujolais. Effet de mode ? Tocade ? Pas vraiment, explique Georges Fontaines en quittant sa veste doublée rouge vif ornée d'idéogrammes chinois. « Dès 1974, j'ai commencé à fréquenter l'Asie comme acheteur au Japon... A l'époque où ce pays était considéré comme un fabricant de gadgets. J'étais déjà dans les joints. Après la création de Techné, je suis resté en contact avec plusieurs fournisseurs. Vers 1990, je me suis tourné vers Taïwan pour en trouver d'autres. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment compris ce qu'était la mondialisation : en revenant de Thaï-Pehw - où j'avais acheté des joints -, j'ai rencontré, dans l'avion, un ressortissant de Hongkong à qui je les ai immédiatement reven-dus. Ainsi donc un Français pouvait vendre en Chine ! » Intéressant. D'autant qu'à partir de 2000, la montée en puissance de ce continent devenait sensible. Les Taïwanais y implantaient usine sur usine. J'ai laissé un peu venir, et en 2003 j'ai amicalement fait pression sur Taï-Seal, notre principal fournisseur en volume, afin de sauter le pas. » Résultat : en janvier 2004, Techné Taï-Seal Rubber Company (TTRC) s'implante à Dong Guan dans le triangle Canton, Shanghai, Shenzen. Aventure ? Non, passage obligé pour Techné, qui, avec 100 personnes, se veut mondiale et présente là où les marchés bougent.

Georges Fontaines n'en met pas moins les points sur les i : il s'agissait bien de monter une unité de production en Chine et non pas de délocaliser. Industriellement d'ail-leurs, il ne peut y avoir aucun doute puisque la production française consiste à réaliser des joints par usinage dans des élastomères et des polymères (pour pièces unitaires et préséries) tandis qu'en Chine l'objectif est de fabriquer en grande série via le moulage par compression. Les deux technologies ont chacune leur créneau et ne sont pas concurrentes. La motivation est économique et en relation avec les coûts de fabrication. En effet, l'évo-lution géographique de la production (du Japon vers Taïwan, puis vers la Chine) suit les lieux de vente des produits. Il s'agit bien de gagner des marchés sur place et plus généralement dans les pays à monnaie faible : Indonésie, Brésil, etc. Pour vendre en Chine, il faut produire en Chine : « Nos clients déjà implantés dans l'empire du Milieu (sous-traitants automobiles, Camping Gaz, ADG, jouets...) ne sont pas opposés à se fournir en Europe, mais ils nous ont indiqué qu'ils voulaient la qualité européenne aux prix chinois ! Nous en avons perdu quelques uns en 2003. Nous aurions dû les suivre plus tôt. »

Une démarche simple et pragmatique

L'implantation en Chine vise à redonner un grand objectif à Techné : « En allant, côté clients, dans le sens de l'histoire afin d'assurer la pérennité de l'entreprise pour dix ans, voire plus. Si l'entreprise ne se développe pas, si les salariés n'y progressent pas, les meilleurs s'en vont et c'est la chute programmée », insiste Georges Fontaines. « Notre défi chinois nous a obligés à nous former, à évoluer. Notre voyage est le point d'orgue de cette action. Il faut aller voir sur place comment cela se passe, le personnel français doit comprendre que ce n'est pas une délocalisation, qu'il n'y a pas compétition entre les deux sites. Il faut faciliter le brassage des cultures et favoriser l'évolution personnelle », poursuit-il.

Moyennant quoi la stratégie retenue est assez simple et pragmatique. Georges Fontaines ne se sentait pas compétent pour diriger à distance une société 100 % Techné et un expatrié coûte cher. D'où le joint-venture avec Thaï-Seal. De culture chinoise, la société gère toute la partie matérielle (hommes, production). A Techné la partie commerciale, la logistique et la gestion budgétaire. « Un domaine où les Chinois ne sont pas forts. La gestion, chez eux, reste très intuitive. C'est une des compétences que nous pouvons leur apporter. » Un exemple ? Le terme amortissement n'existe pas en Chine ! On achète une machine pour faire des affaires ; quand le marché est terminé, on la garde, mais on ne pense pas amortissement.

Techné, pilote au sein de TTRC, a donc laissé tout ce qui touche à la culture chinoise à son partenaire. Le personnel français est tout de même au contact de cette culture à travers Thaï-Seal. « Une vingtaine de salariés de Techné (comité de direction et personnels directement en prise avec la Chine) ont suivi une formation de deux journées sur différents aspects culturels (dont les négociations), dispensée par un prestataire de la CCI de Lyon qui a vécu dix ans en Chine. » Une nécessité pour Edith Poux, responsable marketing. La langue restant une barrière, la PME a embauché il y a trois ans une Chinoise, au service achat ; non contente de traduire les mots, elle traduit aussi les mentalités.

En Chine tout est compliqué mais tout s'arrange

Pour autant, tout n'est pas facile. La Chine reste un pays commu-niste, avec une administration lourde et des règles qui évoluent tous les jours ; les lois de fonctionnement de l'industrie datent des années 2000. Au-delà du pouvoir central à Pékin, il faut compter avec les pouvoirs locaux qui adaptent les lois, puis ceux des mairies. Lorsque Georges Fontaines a envisagé en 2003 de créer une société commerciale, il a découvert qu'il lui fallait acquérir une licence, dont le prix était très variable d'une région à l'autre et surtout négociable. Il savait aussi que ces licences allaient être remises en cause. Et, de fait, elles ne sont plus nécessaires depuis janvier 2005. L'une des grandes difficultés est précisément de savoir ce qui va se passer dans les six mois à venir, le système étant très changeant et donc « déboussolant ».

Autre difficulté rencontrée, la compréhension du système de TVA en Chine, normalement au taux de 17 %. La récupération de la taxe s'effectue au niveau régional ; si bien que, lorsque une région a besoin d'argent, le remboursement risque d'être différé de plusieurs mois. Il existe donc un système parallèle de TVA non récupérable, à un taux négocié de 4 à 6 %. « Nous avons eu besoin d'une semaine avec mon directeur commercial pour parvenir à comprendre le système », explique Georges Fontaines. En Chine, tout se négocie : « Même le prix d'un repas dans un restaurant au moment de l'addition. Pas vraiment notre culture ! »

Georges Fontaines ne critique pas : « Le pays n'a pas encore mis en place toutes les structures admi-nistratives nécessaires pour que l'impôt soit clair, transparent et payé. Que l'on songe à ce qu'était la France il y a cinquante ans. » Cette situation peut être source de corruption, mais le P-DG de Techné ne l'a pas rencontrée.

Prendre en compte les « obligations d'embauche »

Côté production, la différence avec la France est flagrante. « L'effectif de TTRC est de 80 personnes mais il faut diviser ce chiffre par deux et demi pour avoir un équivalent temps plein européen. » La raison est simple : en Chine, il faut compter avec les obligations à l'embauche (gardiens, logements des ouvriers, cuisines, chauffeur pour la voiture de société, etc.). En fait, la production n'occupe qu'une vingtaine de personnes. Le bâtiment sur lequel on peut lire le nom de Techné TTRC est aussi le logement des hommes (un autre bâtiment est réservé aux femmes) car il faut, dans cette région, loger les ouvriers qui viennent des campagnes. Georges Fontaines ne s'en offusque pas : « Pensons aux cités ouvrières et aux foyers d'immigrés que les entreprises françaises ont créées entre les deux guerres et dans les années 1950/1960. C'est un pont entre la pau-vreté rurale et l'industrialisation. » Ces bâtiments ne sont pas la propriété de la société (il vaut mieux investir le moins possible et en laisser le soin à des spécialistes) pas plus que le terrain sur lequel ils sont bâtis ; celui-ci appartient à l'Etat qui le loue pour cinquante ou quatre-vingt-dix ans. Mais il est possible d'avoir des exigences sur l'aménagement des bâtiments (ici des studios pour deux employés).

La production proprement dite occupe le rez-de-chaussée. A l'étage, on trouve le contrôle qualité et les bureaux sur 3 000 mètres carrés. Les machines de moulage de joints d'étanchéité (de 3 à 60 mm de diamètre) ont été achetées en crédit-bail. Toute la partie fini-tion des joints, contrôles et emballage est calquée sur l'organisation européenne car les produits sont destinés à des clients européens (en Chine ou en Europe). La production est donc plutôt haut de gamme pour la Chine. D'ailleurs le site va recevoir une machine de contrôle optique automatique des joints à l'unité, identique à celle de Morancé (une Basler à 200 000 euros). Ainsi TTRC garantira à ses clients de l'automobile le 100 ppm. Démarrée en mars 2004, l'usine atteint presque sa vitesse de croisière (6 à 7 millions de joints par mois, produits spécifiques de grande série) avec un chiffre d'affaires de 100 000 euros pour un prévisionnel de 150 000. « Un tel outil de travail en Europe générerait un chiffre trois à quatre fois plus important », souligne Georges Fontaines. Il ne faut donc pas comparer le taux horaire d'un Chinois et celui d'un Européen, les analyses doivent êtres plus nuancées. Petit détail, Techné s'est engagée à acheter toute la production du site chinois.

Un échec de l'implantation serait dramatique pour la PMI. Tant pour ses finances que pour son personnel qui risquerait d'être déstabilisé. Georges Fontaines reconnaît qu'au début il lui a fallu convaincre en in-terne : « Je n'arrivais pas à commu-niquer sur ce flou chinois. » Edith Poux, de longue date dans l'entreprise, trouvait la démarche logique puisque Techné travaillait depuis longtemps en Asie, la Chine était donc une extension. « Nos habitudes d'Européens se heurtaient à ce flou : incertitudes sur les coûts de TVA, de transport, de douanes... On se demandait où l'on allait. »

Bien prévoir son calendrier

Mais la situation évolue vite. « Shanghai a sorti en 2004 son premier guide d'implantation pour les investisseurs, rappelle Georges Fontaines. Jusqu'à présent, un tel guide était inconcevable. Tout fonctionnait par ouï-dire. Désormais les règles sont établies, bien que des interprétations restent possibles. Notre expérience, démarrée en 2003, n'est plus totalement transposable, du fait des évolutions très rapides. » « Aujourd'hui, une PMI de 10 personnes peut se lancer seule en Chine, ce n'est pas très cher, le risque est moins grand car le terrain est balisé », poursuit-il. Pour Techné, fournisseur de joints, il était grand temps de faire le bond, car il ne fallait pas manquer le coche. « Dans les marchés qui s'ouvrent et les opérations d'implantation, il faut être présent dès le début, lorsque le produit n'en est encore qu'au stade de la conception. On ne peut pas se permettre de perdre six mois en Chine ! Le fabricant aura trouvé d'autres sous-traitants et on ne pourra pas rattraper le coup. Les Chinois sont très fidèles envers leurs fournisseurs et il est très difficile de les déloger une fois les collaborations établies. » Georges Fontaines parle en connaissance de cause car à ses débuts il a raté des affaires pour avoir voulu vendre au prix européen et sans la présence effective d'un commercial sur place. Toute PME qui veut vendre en Chine doit y assurer une présence commerciale, intégrer le fait que sa marchandise doit être au prix local et suivre au plus près les projets de délocalisations des donneurs d'ordres pour être là au bon moment.

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle