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"S’il existe un plus beau métier que DRH, je ne l’ai pas encore trouvé", confie Sophie Galoo, d’ADP France

Christophe Bys ,

Publié le

Entretien Directrice de la communication et de l’écosystème d’ADP en France, Sophie Galoo a extrait d’une étude mondiale sur les attentes des salariés vis-à-vis de leurs DRH des données sur la situation française. Le tableau dressé révèle de fortes demandes, auxquelles les DRH n’ont pas toujours les moyens de répondre. Éclairage sur un quiproquo dans lequel les salariés veulent dans l’entreprise des services aussi simples que ceux qu’ils utilisent dans leur vie personnelle.

S’il existe un plus beau métier que DRH, je ne l’ai pas encore trouvé, confie Sophie Galoo, d’ADP France

L’Usine Nouvelle : Quand vous avez eu en main les résultats de l’étude mondiale, quel résultat vous a le plus surpris ?

Sophie Galoo : L’étude porte sur cinq grandes régions comme l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie… Ce qui est vraiment très frappant c’est de voir à quel point la situation est assez comparable d’un pays à l’autre. On ne trouve pas d’écarts importants. Par exemple, je m’attendais à ce qu’aux États-Unis, les salariés soient davantage satisfaits qu’ailleurs sur l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Et bien, il n’en est rien. Les résultats des États-Unis sont un peu meilleurs qu’ailleurs mais ce n’est vraiment pas significatif.

Alors que le thème de l’engagement est omniprésent, comment expliquez-vous le résultat français qui n’est vraiment pas très bon ?

En France, seulement 14% des salariés disent qu’ils recommanderaient leur entreprise à leurs proches. Quand je pense à toutes les entreprises qui mettent en place des systèmes de cooptation, on peut avoir des doutes sur les résultats… Parmi les 510 personnes interviewées en France, 72% nous ont cependant dit que si leur entreprise adoptait une organisation du travail plus flexible, elles auraient un avis plus satisfaisant. J’y reviens, mais les salariés sont aujourd’hui demandeurs d’un meilleur équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Les entreprises vont devoir accepter que leurs collaborateurs puissent travailler ailleurs qu’en son sein. Les salariés veulent avoir des applications pour pouvoir travailler avec leurs smartphones, leurs tablettes. Ce n’est pas une demande spécifiquement française, c’est une demande uniforme, que l’on retrouve quelle que soit la taille de l’entreprise, quel que soit le secteur. Par exemple, contrairement à certains commentaires, le désengagement est le même dans les start-up qu’ailleurs. Il est donc plus que temps de remettre l’entreprise au cœur des collaborateurs.

Les entreprises vont devoir accepter que leurs collaborateurs puissent travailler ailleurs qu’en son sein.

 

Quand on demande aux salariés ce que, selon eux, "les DRH font de bien", les scores sont particulièrement mauvais pour la communication (8%), l’écoute (6%) ou le recrutement (5%). Quels résultats !

J’ai tendance à dire aux DRH que c’est une bonne nouvelle. Quand on part de si bas, on ne peut que remonter ! Rendez-vous compte : seulement 15% des collaborateurs disent avoir confiance sur la justesse du calcul de leur paie. Cela nous concerne un peu, car nous sommes des spécialistes du calcul des paies pour les entreprises et nous nous engageons contractuellement sur la justesse. Ce résultat nous a interpellés. Nous avons fait une étude en ligne et nous avons recueilli en moins de 15 jours près de 500 réponses. Il en ressort que seulement 31% nous ont dit avoir confiance dans leur entreprise. Une personne sur trois seulement !

À quoi cela est-il dû ?

Pour les salariés, il y a un vrai problème de reconnaissance. Dans une entreprise sur deux, les collaborateurs estiment ne pas recevoir de feed-back. Et parmi ceux qui en ont un seulement 7% estiment que celui qu’ils ont est utile et positive. J’entends de plus en plus de salariés dire je ne vois pas à quoi sert l’entretien annuel d’évaluation. C’est un vrai problème car la question de la reconnaissance est centrale pour les jeunes générations.

Qu’attendent précisément les salariés de leurs entreprises ?

Dans l’étude mondiale, nous avons fait un focus sur ce point. Les salariés veulent que leurs RH puissent leur répondre à des questions du type "combien est remboursée une couronne dentaire ?". C’est sur ce genre de critères qu’ils font un avis. Nous avons observé que plus le salarié est satisfait sur la pratique de son entreprise sur ce sujet, moins il a envie de quitter son entreprise.

Ce qui est intéressant, c’est quand on demande ce qu’il faudrait faire. Les DRH ont tendance à répondre "il faut davantage de managers de proximité". Les salariés répondent qu’ils veulent un intranet où ils pourront poser des questions comme dans Google et un numéro en 0 800 pour pouvoir poser leurs questions. Le salarié veut des réponses. Dans les focus groups que nous organisons avec nos clients, il ressort que les directions des ressources humaines devraient mettre en place des chartes avec des engagements du type "toutes demandes doit avoir une réponse dans les 48 heures".

Le salarié veut des réponses. Les directions des ressources humaines devraient mettre en place des chartes avec des engagements du type "toutes demandes doit avoir une réponse dans les 48 heures.

 

À vous écouter, les salariés ont une attitude de consommateur vis-à-vis de leurs employeurs. Ne sont-ils pas peu engagés, peu satisfaits parce qu’ils ont des demandes excessives ?

Les salariés sont demandeurs de formation pour se développer professionnellement et personnellement. Sur ce deuxième point, on peut se demander si c’est bien là le rôle de l’entreprise. La réponse est peut-être négative, mais c’est ce que demandent les collaborateurs. Il faut faire avec.

Dans les focus groupes dont je vous parlais précédemment, ce décalage est abordé. Les DRH constatent que les salariés ont des demandes très fortes. Et ça ne va pas être plus simple avec les jeunes générations. Je recevais récemment un candidat, bien diplômé, doué en technologie. Quand je lui ai demandé pourquoi il voulait changer de travail, il m’a répondu : "c’est insupportable. Mon employeur ne veut pas que j’utilise la suite Adobe. Or pour créer, j’en ai besoin." Les DRH doivent faire avec de tels comportements.

Un autre exemple est frappant, les collaborateurs sont très attentifs au rôle sociétal de leur employeur. Partout dans le monde, on trouve des gens qui disent "je voudrais que mon entreprise m’accompagne dans mes actions humanitaires." Sur 5000 personnes interrogées, plus de 1000 l’ont exprimé !

Si on se met à la place des DRH, leur position est difficile, notamment en France, entre les demandes des salariés et les directions générales qui attendent d’eux qu’ils soient au point sur la législation, qu’ils préparent les compétences d’avenir. Quel métier non ?

Cette année, entre la déclaration sociale nominative, la pénibilité, la réforme de la formation professionnelle, ils ont eu de quoi faire. Notre étude montre que certains DRH, qui ont le temps et des moyens, réussissent malgré tout à trouver des solutions innovantes. Pour terminer sur une note positive, les RH ont une extraordinaire opportunité pour montrer qu’elles ont un rôle stratégique à jouer. À elles d’inventer, de créer un destin collectif aux personnes qui travaillent ensemble. S’il existe un plus beau métier que ça, je ne l’ai pas encore trouvé !

Propos recueillis par Christophe Bys

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