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Russie : après l'élection de Poutine, l'adhésion à l'OMC

Solène Davesne , , , ,

Publié le

La Russie doit officiellement adhérer à l’organisation mondiale du commerce (OMC) avant l’été. Un changement qui devrait forcer Moscou à améliorer son climat des affaires mais aussi à moderniser à marche forcée son industrie. Une aubaine pour les industriels étrangers.

Russie : après l'élection de Poutine, l'adhésion à l'OMC © D.R. - Russie unie

Plus que les élections présidentielles russes qui ont vu la victoire de Vladimir Poutine dès le premier tour, c’est la prochaine adhésion du pays à l’organisation mondiale du commerce (OMC) qui est suivi de près par les industriels étrangers implantés en Russie.

Après 18 ans de négociations (un record !) la Russie doit devenir officiellement membre permanent de l’organisation basée à Genève, avant le mois d’août 2012. Le traité est en cours de ratification par le parlement russe. "En Chine, l’adhésion à l’OMC a permis à l’économie de faire un bon spectaculaire. Rien ne dit que la même chose va se reproduire", tempère Dominique Tissot, avocat de CMS Legal à Moscou.

Benoît Delaval, le directeur export de Clextral,  reste mesuré:  "L’adhésion de la Russie à l’OMC ne devrait pas avoir d’impact pour nous. Contrairement à d’autres pays, nous n’avons jamais eu de problème de paiement". Pour la PME française, qui fabrique des machines pour l’industrie agroalimentaire, les affaires "fonctionnent déjà très bien".

Selon la Commission européenne, l’ouverture du marché russe devrait cependant représenter un gain de près de 3,9 milliards d’euros pour les entreprises européennes. "Cette adhésion va ouvrir des opportunités sur le marché russe pour les investisseurs et les exportateurs", assurent les services du commissaire européen au commerce Karel de Gucht.

Effets sur le long terme

Pour autant, les effets devraient être longs à se faire sentir. "L’adhésion à l’OMC ne va pas faire tomber d’un coup les régulations", reconnaît Pavel Chinsky, le directeur général de la chambre de commerce franco-russe. Car Moscou a négocié dur. En moyenne, les droits de douanes devraient passer de 10 % à 7,8 %. Mais soucieuse de protéger son économie, la Russie a négocié des moratoires dans tous ses grands secteurs stratégiques. L’exploitation du pétrole et du gaz devrait ainsi rester à l’abri pendant 37 ans. Moscou a aussi obtenu de protéger jusqu’en 2018 son industrie aéronautique et son secteur agroalimentaire, encore très loin d’être compétitifs.

Dans l’automobile, les droits de douanes – qui atteignent 30 % pour les véhicules privés – seront eux aussi maintenus jusqu’en juillet 2018. "Ce moratoire donne le temps aux constructeurs étrangers de rentabiliser leurs énormes investissements en Russie", reconnaît l’avocat Dominique Tissot, alors que PSA, Renault ou General Motors ont implanté des usines en Russie pour prendre pied sur le marché local.

Mais c’est surtout sur le climat des affaires, que l’entrée de la Russie dans l’OMC pourrait avoir un impact. "Une des principales difficultés à l’implantation reste le poids de l’administration et des douanes", reconnaît Jean Rouault, le responsable export Europe du Nord de Manitou, un fabricant d’engins de manutention. "Avec l’OMC, nous avons un espoir, mais il va encore devoir s’armer de patience". Il y a cinq ans, le fabricant français s’est implanté à Belgorod, une petite ville à 700 kilomètres de Moscou, pour profiter de l’expérience d’un autre industriel qui s’y était implanté peu avant.

Transparence

Dans sa filiale, qui emploie 20 personnes, le groupe a depuis dû installer un magasin de pièces détachées pour assurer son service client. Car il n’est pas rare que ses livraisons de pièces détachées de France soient bloquées d’une à trois semaines aux postes frontières, selon le zèle des douaniers. "Les procédures d’importation de pièces détachées sont un cauchemar", reconnaît aussi Benoît Delaval, qui a dû recruter en France un russophone pour rédiger les contrats. Impossible aussi de ne pas soigner ses relations avec le gouverneur de l’"oblast" local.

"En rejoignant l’OMC, Moscou doit adopter des procédures internationales qui vont renforcer la transparence de l’économie mais aussi réduire les barrières non tarifaires", juge Elisabeth Puissant, la directrice d’Ubifrance. Le code civil russe a été remodelé pour protéger la propriété intellectuelle, une belle avancée. "Le non-respect de la propriété intellectuelle était l’un des principaux problèmes russes", reconnaît-on au service économique de l’ambassade de France à Moscou. Les autorités ont même ratifié des engagements sur la lutte contre la corruption… "L’OMC accélère la normalisation de l’économie russe. Mais le problème n’est pas le système juridique mais le faible pouvoir d’achat qui alimente la corruption de l’administration", nuance Dominique Tissot.

Modernisation de l'économie

Dernier effet de l’ouverture du marché russe : la Russie va devoir accélérer la modernisation de son économie – en particulier dans les secteurs agricole et industriel largement obsolètes. Pour être compétitif, les industriels vont devoir investir massivement dans de nouvelles machines et dans des technologies. "La modernisation de l’industrie automobile russe est un besoin. Il va y avoir une hausse des ventes de pièces détachées et de biens d’équipement", pronostique Elisabeth Puissant, la directrice d’Ubifrance à Moscou.

"On devrait voir de plus en plus de produits alimentaires manufacturés en Russie. Les Russes veulent moderniser leur industrie", se félicite Benoît Delaval, le directeur export de la PME. L’an dernier, son entreprise a réalisé 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en Russie, principalement auprès de groupes industriels du cru. L’arrivée de grands groupes étrangers – à la manière de PepsiCo qui a acquis un groupe laitier pour 5,4 milliards de dollars l’an dernier ou de Danone dont la Russie est devenue en 2011 le premier marché devant la France – a accéléré le renouvellement des équipements.

"Il y a une soif de technologie, surtout européenne et donc de très fortes opportunités", confirme Jean Rouault. En 2012, son groupe, qui réalise déjà 3 % de son chiffre d’affaires en Russie, prévoit d’augmenter de 30 % ses ventes.

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