Rome vole au secours d'Alitalia mais pose ses conditions

par Steve Scherer et Valentina Consiglio

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ROME (Reuters) - Le gouvernement italien a offert jeudi un soutien financier à Alitalia mais en exigeant en contrepartie que les actionnaires existants de la compagnie aérienne mettent aussi au pot et que l'entreprise change radicalement de stratégie.

Alitalia a besoin de 500 millions d'euros pour éviter une cessation de paiement et la compagnie pétrolière Eni a menacé d'arrêter de l'approvisionner en kérosène dès ce week-end si un plan de sauvetage n'est pas sur la table.

Poste Italiane, le groupe public postal qui contrôle la compagnie charter Mistral Air, participera à l'augmentation de capital, a fait savoir le gouvernement dans un communiqué.

Alitalia, créée en 1946 et privatisée en 2008, n'a plus été bénéficiaire depuis 2002 et croule sous un endettement d'un milliard d'euros.

Le gouvernement a réaffirmé qu'il considérait la compagnie comme un actif stratégique, mais en échange de son soutien, il attend des actionnaires -dont le premier d'entre eux, Air France KLM- qu'ils partagent le fardeau de l'augmentation de capital.

Le communiqué n'a fourni aucun élément d'ordre financier mais a assuré que si Alitalia mettait en oeuvre un changement radical de stratégie, le gouvernement se tiendrait prêt à contribuer avec des "instruments stratégiques et financiers."

Des sources au fait du dossier avaient auparavant indiqué que l'Etat injecterait 150 millions d'euros dans la compagnie, autant que les actionnaires existants, tandis que les banques apporteraient une ligne de crédit de 200 millions -l'aide totale revenant ainsi à 500 millions d'euros.

La contribution de l'Etat se ferait pour 75 millions via Poste Italiane et, pour le reste, sous la forme de garanties de crédit.

"Il s'agit d'une solution transitoire pour garantir la survie financière de la compagnie mais elle dépend d'un changement important de la manière dont la compagnie est gérée", avait dit l'une des sources.

Le conseil d'administration d'Alitalia examinera ce vendredi le plan de renflouement.

AIR FRANCE-KLM SE FAIT DÉSIRER

A plus long terme, selon une source, le gouvernement continue d'espérer un partenariat stratégique avec Air France-KLM, qui détient 25% du groupe depuis 2008.

A l'époque, le gouvernement avait fait barrage à une prise de contrôle par le groupe franco-néerlandais en orchestrant la constitution d'un groupe de 21 investisseurs toujours présents au tour de table, parmi lesquels la banque Intesa Sanpaolo et l'opérateur autoroutier Atlantia.

Depuis lors, Alitalia a perdu en moyenne 700.000 euros par jour et est devenue le symbole du malaise économique italien, conjuguant mauvaise gestion et ingérences politiques.

Désormais, le gouvernement d'Enrica Letta et les autres actionnaires italiens semblent prêts à laisser Air France-KLM monter au capital, voire prendre le contrôle de la compagnie "nationale", mais aucun n'accord n'a été conclu sur les conditions posées par le franco-néerlandais, ni sur la stratégie future.

Le 26 septembre, la compagnie avait dit disposer de 128 millions d'euros de trésorerie, en incluant des lignes de crédit non utilisées. Or Andrea Giuricin, analyste spécialisé de l'université de Milan-Bicocca, estime que la compagnie a besoin d'au moins 10 millions d'euros par jour pour assurer ses vols.

Une source proche du dossier a déclaré à Reuters mercredi qu'Eni cesserait d'approvisionner la compagnie en kérosène à partir de dimanche si celle-ci n'était pas en mesure d'assurer la continuité de son fonctionnement.

La direction de l'aviation civile italienne, l'Enac, a estimé jeudi que la situation était difficile mais qu'aucun élément ne laissait supposer qu'Alitalia était sur le point de suspendre ses activités.

"Il faut voir s'ils peuvent honorer leurs engagements", a dit à la presse son président, Vito Riggio, ajoutant que ce serait "mauvais pour l'image de l'Italie" qu'Alitalia soit racheté par une entreprise étrangère.

Marc Angrand et Véronique Tison pour le service français

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