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Roche cultive l'esprit start-up

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Publié le

Pour avoir une recherche plus efficace et garder une culture d'innovation, le groupe Roche réorganise entièrement sa recherche-développement en entités autonomes

Aucune fausse note apparente. Le laboratoire pharmaceutique suisse Roche aligne des médicaments innovants à faire pâlir ses concurrents. Il récolte les fruits de sa spécialisation depuis dix ans dans les médicaments très innovants et de son investissement dans les biotechnologies, alors que le scepticisme était général. Aujourd'hui, aucun autre grand groupe pharmaceutique ne peut se targuer d'avoir une palette de produits aussi jeunes. « Nos médicaments sont complexes et nous n'avons pas d'expiration de brevet majeur à craindre dans les prochaines années », se réjouit Franz Humer, patron de Roche depuis 1998.

Pourtant, le P-DG a un problème. Le groupe doit résoudre la délicate équation entre la taille importante qui procure de larges moyens financiers pour la R et D et l'innovation qui est plutôt l'apanage des petites struc-tures. « De vingt projets de recherche à gérer en 1995, nous en avons aujourd'hui une centaine. Nous avions besoin de trouver une meilleure efficacité de recherche pour cette grande quantité de programmes », explique Franz Humer. Alors début 2007, il casse sans hésiter la structure classique des trois couches - recherche, essais cliniques et marketing - pour adopter une organisation intégrée par pathologie. Objectif : chaque entité doit fonctionner de façon autonome à la manière d'une start-up afin de garder une dynamique d'innovation.

Une avance en oncologie

Les équipes de Roche Pharma sont donc séparées en cinq domaines thérapeutiques : oncologie, virologie, maladies inflammatoires, métabolisme et système nerveux central. L'oncologie est prédominante représentant près d'un tiers des projets en recherche-développement du laboratoire, soit 29 sur 110. En comparaison, le français Sanofi Aventis affiche 18 projets en oncologie sur 125 au total et le britannique GlaxoSmithKline en compte 21 sur 158 en développement clinique. L'avance de Roche s'est déjà concrétisée sur le terrain. Le groupe est devenu le premier fournisseur mondial de médicaments dans ce domaine. Et pas des moindres. Que ce soit l'Herceptin ou l'Avastin, ces médicaments offrent tous les deux des mécanismes d'attaque innovants des cancers. L'Herceptin se fixe sur un récepteur de la cellule cancéreuse, la bloque dans sa division et la fait reconnaître par le système immunitaire. Pour sa part, l'Avastin bloque la croissance des vaisseaux sanguins de la tumeur et l'asphyxie.

Cependant l'avance de Roche pourrait se réduire comme une peau de chagrin. Des centaines de molécules sont en cours de développement en oncologie dans les laboratoires pharmaceutiques. Franz Humer balaie d'un revers de main cette crainte. Son raisonnement est simple. Maintenant que ses médicaments sont commercialisés et occupent le terrain, les prochains devront apporter la preuve d'une supériorité thérapeutique, indication par indication. Autant dire que le chemin sera difficile et long pour battre le leader. Roche a en effet adapté sa nouvelle organisation aux contraintes actuelles de la recherche pharmaceutique.

La réactivité des biotechs

En quelques années, le processus de découverte d'une molécule thérapeutique a radicalement changé. Au lieu de partir d'une maladie et de chercher une molécule qui pourrait limiter ou annuler les symptômes, les chercheurs partent désormais du mécanisme biologique de l'anomalie, ciblent une étape de ce mécanisme et développent des molécules qui peuvent agir à ce niveau. Avec pour conséquence, un développement clinique qui doit être relié beaucoup plus étroitement à la recherche. Ce lien est particulièrement resserré par Roche.

Au sein de chaque unité, le groupe a recruté des chercheurs capables d'assurer une interface efficace entre la recherche et le développement clinique. « La création de cette interface doit permettre une application plus efficace des technologies », signale Jean-Jacques Garaud, le directeur du développement de la division pharmaceutique. Fluidité de l'information, rapidité des décisions, interaction entre recherche, développement et marketing : chaque entité adopte un fonctionnement et surtout un état d'esprit proche de la start-up. « Je suis plus que jamais convaincu qu'une large structure de R et D n'est pas créatrice d'innovation », assène Franz Humer.

Arsène Guekam, analyste financier au CM-CIC Securities, pose néanmoins la question de l'autonomie réelle de chaque entité. Dans le discours de Roche, pas d'ambigüité. Une équipe multidisciplinaire de quatre personnes (recherche, développement clinique, médecine translationnelle et marketing) est à la tête de chaque entité pour prendre les décisions très rapidement. Toutefois, le patron de Roche précise que les résultats de ces changements prendront un peu de temps ! GlaxoSmithKline, qui le premier a mis en place un modèle similaire en 2000, commence tout juste à obtenir des résultats positifs.

Cap sur la médecine personnalisée

Innovation encore et toujours, Roche est également convaincu du rap- prochement inéluctable entre le développement pharmaceutique et le diagnostic, pour aller vers la médecine personnalisée. Les médicaments développés sont plus ciblés et concernent une population précise de pa-tients. Pour déterminer ce groupe de patients, un test diagnostic est alors associé au médicament. Bénéfice pour le patient : un médicament adapté à son type de pathologie et moins d'effets secondaires. Seul exemple à ce jour, l'Herceptin. Les patientes atteintes de cancer du sein sont testées pour détecter la présence d'un récepteur à la surface des cellules cancéreuses. Le traitement est uniquement efficace pour les cellules qui possèdent ce récepteur. Le médicament est donc intimement lié au test diagnostic. Un bon point pour Roche, qui a gardé cette activité. Mais les ponts étaient jusqu'à présent difficiles à jeter entre les équipes de diagnostic et de développement de médicaments.

Pour surmonter cette difficulté, chaque entité aura désormais des équipes de diagnostic. Le renforcement du groupe dans ce domaine passe également par des acquisitions. En avril 2007, il a acquis l'américain BioVeris (spécialiste de l'immunochimie). Dernière annonce et pas des moindres, fin juin, Roche a lancé une OPA sur l'américain Ventana Medical System, spécialisé dans le diagnostic histopathologique pour 3 milliards de dollars. Le modèle d'organisation retenu par Roche n'est certes pas unique en son genre. Des modèles similaires sont déjà en place ou en passent de l'être chez GlaxoSmithKline, Merck ou encore Pfizer. Mais appliqué aux médicaments issus des biotechs et à l'approche de médecines personnalisées, il devrait, plus que jamais conforter les positions de Roche.

Reste une inconnue de taille : les systèmes de santé vont-ils pouvoir absorber le coût impressionnant des ces médicaments innovants ? Ceci est une autre histoire. .

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