Risque : très chère amiante

Le risque amiante est aujourd'hui un élément à prendre en compte pour toute société attirée par une croissance externe aux Etats-Unis. Alstom a ainsi bien pris soin de s'assurer qu'ABB conservait le risque amiante quand le Français a racheté sa division é

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Longtemps icône de l'industrie européenne, ABB s'enfonce toujours plus dans une crise liée principalement à son exposition à l'amiante. Le groupe helvético-suédois tente aujourd'hui désespérément de mettre un cordon sanitaire autour de sa filiale Combustion Engineering, vouée à une mise sous la protection de la loi américaine sur les faillites. Il y a douze ans au contraire, ABB annonçait fièrement le rachat de cette même société, première grande opération de croissance externe outre-Atlantique !

En France aussi l'inquiétude est montée d'un cran depuis les arrêts de la Cour de cassation au début de l'année qui ont instauré une « obligation de résultat » de l'employeur en matière de protection des salariés. Déjà frappés par le syndrome des attentats du 11 septembre, les assureurs ont augmenté fortement les primes quand ils ne refusent pas purement et simplement de couvrir le risque amiante, qu'ils ont aujourd'hui la plus grande peine à modéliser.

Résultat ? En Bourse, où l'on est plus frileux et moutonnier que jamais, dès que le mot « amiante » est accolé à une société industrielle, celle-ci est quasiment mise à l'index par les investisseurs. Un groupe comme Saint-Gobain a beau provisionner 100 millions d'euros par an pour se couvrir des litiges, son cours est chahuté comme les autres.

Cela fait pourtant quinze ans que l'on sait que l'amiante est un produit dangereux et que des précautions ont été prises. La décrue du nombre de plaintes de victimes et supposées victimes de l'amiante à partir du milieu années 1990 aux Etats-Unis pouvait laisser penser que le pire était passé. Il a fallu déchanter : depuis 2000, le mouvement est reparti à la hausse.

Car après s'être attaqués aux producteurs d'amiante puis à ceux de produits qui en contenaient, les avocats américains rémunérés au pourcentage s'en prennent aux entreprises dont des produits utilisaient des matériaux amiantés. Les « big three » de Detroit - Ford, General Motors et DaimlerChrysler - sont ainsi aujourd'hui poursuivis par les représentants de mécaniciens réparateurs d'automobiles qui estiment qu'ils auraient pu être contaminés lors des changements de plaquettes ou de disques de freins. Federal Mogul, spécialiste de systèmes de freinage, n'a-t-il pas dû mettre le genou à terre en 2001 vaincu par le coût de ces procès ?

Dans la plupart des cas, ces poursuites se terminent par des transactions à l'amiable avec les milliers, voire les dizaines de milliers de plaignants, ce qui évite les ruineux coûts d'une défense écartelée entre autant de juridictions différentes. Mais cette attitude encourage les plaintes les plus frivoles car, aux Etats-Unis, elles sont jugées recevables même en l'absence de toute preuve scientifique.

Ni la justice, ni les politiques n'ont aujourd'hui véritablement pris de mesures pour freiner cette dérive. La victime ou supposée telle a toujours raison. Parfois des plaignants qui n'avaient toujours pas contracté de maladie mais avaient simplement été exposés à des produits à base d'amiante ont pu être indemnisés.

Le risque amiante est donc aujourd'hui un élément à prendre en compte pour toute société attirée par une croissance externe aux Etats-Unis. Alstom a ainsi bien pris soin de s'assurer qu'ABB conservait le risque amiante quand le français a racheté sa division énergie.

Jean-Léon Vandoorne

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