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L'Usine Santé

"Risque sanitaire" sur les couches, comment les fabricants en sont arrivés là?

Simon Chodorge , , ,

Publié le

Le 23 janvier, l'Agence nationale de sécurité sanitaire a publié un avis pour signaler un "risque sanitaire" dans les couches pour bébés de plusieurs grandes marques. Le gouvernement a aussitôt sommé les industriels de réagir. Interrogé par L'Usine Nouvelle, le fabricant de couches jetables Love & Green explique les problématiques auxquelles sont confrontées les entreprises.

Risque sanitaire sur les couches, comment les fabricants en sont arrivés là?
L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a publié un avis pour signaler un "risque sanitaire" dans les couches pour bébés de plusieurs grandes marques.
© CC Wikimedia/ParentingPatch

Les couches pour bébés présentent un risque sanitaire. C’est la conclusion de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un avis publié mercredi 23 janvier. La présence de certaines substances chimiques dans les produits de plusieurs grandes marques dépassent les seuils recommandés. Le gouvernement a immédiatement demandé à rencontrer les industriels du marché. “Des

engagements sont attendus sous 15 jours”, indiquent les trois ministères concernés : le ministère de la Transition écologique et solidaire, le ministère des Solidarités et de la Santé et le ministère de l’Économie et des Finances.

Dans la foulée, le gouvernement a annoncé la mise en place de plusieurs mesures pour appliquer les recommandations de l’Anses : renforcer les contrôles de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) qui devra dresser un bilan sous six mois ; lancer des études complémentaires demandées par l’Anses ; et enfin défendre, au niveau européen, un renforcement de la réglementation Reach afin de “restreindre la présence de certaines substances chimiques dans les couches pour bébés.”

Qu’est-ce que l’Anses reproche aux fabricants de couches ?

L’affaire n’est pas inédite. En janvier 2017 puis juillet 2018, le mensuel 60 millions de consommateurs faisait part de la découverte de résidus de substances chimiques dans les couches pour bébés. On retrouvait alors parmi les marques concernées Pampers, Mots d’enfants (E. Leclerc), Pommette (Intermarché), Lotus Baby, Lillydoo ou Love & Green. En janvier 2017, le syndicat des fabricants de couches pour bébés (Group’hygiène) réagit alors en critiquant la méthodologie de ces études.

Au même moment néanmoins, la DGCCRF, la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) saisissent l’Anses afin qu'elle apporte sa propre évaluation. L’agence utilise pour cela des analyses du Service commun des laboratoires (rattaché à la DGCCRF) et de l’Institut national de la consommation (éditeur du mensuel 60 millions de consommateurs).

L’Anses a ainsi mesuré la présence de plusieurs substances dans 23 marques “parmi les plus utilisées”, dont des couches “écologiques” : substances parfumantes, hydrocarbures aromatiques polycycliques, dioxines… Pour plusieurs de ces substances, elle constate des dépassements des seuils sanitaires.

Le risque que posent ces dépassements n’est pas clair pour l’instant. “L’Anses ne met pas en évidence de danger grave et immédiat”, indique le gouvernement. Par ailleurs, “il n’existe aucune donnée épidémiologique présentant des effets sanitaires liés au port de couches pour les bébés, en lien avec la présence de ces substances chimiques”, selon les trois ministères.

Quelles sont les réactions dans l’industrie ?

Il est difficile de connaître précisément les marques concernées par les dépassements. L’Anses ne communique pas les noms des 23 marques sur lesquelles ont porté ses analyses. “L’Anses n’a pas vocation à citer des marques ou des catégories de produits en particulier. Elle est là pour faire une analyse d’un échantillon représentatif du marché. On ne peut pas déduire des conclusions de l’Anses des points particuliers d’une couche à l’autre”, explique à L’Usine Nouvelle Céline Augusto, directrice générale de Love & Green.

Prévenu de la publication de l’Anses, le syndicat des fabricants de couches pour bébés (Group’hygiène) a réagit préventivement dans un communiqué du 22 janvier en rassurant les utilisateurs. “Les consommateurs peuvent continuer à utiliser les couches proposées par les fabricants de Group'hygiène en toute sécurité”, écrit Valérie Pouillat, déléguée général de Group’hygiène. L’organisation rappelle l’existence de contrôles “depuis la sélection rigoureuse des matières premières et des fournisseurs, puis tout au long de la chaîne de fabrication et jusqu'au produit final avant sa mise sur le marché.” Elle indique aussi qu’elle coopère avec les autorités.

Quels remèdes apporter chez les fabricants de couches pour bébés ?

En janvier 2017, Love & Green faisait partie des bons élèves dans l’étude de 60 millions de consommateurs sur un certain nombre de substances toxiques. En juillet 2018, la marque avait toutefois été épinglée pour des traces de glyphosate dans ses couches. Un résultat encore contesté aujourd’hui par la directrice générale de l’entreprise : “Nous considérons que 60 millions de consommateurs s’est trompé dans l'interprétation des tests. Nous contestons formellement l’espèce de micro-trace qu’ils prétendent avoir trouvé dans nos couches puisqu’elle était très largement inférieure à la limite de quantification du test, scientifiquement ce n’est pas possible.” Dans l’étude de l’Anses publiée le 23 janvier, le pesticide ne fait pas partie des substances à risque. “Le problème se situe plutôt sur les HAP, les dioxines et les allergènes”, estime Céline Augusto.

Là-dessus, l’entreprise qui commercialise des couches pour bébé écologiques n’est pas avare d’explications sur les bonnes pratiques qu’elle a déjà mis en place pour réduire au maximum les substances chimiques dans ses produits : suppression des substances parfumantes et sensibilisantes dans les couches, lotions contenant des corps gras pétroliers ou des colorants ; arrêt du blanchiment de la cellulose au chlore ou aux dérivés chlorés ; remplacement d’une grande partie des voiles en plastique de la couche par des voiles en amidon végétal ; indication d'une liste d'ingrédients exhaustive sur les paquets de couches…

La directrice générale identifie plusieurs obstacles au développement de pratiques similaires chez ses concurrents. “Il y a un problème de philosophie. Nous sommes face à des acteurs majeurs du marché qui font des couches de la même façon depuis 50 ans en essayant d’aller au plus sain, avec le plus de matières plastiques possible et avec une vraie croyance dans la pétrochimie que nous n’avons pas du tout”, décrit Céline Augusto. “Ensuite, il ne faut pas se le cacher, il y a un gros problème de coûts. Une couche Love & Green coûte environ plus de deux fois en fabrication qu’une couche classique. Les matières naturelles ont un surcoût important.”  

Au-delà des 15 jours donnés par le gouvernement, les travaux de recherche et développement devront aussi se poursuivre selon elle : “Beaucoup de matières synthétiques n’ont pas encore de pendant naturel. La R&D n’est pas très avancée au niveau mondial pour certaines substances. Nous travaillons d’arrache-pied sur ces questions et nous espérons pouvoir mettre un coup d’accélérateur à ces recherches à l’avenir pour améliorer encore la couche et diminuer la part de plastique et de pétrochimie.”

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