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L'Usine Matières premières

Rio Tinto défend sa stratégie sur le minerai de fer

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Objet de nombreuses critiques pour sa montée en cadence, qui participe largement (comme celle de ses concurrents BHP Billiton et Vale) à la chute du prix du minerai de fer, Rio Tinto revendique cet entraînement à la résilience. Le deuxième producteur mondial défend sa stratégie de baisse des coûts et s’affiche confiant à long terme. Un optimisme qui pourrait bien être contrecarré par l'atterrissage de l'économie chinoise.

Rio Tinto défend sa stratégie sur le minerai de fer © Rio Tinto

"Politique suicidaire" pour l'expert des matières premières Philippe Chalmin (fondateur du cercle Cyclope), la stratégie de croissance forcenée et de réduction des coûts des trois plus grands producteurs mondiaux de minerai de fer agace. Début 2015, le Premier ministre d’Australie occidentale appelait les géants miniers australiens à ne pas oublier "qui est leur propriétaire foncier". Mais la menace d’enquête parlementaire qui pesait sur eux a fini par céder sous le poids du lobbying.

Même les grands producteurs jettent l’éponge, dans cette dangereuse course à la production. En mars, le président du groupe minier australien Fortescue, Andrew Forrest, mettait ses concurrents au défi de "plafonner la production là, maintenant, et de commencer à nous comporter en adultes". Si ses concurrents australiens BHP Billiton et Rio Tinto et le brésilien Vale limitaient aussi leur production, "nous verrions le prix du minerai de fer remonter directement vers 70, 80, 90 dollars [la tonne]", a-t-il estimé. Le numéro quatre mondial du secteur n’a pas obtenu gain de cause. Il a par contre hérité d’une enquête de l’autorité australienne de la concurrence, qui voyait là un discret appel à une entente sur les prix…

En réponse à ces critiques surgies de toutes parts, le directeur de la branche minerai de fer de Rio Tinto défend la stratégie de croissance de sa société dans la revue interne du groupe, M2M (Mines to markets). Andrew Harding présente son bilan : la construction d'une minière résiliente, grâce à des réductions drastiques des coûts qui lui permettront de survivre à n'importe quelles conditions de marché. "Chez Rio Tinto, nous gagnons de l’argent sur chaque tonne que nous vendons, et nous vendons effectivement chaque tonne. Nous allons donc continuer à utiliser à son maximum chaque infrastructure que nous avons installée sur nos sites de production", affirme Andrew Harding.

Pour les sociétés plus modestes, qui ne pourraient pas réduire leurs coûts à ce point, Andrew Harding affiche sa sympathie. Sans pitié. "Les acteurs à l’autre bout de la courbe [des coûts de production], mis à part si ils réussissent à couper drastiquement dans leurs coûts, sortiront du marché. Ces sociétés ne sont pas profitables à long terme, et certainement pas en cette période basse du cycle que nous traversons. J’ai de la sympathie pour les personnes qui risquent de perdre leur emploi et les fournisseurs qui perdront leurs contrats. Mais je dois dire que je suis concentré sur notre stratégie d’affaires, et que je fais tout mon possible pour qu’elle réussisse dans toutes les conditions du marché."

Une mauvaise passe...

"Ces dix dernières années, notre industrie a connu une hausse sans précédent de la demande chinoise. Ce qui a provoqué en réponse des investissements majeurs pour créer de nouvelles capacités de production. Le délai d’entrée en production étant long, la croissance de la demande n’est plus aussi forte. C’est un scenario commun dans le secteur minier", explique Andrew Harding.

Mais Rio Tinto ne s’arrête pas à ce revers temporaire : "La population mondiale doit croître de 7,3 milliards aujourd’hui à plus de 10 milliards en 2100, avec de très nombreuses personnes qui entrent dans la classe moyenne et deviendront des acheteurs d’acier pour leurs réfrigérateurs, leurs climatiseurs et leurs automobiles (…) Il y a aussi une demande importante dans le monde développé. La réalité est que les maisons, les immeubles commerciaux, les chemins de fer et les ponts vieillissent, et devront être remplacés. Même le Japon, qui affiche une faible croissance depuis de longues années, importe encore 130 millions de tonnes de minerai de fer chaque année. La demande, à long-terme, est donc solide."

...ou un changement structurel?

Morgan Stanley annonce un surplus sur le marché international compris entre 50 et 200 millions de tonnes, qui maintiendra la pression sur les prix. Quant à Goldman Sachs, ses analystes annoncent d'ores et déjà que le minerai enfoncera le seuil des 50 dollars la tonne avant la fin de l'année 2015, une fois les stocks remplis.

Chez EY, Christian Mion rappelle et confirme ses annonces du début de l'année: les chiffres chinois pour 2015 seront mauvais, peut-être même pires qu'attendus. "Il s'agit d'un réel atterrissage pour la Chine." Un peu plus transparente sur ses problèmes endogènes (paupérisation, politique de l'enfant unique ayant provoqué un vieillissement de la population, retraites faibles, corruption...), le deuxième consommateur mondial de matières premières va mal. "Si les nuages noirs qui s'amoncellent au-dessus d'elle persistent, les prix pourraient flancher encore davantage", craint Christian Mion.

Myrtille Delamarche

La Mauritanie souffre de la baisse du prix du fer

Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz avait prévenu de la gravité de la situation lors de la grève des mineurs survenue début 2015: "seules les sociétés minières qui parviendront à baisser leurs coûts de production survivront à cette profonde crise du marché." Deuxième producteur africain de minerai de fer derrière l’Afrique du Sud, la Mauritanie tire 75% de ses revenus d’exportation et 30% de ses recettes budgétaires des industries extractives, selon le FMI.

Glencore, via sa filiale australienne Sphere Minerals, s’est retiré du projet de port et de chemin de fer prévus dans le développement du site d’Askaf. Lorsque l’engagement avait été pris en 2014, la tonne de minerai de fer pour livraison à Qingdao (prix de référence) valait encore presque 95 dollars. En mars 2015, au moment du retrait de Glencore, elle en valait moins de 60. M.D.

Répartition en valeur des exportations mauritaniennes (ITIE) source: ITIE

 

 

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