"Rio est une occasion unique de faire progresser la communauté mondiale"

Gérard Mestrallet passe une bonne partie de sa semaine à Rio. Le patron de GDF Suez, N° 1 des énergéticiens privés au Brésil, est aussi un des industriels les plus impliqués parmi les  français qui se rendent au Sommet de la terre. Il explique en exclusivité à L’Usine Nouvelle ce qu’il en attend.

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L'Usine Nouvelle - Pourquoi est-ce important pour vous d’être au sommet de Rio ?
Gérard Mestrallet - C’est une évidence compte-tenu de la nature de nos activités, l’accès à des services essentiels. Rio, c’est une occasion unique de faire progresser la communauté internationale sur des dossiers urgents en accordant toute leur place aux émergents dans la gouvernance mondiale. Il y a une grande différence avec le sommet de Johannesburg auquel j’ai participé en 2002. Ce dernier était centré presqu’exclusivement sur l’environnement. A Rio, il y a un rééquilibrage autour de trois piliers : l’environnement, le développement économique et la réduction de la pauvreté. Je crois qu’il faut effectivement répondre à cette question centrale : assurer un développement qui sorte les gens de la pauvreté sans compromettre la planète.

Y-a-t-il un sujet où vous vous sentez plus légitime en tant que patron de GDF Suez ?
Nous promouvons l’équilibre des trois qui conduit à un développement harmonieux. Nous proposons des solutions complexes qui visent à économiser les ressource et permettent au plus grand nombre d’accéder à de l’eau et à une énergie moderne, fiable, abordable. Nous sommes aussi un grand développeur d’énergies renouvelables. Nous nous sommes fixé l’objectif d’augmenter de 50% la part des énergies renouvelables dans notre mix en 2015 par rapport à 2009.

Pourtant le gaz pèse pour un tiers dans vos activités, ce n’est pas vraiment une énergie renouvelable ?
Oui, mais c’est une énergie propre abondante et compétitive . D’ailleurs, si l’on remplaçait toute les centrales à charbon d’Europe par des centrales à gaz nous aurions déjà atteint les objectifs 2020 de limitation de carbone. Par ailleurs, nous pensons que l’on ne peut pas être mono-énergie, il faut travailler sur un mix. Nous nous adaptons au pays dans lesquels nous opérons. Au Brésil nous sommes le premier producteur d’électricité privé et c’est à près de 90% de l’hydro-électricité. Nous avons accompagné la croissance du pays car Lula et Dilma Roussef nous ont fait confiance pour trouver les meilleures solutions pour raccorder de plus en plus de Brésiliens à l’électricité. Dans les priorités du Groupe, il y a également la promotion de l’efficacité énergétique ; nous avons dédié une branche entière qui compte 80 000 personnes à cette activité et nous sommes le premier européen et un des premiers groupes mondiaux sur le sujet.

Voyez-vous une approche différente entre les émergents et les pays développés sur les questions environnementales ?
Pendant longtemps, la priorité des émergents a été d’apporter des services essentiels à leur population. Ce souci est toujours d’actualité mais il y a une prise en compte de plus en plus importante de l’environnement. En particulier en Chine. Je suis conseiller auprès du maire de Shanghai et j’ai été également président du Conseil du maire de Chongqing. C’était une des villes les plus polluées Chine, très endommagée par la croissance. En quelques années, il y a eu une prise de conscience radicale et des décisions fortes pour améliorer la qualité de l’air, de l’eau. Les vieilles usines sidérurgiques polluantes installées quasiment en centre-ville, ont été relocalisées en périphérie et sont dotées des meilleures technologies. Le résultat est frappant, la qualité de l’air s’est fortement et visiblement améliorée.

Mais les chinois sont-ils prêt à accepter une autorité mondiale contraignante ?
C’est vrai que l’on a des souvenirs douloureux de Copenhague. Les Chinois sont dans le dialogue, mais ils ne souhaitent pas se voir imposer des contraintes. Ils veulent se fixer eux-mêmes des objectifs et ont mis en œuvre un grand nombre de règlementation sur leur territoire. Les multinationales ont par ailleurs un rôle à jouer dans la diffusion de normes ? standards. Nous venons de conclure notre opération avec International Power. [NDLR : GDF Suez possède 100 % de cet énergéticien britannique bien implanté en Asie] Cette opération fait de GDF SUEZ l’énergéticien de référence dans les émergents. En matière environnementale, ce n’est pas à nous de prendre des décisions, c’est aux Etats et aux politiques, mais nous sommes prêts à accompagner le mouvement au rythme qui sera fixé.

Qu’est ce qui serait pour vous un sommet de RIO + 20 réussi ?
En tant qu’industriel nous aimerions avoir une feuille de route claire. Nous investissons dans des infrastructures lourdes pour longtemps, nous avons besoin de visibilité. Et nous voudrions aussi réussir à faire comprendre que nous, industriels, sommes des acteurs engagés sur la progression des règles sociales et environnementales car nous sommes ancrés dans les territoires. Faire reconnaître le rôle des acteurs engagés du secteur privé, ce serait déjà un succès.

Dans la mesure où vos activités ne sont pas délocalisables, n’avez-vous pas moins besoin que d’autres industriels, comme les chimistes, d’une gouvernance mondial qui mettent en œuvre les mêmes normes partout ?
Certes nos activités sont locales mais nous nous sommes des investisseurs de long terme. Notre grand projet de barrage au Brésil représente un investissement de 6 à 7 milliards de dollars . Nous avons besoin d’un développement équilibré dans les pays où nous sommes présents. C’est pour cela que je voudrais insister sur le volet social du développement durable, sortir les gens de la pauvreté, leur donner accès à des services, c’est non seulement souhaitable en soi mais cela garantit aussi de la stabilité politique et économique. C’est ce que recherche aussi un investisseur de long terme.

Nicole Bricq, la nouvelle ministre de l’écologie met beaucoup en avant les ONG avec qui elle va à Rio, et peu les industriels, est-ce frustrant ?
Je n’ai pas ce sentiment. Nicole Bricq a rencontré les entreprises du secteur énergétique français. Je n’ai pas noté de réserve à notre égard. Rio sera le lieu de rencontre de l’ensemble des parties prenantes dans les questions de développement durable au niveau mondial, il est donc normal que les ONG y aient toute leur place.

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