«Rien ne justifie les demandes des industriels de modifier le Nutri-Score», estime son créateur Serge Hercberg

Pour Serge Hercberg, le professeur de Nutrition à l'Université Sorbonne-Paris Nord à l'origine du Nutri-score, rien ne justifie les attaques contre l'étiquetage nutritionnel qui fleurissent depuis quelques semaines.

Partager
TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

«Rien ne justifie les demandes des industriels de modifier le Nutri-Score», estime son créateur Serge Hercberg
Serge Hercberg rappelle que «le Nutri-Score n'invente rien».

L'Usine Nouvelle. - Producteurs de Roquefort, de produits laitiers, d'huile d'olive... Depuis plusieurs semaines, les attaques contre le Nutri-Score se multiplient. Comment les expliquez-vous ?

Serge Hercerg. - Après quatre ans de bataille, le Nutri-Score a été assez largement adopté en France. Aujourd'hui, le débat est porté à l'échelle européenne avec notamment la volonté de la Commission européenne d'un étiquetage nutritionnel harmonisé obligatoire dès la fin 2022. Ce projet a réveillé les lobbys, y compris en France, qui se sentent menacés par cette perspective. Mais rien ne justifie leurs demandes de modification.

Il faut rappeler que le Nutri-Score n'invente rien. Ce n'est pas un label, mais un outil de santé publique qui fournit aux consommateurs des données nutritionnelles pour qu'ils améliorent leurs choix. Les industriels critiquent le Nutri-Score en fonction de facteurs économiques. Mais ils oublient la littérature scientifique, qui évalue l'impact de produits trop gras, sucrés ou salés sur l'obésité, les cancers ou les crises cardiaques. Par ailleurs, il est important de rappeler que la notation Nutri-Score n'est pas équivalente à une interdiction. Elle ne veut en aucun cas dire qu'il ne faut pas consommer les aliments les moins bien classés. Mais cela permet de rappeler qu'il faut, par exemple, en consommer moins fréquemment.

Certaines filières, comme le secteur laitier, considèrent que certains nutriments ne sont pas suffisamment pris en compte dans l'algorithme actuel. Que leur répondez-vous ?

Les protéines sont déjà prises en compte dans le calcul du Nutri-Score des fromages. La formule du Nutri-Score a déjà été modifiée pour prendre en compte les spécificités des fromages. Selon la formule initiale, ils étaient tous classés en E à cause de leur apport en sel, en gras et en calories. Nous avons mis à jour l'algorithme pour qu'ils prennent en compte les protéines ingérées, notamment parce qu'elles permettent de manger du fer et du calcium, des nutriments bénéfiques pour la santé. En changeant la formule, l'objectif n'était pas de satisfaire les industriels, mais d'éviter que tous les produits ne soient dans la même catégorie. Et ainsi, de faciliter le choix du consommateur. Résultat, aujourd'hui, nous avons 10% seulement de fromages en E, la plupart en D et certains en C.

Mais les industriels déplorent que les protéines ne soient prises en compte que jusqu'à hauteur de 8 grammes...

Effectivement. C'est qu'au-delà, elles n'apportent plus rien, nutritionnellement parlant. Par ailleurs, il est important de répéter que les bonus de certains ne doivent pas faire oublier les malus. Ce n'est pas parce qu'un produit contient des protéines qu'il n'en est pas moins salé et gras.

Parmi les critiques récurrentes contre le Nutri-Score, figure la question de la portion de 100 grammes. Beaucoup de filières disent que cette portion n'est pas représentative. Cette critique vous semble-t-elle justifiée ?

Absolument pas. Ce sont les industriels qui fixent les portions et bien évidemment, ils les fixent à un seuil particulièrement bas. Quand vous voyez indiqué 30 grammes de céréales pour le petit-déjeuner, ce n'est pas réaliste. L'OMS recommande d'utiliser 100 grammes comme référence. Cela permet d'établir un dénominateur commun. L'objectif n'est pas de recommander, ou non, d'ingérer 100 grammes de tel ou tel produit, mais que cette portion puisse servir de base d'évaluation pour que le consommateur fasse sa comparaison.

0 Commentaire

«Rien ne justifie les demandes des industriels de modifier le Nutri-Score», estime son créateur Serge Hercberg

Tous les champs sont obligatoires

Votre email ne sera pas publié

Sujets associés

NEWSLETTER Agroalimentaire

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L’USINE NOUVELLE

LES PODCASTS

La mobilité de demain selon Clotide Delbos et Christel Bories

La mobilité de demain selon Clotide Delbos et Christel Bories

Lors des Assises de l'industrie 2021 organisées par L'Usine Nouvelle, Clotilde Delbos, directrice générale adjointe de Renault et DG de Mobilize (marque du groupe au losange) et Christel Bories,...

Écouter cet épisode

Une bête curieuse

Une bête curieuse

Dans cet épisode d'Industry Story, Guillaume Dessaix nous raconte le parcours de Temple Grandin.  Autiste, experte en psychologie des animaux, ingénieure, chef d’entreprise... Temple Grandin...

Écouter cet épisode

François Alu, danseur... et coach en entreprise

François Alu, danseur... et coach en entreprise

Dans le nouveau podcast Inspiration, François Alu, premier danseur de ballet de l'Opéra de Paris répond aux questions de Christophe Bys. Une interview réalisée à l'occasion...

Écouter cet épisode

L'innovation selon le patron de Valeo

L'innovation selon le patron de Valeo

Jacques Aschenbroich, le PDG de Valeo, était présent aux Assises de l'Industrie organisées par L'Usine Nouvelle. Le dirigeant du groupe français, spécialiste des systèmes...

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L’USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

LE CNAM

Ingénieur chef de projet bâtiment H/F

LE CNAM - 30/11/2021 - CDD - PARIS

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS