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L'Usine Santé

Rien n'arrête la thérapie cellulaire

Gaëlle Fleitour

Publié le

Enquête Depuis la découverte des cellules souches embryonnaires, chercheurs et biotechs français se mobilisent pour la thérapie cellulaire. Malgré de fortes contraintes réglementaires...

Mauvais temps pour la recherche en médecine régénérative. La Cour de justice de l'Union européenne vient d'interdire de breveter des procédés qui, en utilisant les prélèvements de cellules souches à partir d'un embryon humain, entraînent la destruction de celui-ci. « Cette décision n'est pas catastrophique pour l'industrie pharmaceutique, déclare Marc Peschanski, directeur scientifique de l'Institut des cellules souches pour le traitement et l'étude des maladies monogéniques (I- Stem). Elle pourra toujours breveter ses découvertes ailleurs, comme au Japon. En revanche, les biotechs européennes ne pourront plus protéger leur savoir-faire. » La décision européenne est particulièrement difficile à digérer en France. La réglementation y est déjà très contraignante puisqu'elle interdit la recherche sur l'embryon avec des possibilités de restriction. Ces freins législatifs n'empêcheront pas les équipes d'avancer. Les chercheurs estiment que les cellules souches embryonnaires (CSE), dotées de propriétés exceptionnelles, ouvrent tellement de portes qu'aucune loi ne les fermera.

Les cellules souches, mode d'emploi

Les cellules souches embryonnaires (CSE) Elles proviennent d'embryons congelés après une fécondation in vitro et ne font plus l'objet d'un projet parental. Capables de se multiplier indéfiniment, elles peuvent aussi se différencier en n'importe quelle cellule de l'organisme. Les cellules souches pluripotentes induites (iPS) Prélevées sur des adultes, ces cellules spécialisées (de la peau, etc.) sont reprogrammées en étant mélangées in vitro à quatre gènes. Elles se comportent par la suite comme des cellules pluripotentes. Ce que dit la loi de bioéthique. En février, la France a entériné le maintien du principe de l'interdiction de la recherche sur l'embryon et sur les CSE. Mais des recherches à vocation thérapeutique peuvent être menées sur dérogation, avec l'accord de l'Agence de la biomédecine.

 

« Pluripotentes », les CSE peuvent se différencier dans n'importe quelle cellule de l'organisme. Elles sont aussi capables de se multiplier indéfiniment ! Prélevées sur des embryons conçus par fécondation in vitro puis différenciées, elles permettraient de ne plus être tributaires de donneurs, et de multiplier le champ des possibles de la médecine régénérative, visant à remplacer des cellules déficientes ou à reconstituer des organes endommagés. « Depuis trente-cinq ans, la thérapie cellulaire restait l'apanage du milieu académique car nous n'avions pas les moyens d'industrialiser la production des cellules souches adultes, explique encore Marc Peschanski. Ce n'est plus le cas avec les CSE, et peut-être avec les cellules souches pluripotentes induites (iPS). Ainsi, en obtenant une autorisation pour un essai de CSE contre la dégénérescence maculaire des yeux chez l'homme, la biotech américaine ACT a montré que le champ de la thérapie cellulaire pouvait concerner des dizaines de milliers de malades ! »

Malgré sa législation, la France est à la pointe des travaux en matière de thérapie cellulaire. Elle dispose de nombreuses équipes de recherche, dont certaines très avancées. À l'Inserm (lire page 40), avec l'aide de Texcell, une société du Genopole spécialisée dans la sécurité virale, on envisage l'implantation de cellules souches pour réparer les lésions cardiaques. Plutôt habituée à produire des protéines et des anticorps monoclonaux, MAbgène, une biotech d'Alès (Gard), joue les pionnières dans la mise au point de cultures de cellules souches pour créer, à partir d'une lignée cellulaire importée d'Israël, une banque de 600 millions de CSE humaines répondant aux bonnes pratiques de fabrication. Ce challenge a donné des idées au nouvel actionnaire de MAbgène, le groupe pharmaceutique public LFB. Fin 2010, il a créé la filiale CellforCure, dédiée aux thérapies cellulaires. Objectif ? « Créer une filière française sur ce marché en devenir, pour être dans la course et ne pas prendre du retard à l'image de ce qui s'est passé avec les anticorps monoclonaux il y a vingt-cinq ans », répond Patrick Henno, le fondateur de MAbgène et directeur général de CellforCure.

Des cellules adultes redifférenciées

Le marché des produits de biothérapies cellulaires, hors sang de cordon ombilical et greffes de moelle, est en plein essor : de 500 millions de dollars en 2010 (351 millions d'euros), il devrait passer à 5 milliards de dollars en 2015. Ce qui incite les jeunes entreprises à ne pas se limiter aux CSE. Ainsi, la start-up Endocells convertit des cellules prélevées dans le pancréas foetal en cellules productrices d'insuline, qui pourraient être greffées chez certains patients diabétiques. La biotech Cellectis, quant à elle, mise sur la technologie des cellules souches pluripotentes induites (iPS) : des cellules spécialisées de notre organisme (comme celles de la peau, par exemple), mélangées in vitro à quatre gènes pour leur conférer des propriétés de cellules souches pluripotentes, reprogrammables en n'importe quelles cellules. Avantage : « Comme ces cellules ont été prélevées sur des personnes, on sait exactement ce que vont donner leurs jumeaux, ce qui n'est pas le cas avec les CSE, explique André Choulika, le dirigeant fondateur de Cellectis. Et le prélèvement de ces cellules ne nécessite pas la destruction d'embryons. » Afin de monter en compétence, il vient de racheter Cellartis, une biotech suédoise spécialisée dans la différenciation des cellules souches. Mais l'utilisation des cellules iPS suscite encore la méfiance. « L'innocuité est un vrai souci, s'inquiète Frédéric Dardel, professeur de biologie moléculaire à l'université Paris-Descartes. Ces cellules sont traitées avec des gènes connus pour être porteurs de tumeurs. Ce sont des risques qu'on ne maîtrise pas à l'heure actuelle. »

Prudente, l'industrie pharmaceutique se lance progressivement dans la thérapie cellulaire. Sur son site de R et D de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Sanofi a monté une plate-forme de médecine régénérative. L'américain Pfizer a passé cet été un accord pour étudier les lignées cellulaires de Roslin Cells, une biotech écossaise qui les produit sans détruire d'embryons. Le suisse Roche, lui, a signé en 2009 un partenariat avec I-Stem pour l'application des CSE dans la découverte de candidats médicaments. La décision d'un tribunal ne bridera pas toute cette effervescence

Les traitements cellulaires en cours de développement

RÉPARER DES LÉSIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE Quatre patients traités depuis octobre 2010 par la biotech Geron Dans le cadre d'un essai clinique d'un an, Geron a injecté deux millions de cellules dérivées de cellules souches embryonnaires chez quatre patients paralysés à la suite de lésions de la moelle épinière. Les patients seront suivis durant quatorze ans. Créée en 1990, la biotech américaine a tiré partie de licences de l'Institut californien pour la médecine régénératrice.
EMPÊCHER LA CÉCITÉ Des essais sur deux maladies de la rétine par la biotech américaine ACT Les cellules souches embryonnaires sont testées sur l'homme depuis novembre 2010 par la société ACT pour deux maladies de la rétine entraînant la cécité. Le premier essai, conduit aux États-Unis et en Angleterre, concerne une maladie provoquant une cécité juvénile. Le second s'attaque à un plus grand marché : la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), qui toucherait 2 millions de personnes en France.
RÉPARER UN COEUR DÉFAILLANT Une demande d'essai bientôt déposée en France par des équipes de l'Inserm Après quinze ans de recherche entre l'unité thérapie cellulaire en pathologie cardiovasculaire de l'Inserm, l'Inserm d'Evry et l'hôpital Saint-Louis de Paris, les autorités sanitaires vont devoir se prononcer sur un essai de cellules souches embryonnaires capables de se différencier en cellules cardiaques chez des patients victimes d'infarctus. Il devrait durer deux ans.
CONTRE LES MALADIES GÉNÉTIQUES RARES Des essais cliniques en 2013 par un institut du Genopole d'Évry L'Institut des cellules souches pour le traitement et l'étude des maladies monogéniques (I-Stem) travaille sur deux essais cliniques avec des cellules souches embryonnaires : un pour traiter la maladie de Huntington, une maladie neurodégénérative ; un autre utilisant des cellules de la peau, destinées notamment aux grands brûlés. Il est cofinancé par l'Inserm et le Téléthon.

 

AXEL KAHN, médecin généticien, président de l'université Paris-Descartes

"Les discussions sur les brevets portant sur les cellules souches embryonnaires humaines sont très anciennes : certains avis de la Cour de justice et des agences de brevets remontent à plus de quinze ans. Les points de vue oscillent entre la technique qui permet d'isoler, de différencier les CSE - ces méthodes peuvent incontestablement être brevetées - et le matériel lui-même, l'embryon, qui, en ce qu'il a d'humain, peut aller à l'encontre d'un des articles du brevet européen interdisant de breveter une invention attentatoire aux "bonnes moeurs". D'un point de vue intellectuel, breveter une méthode est difficile, alors qu'il est plus facile de le faire sur un produit. D'un point de vue purement industriel, ce marché reste immature. Il y a eu des désillusions et des emballements, comme pour le marché du gène ou la thérapie génique. Mais les perspectives de thérapies menées avec les différentes populations de cellules souches sont réelles, même s'il y a eu des tentatives non concluantes avec les maladies neurodégénératives. Les essais sur l'insuffisance cardiaque, par exemple, sont relativement encourageants. Et la technique des cellules iPS est extraordinairement prometteuse. Pour toutes les CSE, il faut prendre énormément de précautions par rapport à la durée de vie de ces cellules et face au risque de développer un cancer."

 

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