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Rhône-Alpes – Paca : le sud-est, place forte de la microélectronique

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En crise depuis cinq ans, la filière française conserve une base solide dans le Sud-Est, avec des écosystèmes attractifs. Reste aux industriels à saisir les opportunités de développement.

Rhône-Alpes – Paca : le sud-est, place forte de la microélectronique
Jean-françois Chapperon, directeur du pôle microélectronique chez Team Côte d’azur

La microélectronique française traverse une période de fortes turbulences. Les difficultés sont tout particulièrement nombreuses en Provence-Alpes-Côte d’azur (Paca) et en Rhône-Alpes. Deux régions qui concentrent près de 75 % des sites de la filière nationale. Texas Instruments va fermer d’ici à cet été son site de Villeneuve-Loubet, près de Nice (Alpes-Maritimes). À la clé, la perte de 517 emplois. Après l’arrêt de la fabrication dans les années 1970, puis la suppression de 340 postes en 2009, le coup est dur. Créé en 1963, c’est l’un des sites historiques de la microélectronique dans la région. Depuis trois ans, il se consacrait au développement de processeurs d’application pour tablettes et smartphones. Le géant américain a décidé en novembre 2012 de sortir de ce marché.

À Rousset (Bouches-du-Rhône), le fondeur LFoundry donne aussi des signes d’inquiétudes. Ses 700 salariés craignent de subir le même sort que celui du personnel de l’autre usine du groupe, celle de Landshut (Allemagne), fermée en septembre 2011, avec comme conséquence plus de 250 licenciements. Les actionnaires allemands, qui ont repris ce site à Atmel en 2010 pour en faire un centre de fabrication de puces sur plan, veulent se désengager. Le site pourrait être racheté par le fonds d’investissement saoudien Taqnia. Sa pérennité n’est pas assurée pour autant. Le contrat garantissant les commandes d’Atmel pendant trois ans arrive à échéance en juillet. LFoundry a beau diversifier ses clients en fabriquant, par exemple, les puces NFC d’Inside Secure, il a besoin d’Atmel.

La filière en chiffres

  • 27 000 emplois directs et 70 000 emplois indirects
  • 5,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé en 2011
  • 45 % du potentiel national en Rhône-Alpes
  • 30 % du potentiel national en Provence-Alpes-Côte d’Azur

Des chocs à absorber

À Bernin, près de Grenoble (Isère), une autre partie se joue chez Soitec. Fondé en 1992 par essaimage du CEA-Leti, le spécialiste du silicium sur isolant (SOI) subit depuis 2009 les soubresauts du marché. Son substrat offre pourtant l’avantage d’accélérer la vitesse de traitement des puces de 30 % et d’en réduire la consommation de 50 % par rapport au substrat classique de silicium massif. Problème ? Il peine à séduire les poids lourds des semiconducteurs comme Intel, Qualcomm ou Nvidia. Et son principal client, AMD, souffre du déclin des PC. Sur les neufs premiers mois de son exercice 2012-2013, Soitec enregistre un chiffre d’affaires en baisse de 22 % à 190 millions d’euros. Le champion du SOI doit engager un plan d’économie de 20 millions d’euros et un plan social. Il en a déjà connu un en 2009. Au programme : du chômage partiel, le détachement de 50 à 60 collaborateurs auprès d’entreprises du bassin grenoblois et 30 à 40 départs volontaires.

De son côté, STMicroelectronics à Crolles, près de Grenoble, le plus gros site de microélectronique en France, est aussi en difficulté. Victime de l’effondrement du constructeur finlandais de téléphones mobiles Nokia, son ancien premier client, le fabricant franco-italien a vu son chiffre d’affaires fondre de 700 millions d’euros l’an passé. Pour absorber le choc, l’heure est à la diversification. « Il y a cinq ans, ce site travaillait presque exclusivement pour Nokia, confie Jean-Marc Chery, le directeur de l’activité numérique, de la recherche et de la technologie de STMicroelectronics. Depuis 2011, il fabrique aussi des processeurs grand public, des composants d’imagerie et des microcontrôleurs. L’objectif ? Avoir dans deux à trois ans une production équilibrée entre ces familles de produits. »

Des incertitudes pèsent aussi sur l’avenir de ST-Ericsson, coentreprise à 50-50 entre STMicroelectronics et Ericsson, spécialisée dans les puces pour les mobiles. Depuis sa création en 2009, cette société « fabless » [sans usines, ndlr], qui a un site à Grenoble, perd de l’argent. STMicroelectronics a d’ailleurs décidé d’en sortir d’ici au troisième trimestre.

Face à cette morosité, Jean-François Chapperon, le directeur du pôle microélectronique de l’agence de promotion et de développement économique Team Côte d’Azur, reste confiant dans l’avenir de la microélectronique en Paca. « Les difficultés de certains acteurs viennent d’erreurs de stratégie et non d’une crise de marché, diagnostique-t-il. Il faut en faire une opportunité de développement, car elles libèrent des compétences de haut niveau intéressantes pour d’autres acteurs. Ça peut même être un argument d’attractivité. » L’espoir repose sur le développement de trois nouveaux venus à Sophia Antipolis, la plus grande technopole de France, située près d’Antibes (Alpes-Maritimes) : Intel, Nvidia et Samsung. Les deux premiers ont jusqu’ici étoffé leurs implantations azuréennes en récupérant des talents issus de Texas Instruments [lire page 45].

Sophia Antipolis mise aussi sur la croissance de pépites comme Inside Secure dans les puces NFC ; ASK dans les dispositifs sans contact ; Starchip dans les microcontrôleurs sécurisés ; RivieraWaves dans la connectivité sans fil ; ou Invia dans la conception de puces prêtes à fabriquer. L’exemple d’Inside Secure illustre ce potentiel. Fondée en 1995 par des transfuges de Gemalto, cette société s’impose comme l’un des deux leaders mondiaux des puces NFC au côté de NXP. En 2011, elle a livré 17 millions de pièces. L’entreprise emploie 470 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros.

Les difficultés de certains acteurs libèrent des compétences de haut niveau intéressantes pour d’autres. cela peut même être un argument d’attractivité.

Jean-françois Chapperon, directeur du pôle microélectronique chez Team Côte d’azur

Venus du monde entier

Avec ses compétences dans le sans-fil et la sécurité numérique, la région Paca attire des acteurs du monde entier. « Nous disposons de toute la chaîne de valeurs : des grands groupes intégrés, comme STMicroelectronics ou Gemalto, jusqu’aux développeurs de blocs de propriété intellectuelle, comme ARM ou Invia, en passant par des éditeurs de logiciels de conception assistée par ordinateur, comme Cadence, Mentor Graphics ou Synopsys, des fournisseurs d’équipements de production, comme IBS ou Vegatec, le fabricant de masques Toppan ou le fondeur LFoundry », détaille Gérard Stehelin, président de l’Association pour la recherche sur les composants et les systèmes intégrés sécurisés (Arcsis). Sans compter les laboratoires de recherche, IM2NP dispose de 20 chercheurs à Marseille et à Toulon, I3S emploie 300 chercheurs à Sophia Antiplolis, le CEA-Leti compte 30 chercheurs à Gardanne.

Le pôle de compétitivité SCS sur les systèmes de communication sécurisés. Ce Centre intégré de microélectronique Paca (CIM Paca) complète l’écosystème. Financé par de grands industriels et les pouvoirs publics, il propose des plates-formes mutualisées de caractérisation, de packaging et de conception de circuits intégrés. Depuis son ouverture en 2005, il a reçu plus de 100 millions d’euros d’investissements. Les PME et les start-up de la région accèdent ainsi à des moyens au plus haut niveau pour créer, valider et tester leurs puces. À Rousset, STMicroelectronics soutient aussi les jeunes pousses en mettant une ancienne salle blanche à la disposition de Nexcis, spécialiste des panneaux solaires à couches minces CIGS, et Wysips qui réalise des films solaires semi-transparents pour des produits portables.

La microélectronique en Rhône-Alpes bénéficie d’un écosystème tout aussi attractif, avec le CEA-Leti et ses 1 700 chercheurs, le pôle de compétitivité Minalogic, l’institut de recherche technologique NanoElec et, surtout, le campus d’innovation technologique Minatec, à Grenoble. Créé en 2006 par le CEA, Grenoble INP et les collectivités locales, Minatec réunit sur 20 hectares, 2 400 chercheurs, 1 200 étudiants et 600 personnes de l’industrie, autour de moyens mutualisés de production, de caractérisation et de test, dont 10 000 m2 de salles blanches. Son infrastructure est utilisée par des start-up à fort potentiel comme Isorg qui produit des interfaces tactiles à capteurs imprimés, Crocus Technology spécialiste de la mémoire magnétique ou Aledia connu pour ses LED à nanofils sur substrat de silicium.

Des spécialités prometteuses

L’imagerie numérique constitue le point fort de la Silicon Valley grenobloise. « Nous avons des leaders mondiaux dans les quatre segments du marché : STMicroelectronics dans les capteurs d’image Cmos pour terminaux portables ; e2v dans les imageurs professionnels pour les satellites ; Sofradir dans les détecteurs à infrarouge pour la défense ; et Trixell dans les détecteurs à rayons X pour l’imagerie médicale », note Jean Chabbal, le délégué général de Minalogic. En 2011, Sofradir, qui emploie 650 personnes et affiche un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, est passé devant les géants anglo-saxons comme Lockheed-Martin, Flir Systems ou BAE Systems, pour talonner l’israélien SCD. Son patron, Philippe Bensussan, espère accéder au premier rang mondial cette année.

Autre spécialité prometteuse : le FD-SOI, une version du silicium sur isolant conjointement développée par Soitec, STMicroelectronics et le CEA-Leti pour les gravures de 28 à 10 nm. STMicroelectronics l’utilise à Crolles pour la fabrication de la dernière puce NovaThor de ST-Ericsson, et envisage de l’utiliser pour d’autres familles de circuits intégrés. La technologie a été transférée au fondeur américain GlobalFoundries pour qu’il la propose à ses clients fabless. « À partir de la gravure de 20 nm, elle devient un passage obligé pour éviter la montée des courants de fuite liée à la miniaturisation, estime Jean-Marc Chery de STMicroelectronics. C’est une alternative économique à la technologie de transistor 3 D, car elle ne modifie pas la conception des circuits. » Si le succès est au rendez-vous, ce serait le jackpot pour Soitec.

On l’aura compris, si la téléphonie mobile, qui a longtemps tiré la filière, est à la peine, les objets communicants, la sécurité, l’embarqué pour l’aéronautique, l’automobile et la santé constituent autant d’opportunités pour les industriels de Paca et de Rhône-Alpes qui s’organisent. La microélectronique française fait plus que résister. Elle prépare l’avenir !

Sophia Antipolis accueille toujours l’innovation et les développements

  • Intel

Logiciel de connectivité sans fil

Implantation en 1999

300 personnes

Intel est arrivé en 1999 avec 10 salariés. Depuis, les choses ont bien changé. Il a acquis en mars 2009 l’activité sans fil pour téléphone mobile de l’allemand Infineon Technologies. En novembre 2012, il a inauguré un second laboratoire, spécialisé dans l’intégration de solutions de connectivité sans fil dans des logiciels de communication pour smartphones et tablettes. Son site a vocation à croître pour répondre à ses ambitions sur le marché des mobiles. Aujourd’hui, il compte deux bâtiments où plus de 300 personnes travaillent.

  • Nvidia

Modem 3 g-4 g

Implantation en 2011

110 personnes

Le numéro un mondial des processeurs graphiques s’est implanté à la faveur de l’acquisition, en juin 2011, d’Icera, une start-up britannique spécialisée dans les modems 3 G-4 G. Ouvert en 2005 avec cinq salariés, le site devrait en compter 150 à la fin de l’année et devenir le plus gros centre de R & D de Nvidia en Europe. Il développe la couche logicielle des puces pour ces modems. L’américain compte profiter des compétences de haut niveau dans les télécoms 3 G et 4 G issues sur place de Texas Instruments, Infineon Technologies, ST-Ericsson et autre NXP.

  • Samsung

Puces de connectivité sans fil

Implantation en 2012

40 personnes

Le géant coréen de l’électronique s’est installé en rachetant en octobre 2012 CSR, une société britannique spécialisée dans la conception de puces de connectivité sans fil Bluetooth, Wi-Fi et GPS pour les terminaux portables. Créé en 2005 par CSR, le site est devenu le premier centre de R & D de Samsung en France. Numéro un mondial des téléphones mobiles, le groupe mise sur l’écosystème local pour étendre ses compétences dans les composants sans fils essentiels aux terminaux portables.

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