Rhodia et Solvay donnent naissance à un nouveau géant de la chimie

Contre toute attente, le groupe belge Solvay a lancé une OPA amicale sur le français Rhodia. Les deux groupes ont mis en avant la complémentarité de leurs activités industrielles et espèrent accélérer leur développement dans les pays émergents.

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Rhodia et Solvay donnent naissance à un nouveau géant de la chimie

L'annonce était totalement inattendue. Dans un secteur de la chimie qui vient juste de reprendre des couleurs au sortir de la crise, le groupe belge Solvay vient d'annoncer une OPA amicale sur le français Rhodia. Le nouveau groupe, qui pourrait voir le jour dès l'été prochain, devrait peser 12 milliards d'euros, ce qui le hisserait dans le top 20 des plus grands groupes mondiaux du secteur, et représenter un effectif de 30 900 personnes. Dans le monde de la chimie, cette annonce est un véritable coup de théâtre.

Rhodia est sorti de la crise plutôt en bonne santé et a accumulé les bonnes nouvelles ces derniers mois. Sa situation financière fait état d'un excédent brut d'exploitation de 905 millions d'euros en 2010. L'acquisition du groupe Feixang Chemicals, finalisée fine 2010, a accentué sa présence en Chine. Concernant les très médiatisées terres rares, le groupe va sécuriser son approvisionnement en Australie, et mettre au point une filière de recyclage des ampoules basse consommation.

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Bref, Rhodia est actif, ce que n'a pas manqué de remarquer l'agence de notation Fitch ratings qui a relevé sa note la semaine dernière en mettant en avant son dynamisme. Pourquoi dès lors Jean-Pierre Clamadieu affirme-t-il que "cette OPA représente une opportunité extraordinaire de construire l'un des leaders de la chimie mondiale" ? Pourquoi Jean-Pierre Clamadieu accepte-t-il cette OPA alors qu'il prônait depuis toujours la stratégie du "stand alone" ("rester seul") pour se développer ?

Les groupes Solvay et Rhodia vont jouer sur la complémentarité de leurs activités industrielles. Solvay est présent dans les polymères spéciaux, les produits chimiques fluorés et la chimie de base (carbonate de soude et peroxyde d'hydrogène). Quant à Rhodia, il possède une large gamme de produits : tensioactifs, chimie des phosphores, polyamide (plastiques techniques), silice pour pneumatiques, terres rares, acétate (filtres à cigarettes)… Aucun doublon apparent.

En termes de marchés finaux, les synergies sont aussi évidentes : chacun des groupes pourra limiter la cyclicité de ses marchés, chacun comblera le "vide" de l'autre. Les secteurs des biens de consommation (19 % du chiffre d'affaire du futur groupe), de la construction (15 %) et de l'automobile (14 %) seront les mieux représentés. Pas moins de 90 % du chiffre d'affaires de la nouvelle entité seront réalisés dans des activités où les deux groupes figurent parmi les trois premiers mondiaux.

Paris, centre décisionnel

Sur le plan géographique, là encore, les deux groupes misent sur la complémentarité. Si leur présence est à peu près équivalente en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, Solvay est très présent en Europe de l'Ouest et Rhodia l'est davantage en Asie/Pacifique. Au bout du compte, 40 % du chiffre d'affaires du nouveau groupe sera réalisé dans les pays émergents. Une opportunité stratégique alors que ces pays sont les principaux facteurs de rebond de la demande en produits chimiques.

En matière d'organisation interne, Solvay et Rhodia sont aussi sur la même longueur d'onde : les deux groupes ont récemment pris l'initiative de décentraliser leur gestion, laissant davantage de marge de manœuvre aux responsables des unités. Une démarche commune liée à la sortie de crise. Il y a quelques jours, Solvay a d'ailleurs annoncé l'implantation de son centre décisionnel européen à Paris.

Dans un premier temps, Rhodia sera intégré à Solvay en temps que troisième branche du groupe. L'actuel Pdg de Solvay, Christian Jourquin, 63 ans, devrait laisser sa place dans les prochains mois à Jean-Pierre Clamadieu, qui prendra ainsi la tête du nouveau groupe. Les synergies sont estimées à 250 millions d'euros. Si l'outil industriel ne devrait pas connaître de plan social, les fonctions supports pourraient subir quelques coupes. "Ce n'est pas dans le genre de la maison d'arriver, de charcuter et de repartir", a tenu à rassurer Christian Jourquin.

C'est d'ailleurs le Pdg de Solvay qui a décidé, il y a quatre semaines seulement, de se rapprocher de Rhodia. Il observait le groupe depuis plusieurs années. Fort d'une cagnotte de 5,2 milliards d'euros issue en grande partie de la vente de sa division pharmacie à l'américain Abbott, Solvay concrétise ainsi des ambitions d'acquisition affichées depuis plusieurs mois.

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