Technos et Innovations

Révolution de palais ou changement de cap ?

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Hasso Plattner, co-fondateur de SAP et président du conseil de surveillance, a décidé de se séparer d’un de ses vieux compagnons de route, Léo Apotheker. Après près de vingt cinq ans de bons et loyaux services, ce fin stratège qui a construit de toutes pièces la filiale française de l’éditeur se retrouve face à une avalanche de griefs. Des reproches comme des résultats en forte chute, une mauvaise communication interne et externe, des clients mécontents… Pourtant les choses ne sont pas aussi simples et la vie est beaucoup plus complexe.

Révolution de palais ou changement de cap ? © DR

SAP revient à une direction bicéphale qui s’apparente toute de même au vieux dicton « on prend les mêmes et on recommence ».  Bill McDermott et Jim Hagemann Snabe, étaient déjà membres du conseil exécutif de SAP, et assuraient, sous la conduite de Léo Apotheker justement, l’un la direction des ventes, l’autre, le développement technologique.



L’éviction du pdg de SAP peut-elle donner un nouveau souffle aux affaires de cet éditeur mythique ? Les nouvelles pistes de croissance que Hasso Platner a égrenée dans son intervention de cette semaine ne laissent quelque peu sceptiques. Aussi séduisant soit-il, le concept cloud computing (informatique en nuage), qui par ailleurs n’est pas nouveau, pose de problèmes de sécurité qui effrayent plus d’un utilisateur. Surtout quand il s’agit d’une solution de gestion d’entreprise de la taille de celle de SAP. Léo Apotheker reconnaissait d’ailleurs lui-même dans une interview accordée à Business Week que le lancement de la solution SaaS, Business byDesign, de SAP a été quelque peu prématuré. Aujourd’hui encore, elle ne compte que 80 utilisateurs. C’est tout de même un succès, tant l’approche est nouvelle. Tous les observateurs s’accordent cependant sur un point en ce qui concerne les logiciels ERP à la demande : s’ils ont une forte chance de séduire les PME (mais il faudra encore beaucoup de pédagogie), les grandes entreprises n’emprunteront pas cette voie.



Comment de lors, retrouver de nouveaux relais de croissance ? En fait, c’est une conjonction de mauvais facteurs qui ont accéléré la chute de Léo Apotheker. La crise sans doute qui a réduit à la portion congrue les investissements et qui risque de se prolonger encore cette année. Mais aussi la situation spécifique du marché de l’ERP. Les grandes entreprises qui constituent la plus grosse partie de 100600 sites installés de SAP au monde sont déjà équipées. On ne pourra faire de la croissance sur ce marché qu’en leur proposant des outils périphériques. Et en exploitant à fond les revenus « maintenance ». Ce qui n’a pas échappé à Léo Apotheker qui a décide en toute bonne logique en 2009, de relever le tarif de la maintenance de 17 à 22 % (jusqu’en 2012). L’éditeur a fait marche arrière depuis face à la grogne des utilisateurs. Mais il s’agissait d’une nouvelle forme de maintenance et l’éditeur s’était engagé à apporter la preuve de son incidence sur la réduction des coûts. Enfin, cette pratique n’est pas inhabituelle dans le monde du logiciel professionnel.



Les grandes entreprises étant équipées, l’éditeur s’est fortement orienté depuis quelques années déjà vers les PME avec plusieurs produits différents qui ont connu des fortunes diverses.



A mettre à l’actif de l’équipe dirigeante dont faisait partie Léo Apotheker, le rachat payé à prix d’or de Business Objects s’inscrit lui aussi, dans cette recherche de sources de croissance. C’est plutôt bien vu, car les solutions d’aide à la décision représentent déjà 50% du chiffre d’affaires de l’éditeur de Waldorf. Proposer des solutions périphériques à l’ERP peut donc servir. On entre ainsi dans l’ère du post-ERP.



Pour en finir, constatons que la concurrence ne fait pas de cadeaux. Au contraire. Oracle en premier lieu, fort de son offre bases de données et de ses rachats en cascade qui sont surement loin d’être finis en connaissant l’appétit insatiable et les milliards de dollars prêts à être dépensés de son pdg Larry Ellison. L’analyse de l’offre ERP laisse apparaître des différences majeures entre la solution SAP et celle d’Oracle. Le premier à fabriqué, en grande partie, lui-même une solution cohérente grâce à une force de développement colossale qui travaille à son siège en Allemagne. Oracle a racheté des progiciels existants sur le marché comme PeopleSoft, un fournisseur de solution de gestion des ressources humaines qui a fait son miel surtout aux Etats-Unis. Ce dernier avait quant à lui racheté J.D.Edwards, un éditeur américain reconnu pour sa solution ERP destinée aux entreprises manufacturières. Des rachats qui ont fortement agité à l’époque les utilisateurs de ces deux logiciels et dont l’intégration a du demander quelques efforts pour assurer leur cohérence. Depuis Oracle a continué sa frénésie de rachats pour élargir sa solution à tous les domaines de la gestion d’entreprise. Il est ainsi indéniable que sa forte présence dans les bases de données est un atout important.



Autre compétiteur de poids, Microsoft, a procédé de la même façon qu’Oracle. Il a ainsi racheté, revu et corrigé un ERP qui existait sur le marché, Navision pour ne pas le nommer. Ce logiciel danois avait une qualité : sa base installé de plus de 20000 clients. Rebaptisé Microsoft Dynamics, il s’adresse surtout aux PME. Par ailleurs, Microsoft a bâti autour de cet ERP une offre périphérique qui profite de sa présence dans les entreprises via son système d’exploitation en position de quasi monopole.



Avec ou sans Léo Apotheker, SAP ne semble pas sorti de l’auberge. Il lui faudra chercher d’autres voies, développer de nouvelles solutions, surprendre le marché comme il l’a fait en étant le pionnier de l’ERP à la demande. Réussira-t-il ? L’avenir le dira dans les prochaines douze à quinze mois...



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