Retraites : quand lâcher du lest ?

Des concessions, le gouvernement, comme dans toute négociation, devra en faire, mais pas trop tôt, pour ne pas encourager les revendications ; ni trop tard, car il ne peut risquer la crispation comme Alain Juppé en 1995. C'est d'ici à la présentation du p

Partager

Le mardi 13 mai a ouvert deux semaines difficiles pour le gouvernement Raffarin. Personne ne met en doute sa volonté d'amener à son terme la réforme du régime des retraites. " Ce n'est pas la rue qui gouverne ", a averti le Premier ministre à la veille des manifestations du 13 mai. Assuré de l'appui d'une majorité parlementaire pléthorique, Jean-Pierre Raffarin a les moyens politiques de son ambition. Certes le contexte économique et social, avec une remontée du chômage depuis un an, a accumulé les motifs de mécontentements. Mais aussi rappelé qu'on ne pouvait plus faire n'importe quoi. D'ailleurs, deux différents sondages parus lundi, dans " Libération " et " Le Parisien/Aujourd'hui ", montrent que les Français sont non seulement convaincus de la nécessité de réformer mais estiment que le gouvernement ne reculera pas. Les deux tiers des fonctionnaires, premiers touchés, pensent ainsi que sa copie ne sera pas fondamentalement revue (enquête " Libération "-Louis Harris-AOL). Face aux syndicats qui mobilisent, le gouvernement devra nécessairement amender son projet pour éviter une crispation, source de tous les dangers. On sait déjà sur quels paramètres il peut le faire : relèvement de la retraite plancher à 80 % du Smic voire plus, renforcement des mesures en faveur des salariés qui ont commencé très tôt à travailler, meilleure intégration des primes des fonctionnaires pour le calcul des retraites, via un régime de cotisations obligatoires à un fonds complémentaire. Autant de mesures qui répondraient à l'attente de la CFDT. En revanche, FO s'est à nouveau mise hors jeu, en s'arc-boutant sur le maintien du régime spécial des 37,5 annuités de cotisations dont bénéficient les fonctionnaires. Reste la CGT. Elle n'appelle pas à la grève générale, mais ne veut pas non plus être débordée sur sa gauche. Des concessions, le gouvernement, comme dans toute négociation, devra en faire, mais pas trop tôt, pour ne pas encourager les revendications ; ni trop tard, car il ne peut risquer la crispation comme Alain Juppé en 1995. C'est d'ici à la présentation du projet final en Conseil des ministres le 28 mai qu'il devrait le faire. Et non en juin, pendant le débat parlementaire. Le dialogue avec les syndicats doit en effet rester prépondérant. Jean-Pierre Raffarin et François Fillon ne pourront aller beaucoup plus loin. Comparé aux réformes engagées ou envisagées ailleurs en Europe, le projet français apparaît déjà très modéré. En Autriche, où les syndicats mobilisaient aussi le mardi 13 mai, la réforme... allonge à 45 ans la durée de cotisation et alignerait, dès l'automne, le public sur le privé. Enfin, en Allemagne, une commission gouvernementale préconisait fin avril de porter l'âge légal du départ à la retraite à... 67 ans.
Par Jean-Léon Vandoorne
jlv@usinenouvelle.fr

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS