Retraites complémentaires : il va falloir travailler un an de plus (pour gagner autant)

Syndicats et patronat doivent finaliser, vendredi 30 octobre, l’accord sur les retraites complémentaires trouvé le 16 octobre.  Pour sauver les régimes Agirc et Arrco, les salariés seront encouragés à partir plus tard à la retraite, et les retraités attendront plusieurs mois une revalorisation de leurs pensions.

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Les salariés qui voudront toucher la totalité de leur retraite complémentaire devront travailler un an de plus que prévu avant de prendre leur retraite… C’est une des mesures phares de l’accord que s’apprêtent à signer trois organisations syndicales (CFDT, CFTC et CFE-CGC) avec le patronat, vendredi 30 octobre. A la surprise générale, ces partenaires sociaux ont trouvé un compromis le 16 octobre, après une longue journée de négociations, et huit mois de réunions. Le gouvernement serait intervenu pour que les partenaires sociaux démontrent l’efficacité du dialogue social et de la gestion paritaire, quelques jours avant la conférence sociale. Rappel des principales mesures prévues par l’accord qui sera signé le 30 octobre.

Création d’un système de bonus-malus

A partir de 2019, les salariés qui auront atteint 62 ans et la durée de cotisation nécessaire à une retraite à taux plein, seront fortement incités à travailler une année de plus. S’ils partent immédiatement, leur retraite complémentaire sera amputée de 10% chaque année pendant trois ans (ou deux, si la situation des régimes s’est améliorée d’ici là). S’ils travaillent un an de plus, leur pension complémentaire sera intégralement versée. S’ils attendent deux ans avant de faire valoir leurs droits, pendant un an, leur pension sera augmentée de 10%, s’ils reportent de trois ans, de 20%, de quatre ans, de 30%.

Les salariés qui doivent attendre d’avoir 64 ans pour disposer de la totalité de leurs trimestres devront eux aussi attendre un an de plus, pour toucher une pension complémentaire complète. L'effort demandé aux salariés est beaucoup moins important qu'au début de la négociation.

Cette mesure ne rapportera que 500 millions d’euros d’économies d’ici 2020, sur les 6,1 milliards trouvés par l’accord. Elle est donc avant tout symbolique. Le patronat cherchait depuis longtemps une façon de jouer sur les comportements pour reporter l’âge de départ à la retraite. Laurent Berger, pour la CFDT, signataire de l’accord, se réjouit qu’on n’ait pas touché à l’âge légal, et de la mise en place d’un "début de la retraite à la carte que la CFDT a souvent poussée". Pour les salariés, le malus de 10% correspondra à 2 ou 6 % de leur pension globale, en fonction de la part de leur retraite complémentaire. Les 30% de retraités les plus modestes ne seront pas concernés.

Des pensions moins bien revalorisées et plus tard

Ce sont les retraités qui feront les plus gros efforts. D’une part, la revalorisation annuelle de leur retraite complémentaire sera reportée du 1er avril 2016 au 1er novembre 2016, maintenue au 1er novembre chaque année. Soit une économie de 1,3 milliard d’euros d’ici 2020. D’autre part, cette revalorisation ne suivra pas l’inflation, mais l’inflation moins 1 point. Autrement dit, si les prix augmentent de 1% en 2016, les pensions ne bougeront pas. Plus de 2 milliards d’économies sont attendues de cette dernière mesure.

Fusion en 2019 des régimes Agirc Arrco et négociation nationale sur le statut cadre

La CFE-CGC a surmonté sa crainte de voir disparaître le statut de cadre et accepté, à partir de 2019, une fusion de l’Agirc (régime des cadres) et de l’Arrco (régime des salariés non-cadres). Tous les deux sont déficitaires, mais si rien n’était fait, les réserves de l’Agirc (cadres) seraient épuisées en 2018, celles de l’Arrco neuf ans plus tard, en 2027. Les syndicats ont obtenu l’engagement patronal qu’une négociation sur la fonction cadre se tiendrait avant 2019.

Un point reste discuté : le patronat a accepté une hausse des cotisations de 700 millions d’euros, mais assure avoir obtenu, en échange, la possibilité de baisser ses cotisations à la branche accidents du travail de la Sécu, excédentaire. Ce qui a fait hurler les partenaires sociaux qui gèrent cette branche et les associations qui défendent les accidentés du travail. Plusieurs syndicats affirment que ce point n’a pas été abordé lors de la négociation.

La CGT et Force ouvrière refusent de valider cet accord, essentiellement parce qu’il introduit une mesure reportant l’âge de départ à la retraite, qui pourrait préfigurer une décision du même type pour les retraites générales. Mais elles participeront à la réunion de vendredi. L’accord a aussi été critiqué par plusieurs organisations féministes. Elles estiment que les femmes, qui ont souvent eu des carrières plus courtes et partent déjà plus tard que les hommes à la retraite, seront beaucoup plus pénalisées qu’eux par le système de bonus-malus.

Cécile Maillard

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