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L'Usine Matières premières

Retour aux grandes manoeuvres dans le pétrole

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le , mis à jour le 12/05/2015 À 17H21

Analyse Pétrole de l'Arctique, Kashagan, acquisitions en série : depuis avril, et de façon plus évidente en ce début mai, l’argent recommence à circuler dans le secteur pétrolier. Réinvestissement dans des méga-projets et fusions-acquisitions viennent marquer le deuxième trimestre 2015 après une période de latence que les groupes pétroliers ont consacré à un questionnement des stratégies internes marqué par une réduction drastique des coûts.

Retour aux grandes manoeuvres dans le pétrole © BP

On les disait moribonds. Les méga projets pétroliers, en eaux très profondes ou dans l’Arctique, donnent de leurs nouvelles et ils ne se portent pas si mal. L’expert français de l’ingénierie pétrolière Technip vient d’annoncer la signature d’un contrat avec BP pour la conception, la fabrication et l’installation des nouvelles conduites de production (flowlines rigides) dans le projet d’extension sud de la plateforme de forage et de production Thunder Horse de BP (golfe du Mexique). Et ce, à une profondeur d’environ 1900 mètres. Technip avait déjà travaillé sur les premières phases de Thunder Horse, depuis 2003 et jusqu’en 2014, lorsqu’il avait installé les conduites d’injection d’eau.

Même le projet géant de Kashagan au Kazakhstan, maintes fois retardé, continue d’avancer : ArcelorMittal a annoncé début avril un réinvestissement sur son site du Creusot (Industeel) pour préparer la livraison de 15000 tonnes de tôles plaquées, dont la production doit s’étendre sur 10 mois. Ces tôles sont destinées aux dizaines de kilomètres de tubes acier que nécessite ce projet pétrolier géant mené en consortium par six compagnies pétrolières.

Quant à l’océan Arctique, qui semblait oublié en cette période de disette pour les investissements pétroliers majeurs, il refait parler de lui depuis l’autorisation accordée à Shell le 11 mai par le gouvernement américain pour y réaliser des forages pétroliers et gaziers.

Des mouvements aussi sur le terrain des fusions-acquisitions

L’annonce, le 11 mai, du rachat de 2 milliards de dollars d’actifs de Rosetta Resources (pétrole de schiste) par le groupe de négoce Noble Energy est la première transaction d’importance dans les huiles de schiste américaines, que l’on disait ces derniers mois de plus en plus à la peine. La baisse des cours du pétrole, couplée à un fort endettement, a fragilisé ces opérations qui nécessitent un réinvestissement constant dans de nouveaux forages pour maintenir leur niveau de production.

Selon les agences de notation, les schistes américains sont désormais le secteur qui rassemble le plus d’obligations pourries (junk bonds). Ces obligations, aussi risquées que surévaluées pour justifier le risque pris par les prêteurs, ressemblent à celles générées par le secteur immobilier américain qui avaient provoqué la crise financière de 2008. Fitch évalue à 247 milliards de dollars (+30 milliards entre janvier et mars 2015) la valeur globale des junk bonds actuellement sur le marché.

Une autre transaction a fait moins de bruit, mais participe du même regain d'intérêt pour le secteur : le rachat des activités de négoce physique de pétrole de Morgan Stanley par le négociant Castleton Commodities International pour 1 milliard de dollars. Morgan Stanley était jusqu’ici connue comme "le raffineur de Wall Street". La branche négoce de la banque américaine avait dans un premier temps trouvé preneur en Russie, mais les négociations avec Rosneft ont achoppé sur le conflit ukrainien. Cette vente se situe aussi dans la droite ligne du désengagement des banques d’investissement dans le commerce physique des matières premières, leur rôle ayant été largement critiqué, entre autres par le Sénat américain, pour le risque qu’il faisait peser sur le système financier.

Retour à l’opportunisme

Une étude d’EY publiée le 11 mai confirme le retour de l’appétit pour des fusions-acquisitions dans le secteur pétrolier : plus de la moitié (56%) des cadres dirigeants interrogés se déclarent prêts à une transaction dans les 12 prochains mois. 60% d’entre eux s’attendent même à au moins deux opérations de rachat. Enfin, ils sont unanimes (99%) sur une amélioration ou une stabilisation des conditions de fusion-acquisition dans l’année. EY explique l’attentisme prudent des pétroliers au premier trimestre 2015 (-74% de fusions-acquisitions par rapport au dernier trimestre 2014), par une obligation de se recentrer sur leur stratégie interne. La chute brutale des prix du pétrole a notamment engendré un effort global de réduction drastique des coûts de production qui a demandé des ajustements.

Le même jour, Morgan Stanley affirmait dans une note de conjoncture que le rebond des prix du brut avait relancé l’opportunisme du secteur pétrole-gaz. Après un premier trimestre marqué par le nombre le plus bas de rachats d’actifs en 20 ans (30 transactions, pour une valeur totale de 4 milliards de dollars), le deuxième trimestre en a déjà enregistré 38 pour une valeur de 93 milliards de dollars. La plus emblématique étant la fusion entre Royal Dutch Shell et BG Group début avril.

Les déclencheurs : Shell / BG et Noble / Rosetta

Une autre raison à cet attentisme des trois premiers mois est la difficulté à évaluer les actifs, les prévisions sur l’évolution du prix du baril restant très incertaines. En cela, le rachat de Rosetta par Noble a le mérite de poser un prix – qui pourra servir de référence – sur les 1800 sites de forages et les quelque 40000 hectares détenus par la société sur les gisements américains d’Eagle Ford et du Permien.

La reprise, enfin, est accélérée par le sentiment largement partagé que la hausse récente des prix du pétrole (+40% depuis le plus bas de janvier) ne durera pas. Une fenêtre s’est ouverte, qui risque de se refermer avant la fin de l’année. Et les consultants comme les dirigeants du secteur croient plus à des transferts d’actifs de qualité qu’à des consolidations majeures comme celles auxquelles on a assisté à la fin des années 1990 / début des années 2000 entre Exxon et Mobil, Total, Petrofina et Elf  ou Chevron et Texaco. "Je ne vois rien venir, déclarait fin avril le PDG de Total Patrick Pouyanné à l’IHS Ceraweek de Houston, je pense que ce sont des discussions de banquiers ou de journalistes", qui "essaient de construire une histoire avant le début de l’histoire". Et maintenant ?

Myrtille Delamarche

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1 commentaire

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14/05/2015 - 16h50 -

Colibri 95
Votre article confirme mon commentaire d'hier dans le cadre
de la COP21.J'avais placé les USA en tête de ma liste des
décisions en contradiction avec la volonté supposée de
vouloir réduire les gaz à effet de serre.
Nous sommes tous shootés au pétrole et notre cure de désin-
toxication n'est pas pour demain. Le déni de réalité de nos
dirigeants devient criant. Rien ne sera possible. Nous sommes piégés par notre modèle économique et nous n'en
sortirons pas. Nous irons jusqu'au bout de nos ressources
que nous consommons avec boulimie.
Nous avons sous les yeux un modèle de la stupidité des
hommes. LAS VEGAS qui est dans l'attente d'une mort
programmée à court terme. L'agglomération de Las Végas de
2 millions d'habitants, construite en plein désert, est
alimentée en eau par le lac Mead issu d'un barrage sur le
Colorado. Le niveau de ce lac baisse à vue d'oeil d'une façon dramatique et on estime qu'il sera à sec dans moins
de 5 ans. Las Vegas sans eau est appelée à disparaître.
Que croyez-vous qu'il se passe? Rien. L'orgie aquatique
continue. 800 litres par jour et par habitant. Une mini-
Venise reconstituée, jets d'eau, fontaines, pelouses et
greens qu'il faut arroser constamment.
Je vous laisse méditer sur les chances de réussite de la COP21.
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