Retour aux grandes manoeuvres dans le pétrole

Pétrole de l'Arctique, Kashagan, acquisitions en série : depuis avril, et de façon plus évidente en ce début mai, l’argent recommence à circuler dans le secteur pétrolier. Réinvestissement dans des méga-projets et fusions-acquisitions viennent marquer le deuxième trimestre 2015 après une période de latence que les groupes pétroliers ont consacré à un questionnement des stratégies internes marqué par une réduction drastique des coûts.

Partager
Retour aux grandes manoeuvres dans le pétrole

On les disait moribonds. Les méga projets pétroliers, en eaux très profondes ou dans l’Arctique, donnent de leurs nouvelles et ils ne se portent pas si mal. L’expert français de l’ingénierie pétrolière Technip vient d’annoncer la signature d’un contrat avec BP pour la conception, la fabrication et l’installation des nouvelles conduites de production (flowlines rigides) dans le projet d’extension sud de la plateforme de forage et de production Thunder Horse de BP (golfe du Mexique). Et ce, à une profondeur d’environ 1900 mètres. Technip avait déjà travaillé sur les premières phases de Thunder Horse, depuis 2003 et jusqu’en 2014, lorsqu’il avait installé les conduites d’injection d’eau.

Même le projet géant de Kashagan au Kazakhstan, maintes fois retardé, continue d’avancer : ArcelorMittal a annoncé début avril un réinvestissement sur son site du Creusot (Industeel) pour préparer la livraison de 15000 tonnes de tôles plaquées, dont la production doit s’étendre sur 10 mois. Ces tôles sont destinées aux dizaines de kilomètres de tubes acier que nécessite ce projet pétrolier géant mené en consortium par six compagnies pétrolières.

Quant à l’océan Arctique, qui semblait oublié en cette période de disette pour les investissements pétroliers majeurs, il refait parler de lui depuis l’autorisation accordée à Shell le 11 mai par le gouvernement américain pour y réaliser des forages pétroliers et gaziers.

Des mouvements aussi sur le terrain des fusions-acquisitions

L’annonce, le 11 mai, du rachat de 2 milliards de dollars d’actifs de Rosetta Resources (pétrole de schiste) par le groupe de négoce Noble Energy est la première transaction d’importance dans les huiles de schiste américaines, que l’on disait ces derniers mois de plus en plus à la peine. La baisse des cours du pétrole, couplée à un fort endettement, a fragilisé ces opérations qui nécessitent un réinvestissement constant dans de nouveaux forages pour maintenir leur niveau de production.

Selon les agences de notation, les schistes américains sont désormais le secteur qui rassemble le plus d’obligations pourries (junk bonds). Ces obligations, aussi risquées que surévaluées pour justifier le risque pris par les prêteurs, ressemblent à celles générées par le secteur immobilier américain qui avaient provoqué la crise financière de 2008. Fitch évalue à 247 milliards de dollars (+30 milliards entre janvier et mars 2015) la valeur globale des junk bonds actuellement sur le marché.

Une autre transaction a fait moins de bruit, mais participe du même regain d'intérêt pour le secteur : le rachat des activités de négoce physique de pétrole de Morgan Stanley par le négociant Castleton Commodities International pour 1 milliard de dollars. Morgan Stanley était jusqu’ici connue comme "le raffineur de Wall Street". La branche négoce de la banque américaine avait dans un premier temps trouvé preneur en Russie, mais les négociations avec Rosneft ont achoppé sur le conflit ukrainien. Cette vente se situe aussi dans la droite ligne du désengagement des banques d’investissement dans le commerce physique des matières premières, leur rôle ayant été largement critiqué, entre autres par le Sénat américain, pour le risque qu’il faisait peser sur le système financier.

Retour à l’opportunisme

Une étude d’EY publiée le 11 mai confirme le retour de l’appétit pour des fusions-acquisitions dans le secteur pétrolier : plus de la moitié (56%) des cadres dirigeants interrogés se déclarent prêts à une transaction dans les 12 prochains mois. 60% d’entre eux s’attendent même à au moins deux opérations de rachat. Enfin, ils sont unanimes (99%) sur une amélioration ou une stabilisation des conditions de fusion-acquisition dans l’année. EY explique l’attentisme prudent des pétroliers au premier trimestre 2015 (-74% de fusions-acquisitions par rapport au dernier trimestre 2014), par une obligation de se recentrer sur leur stratégie interne. La chute brutale des prix du pétrole a notamment engendré un effort global de réduction drastique des coûts de production qui a demandé des ajustements.

Le même jour, Morgan Stanley affirmait dans une note de conjoncture que le rebond des prix du brut avait relancé l’opportunisme du secteur pétrole-gaz. Après un premier trimestre marqué par le nombre le plus bas de rachats d’actifs en 20 ans (30 transactions, pour une valeur totale de 4 milliards de dollars), le deuxième trimestre en a déjà enregistré 38 pour une valeur de 93 milliards de dollars. La plus emblématique étant la fusion entre Royal Dutch Shell et BG Group début avril.

Les déclencheurs : Shell / BG et Noble / Rosetta

Une autre raison à cet attentisme des trois premiers mois est la difficulté à évaluer les actifs, les prévisions sur l’évolution du prix du baril restant très incertaines. En cela, le rachat de Rosetta par Noble a le mérite de poser un prix – qui pourra servir de référence – sur les 1800 sites de forages et les quelque 40000 hectares détenus par la société sur les gisements américains d’Eagle Ford et du Permien.

La reprise, enfin, est accélérée par le sentiment largement partagé que la hausse récente des prix du pétrole (+40% depuis le plus bas de janvier) ne durera pas. Une fenêtre s’est ouverte, qui risque de se refermer avant la fin de l’année. Et les consultants comme les dirigeants du secteur croient plus à des transferts d’actifs de qualité qu’à des consolidations majeures comme celles auxquelles on a assisté à la fin des années 1990 / début des années 2000 entre Exxon et Mobil, Total, Petrofina et Elf ou Chevron et Texaco. "Je ne vois rien venir, déclarait fin avril le PDG de Total Patrick Pouyanné à l’IHS Ceraweek de Houston, je pense que ce sont des discussions de banquiers ou de journalistes", qui "essaient de construire une histoire avant le début de l’histoire". Et maintenant ?

Myrtille Delamarche

SUR LE MÊME SUJET

Sujets associés

NEWSLETTER Matières Premières

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

BUREAU VERITAS

Consultant Transition Energétique du Maritime (F/H)

BUREAU VERITAS - 19/01/2023 - CDI - Nantes

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

976 - DEAL DE MAYOTTE

Le transport des personnels de la DEAL de Mayotte.

DATE DE REPONSE 22/02/2023

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS