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Quotidien des Usines

Retard en vue pour l'EPR français

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Faisabilité technique à démonter, capacités de production insuffisantes : pour Areva, les obstacles industriels s'accumulent pour construire l'EPR de Flammanville d'ici à 2012 comme prévu.

Question de crédibilité pour le numéro 1 mondial du nucléaire. A ses interlocuteurs, Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, affirme qu'elle fera tout pour que la cuve de l'EPR de Flamanville-3 - et notamment sa partie supérieure, la virole porte-tubulure, la pièce maîtresse qui nécessite la fonte et le travail d'un lingot creux d'acier faiblement allié de 420-430 tonnes - soit fabriquée dans l'ex-« sanctuaire industriel du nucléaire français », dans le bassin du Creusot/Chalon-sur-Saône. Il ne peut en être autrement. Areva qui n'a déjà pas pu assurer la production de celle de la première commande EPR destinée au finlandais TVO et a dû la sous-traiter au Japon, doit pouvoir réussir à maîtriser parfaitement l'élaboration de cette énorme virole. Une condition indispensable si le groupe veut vendre demain, à la Chine ou aux Etats-Unis, le seul réacteur de troisième génération aujourd'hui sur le marché. Un défi et une course de vitesse difficiles pour pouvoir surmonter cette « situation stratégique handicapante ».

Quatre ans de recherche

Résultat : le planning du premier EPR français est, à ce stade, bel et bien décalé de plusieurs années. La fabrication des pièces de la partie supérieure de la cuve, la plus complexe de l'îlot nucléaire, devrait être lancée dans deux ans pour que le réacteur puisse être mis en service, comme le souhaite EdF, en 2012. Elle ne le sera pas. De même que pour les générateurs de vapeur dont quatre pièces de la virole sur huit demanderont encore deux ans d'études.

Il faudra d'ici là de nouveaux investissements, tant pour le chaudronnerie de Framatome-ANP que pour Creusot-Metal (Industeel) et Sfarsteel, filiale du groupe France-Essor, héritier de Creusot-Loire Industrie, l'ex-pilier du programme nucléaire français contrôlé aujourd'hui par Michel-Yves Bolloré, qui lui fournit les composés forgés finis.

Plus précisément, comme le remarque l'un des principaux industriels associés au programme, le « sanctuaire » manque aujourd'hui, de structure de levage, d'une lingotière, d'un bassin de coulée, d'un outil de forgeage dimensionnés aux nouveaux enjeux. Il faudra surtout trois, voire quatre, années de recherche pour espérer pouvoir lancer la production, estiment Jean-Pierre Durski, directeur de l'usine Areva de Chalon/Saint-Marcel, et Marc Benner, délégué régional d'EdF. En technique de coulée comme en caractérisation des matériaux. En mobilisant pour ce faire, outre leurs compétences propres, celles des laboratoires du CEA de Valduc à Is-sur-Tille près de Dijon, de Grenoble et de Saclay, de l'Ecole des arts et métiers de Cluny, de l'Esirem (Ecole supérieure d'ingénieurs de recherche en matériaux), de l'université de Dijon ou du centre de formation Cetic (Intervention sur chaudières nucléaires à eau pressurisée).

Parer au plus pressé

Faute de commandes nouvelles, la métallurgie nucléaire a perdu de sa superbe en France ces quinze dernières années. Et surtout compromis son indépendance. La cuve de Civaux-2, le dernier réacteur d'EdF mis en service près de Poitiers fin 1999, a été coulée et forgée au début des années 1990. Ces heures fastes ne sont plus qu'un lointain souvenir. De surcroît, la partie supérieure de la cuve de l'EPR est très différente de celle de la génération précédente (palier N4) qui supposait la réalisation d'un lingot creux de 190 tonnes, une partie supérieure de la cuve en deux pièces et une tubulure posée et soudée sur des orifices creusés dans la virole. Les soudures doivent être aujourd'hui réduites au strict minimum pour simplifier et réduire les temps de fabrication, de même qu'ensuite limiter les délais d'arrêt des centrales lors des opérations de contrôle et de maintenance.

Pour que la virole porte-tubulure soit réalisée en France, Areva et Sfarsteel (via ses filiales Creusot-Forge et Creusot-Mécanique) vont devoir monter d'un cran leur savoir-faire et leurs investissements. A Chalon, on sait aujourd'hui fondre, en trois postes de coulée, et forger un lingot creux de 250 tonnes (actuellement pour les couvercles de cuves), mais pas encore résoudre les problèmes soulevés par la réalisation de l'indispensable lingot creux de 420-430 tonnes. Probablement en cinq postes de coulée. Une technologie conforme aux solutions traditionnellement choisies par les ingénieurs français pour assurer une répartition thermique plus homogène de la pièce et de meilleures propriétés mécaniques. Une option qui n'est pas remise en question dans l'immédiat.

A l'inverse, Mitsubishi Heavy Industries et la forge de Japan Steel Works qui assurent la fabrication en cinq coulées et le travail de la cuve de l'EPR finlandais d'Olkiluoto-3 de TVO - qui doit être mis en service au printemps 2009 - ont déjà terminé la virole. Mais avec leur propre technologie, celle du lingot plein. Manifestement, les concepteurs du projet EPR - les Allemands de Siemens et les Français réunis au sein de Framatome ANP - ne se sont pas attardés sur les questions de faisabilité industrielle. Le successeur du N4 devait, à très long terme, venir remplacer le parc nucléaire de première génération. Il est devenu, plus vite que prévu, le projet de référence de la troisième génération, le premier sur le marché mondial. Surtout pour une époque où les donneurs d'ordre, à capitaux privés pour leur majorité, tiennent à faire plus vite (cinq ans au lieu des sept habituels du programme français), moins coûteux (l'EPR finlandais a été facturé 3 milliards d'euros, les suivants seront forcément moins chers) et pour plus longtemps (l'exploitation de l'EPR est prévue pour 60 ans contre 40 la génération précédente).

Conséquence : il faut aujourd'hui parer au plus pressé. L'ingénierie d'Areva est en surchauffe (trois ans et demi de commandes signées) en raison des deux grands chantiers finlandais et français, mais aussi des importantes commandes françaises et américaines en particulier (seize couvercles de cuves, vingt-et-un générateurs de vapeur et trois pressuriseurs). Du fait des pyramides d'âge ou de l'arrêt du programme nucléaire allemand depuis six ans, nombre d'ingénieurs et de chercheurs, des deux côtés du Rhin, sont partis. Vers d'autres horizons professionnels ou en préretraite. Ce qui suppose aujourd'hui une embauche importante de jeunes ingénieurs et techniciens pour reconstituer et rénover le savoir-faire. Particulièrement recherchées, les compétences dans la science et le génie des matériaux, les procédés de fabrication (état de surface, tenue à la corrosion...), en simulation numérique et en contrôles non destructifs. Ou encore en robotique et en optimisation industrielle. Areva, qui a embauché 150 jeunes ingénieurs et techniciens l'an dernier sur son site de Chalon/Saint-Marcel en Saône-et-Loire, compte en recruter une centaine cette année. Valinox-Nucléaire (groupe Vallourec), le tubiste de Montbard au nord-ouest de Dijon, propose une cinquantaine de postes. Sfarsteel cherche une trentaine de tourneurs verticaux supplémentaires.

Un pôle de compétitivité

L'autre défi est économique et passe par le projet de pôle de compétitivité PNB (Pôle Nucléaire Bourgogne) : lancer la fabrication de la totalité d'une cuve pour un ou deux réacteurs, n'est plus rentable après plusieurs années de sous-activité des sites bourguignons spécialisés depuis toujours dans les composants lourds. Areva et ses partenaires souhaiteraient des engagements à long terme d'EdF au-delà de l'actuelle tête de série. Combien d'EPR suivront Flamanville et à quelle échéance ? Aucun engagement irrévocable n'a été pris ni par l'Etat ni par EdF, devenue société anonyme et déjà soucieuse de l'impact de ses décisions sur son entrée en Bourse, en principe toujours prévue avant la fin de cette année. Via ce projet, les industriels impliqués dans l'aventure du « réacteur du xxie siècle » vendent aux pouvoirs publics l'idée qu'il faut, dès maintenant, s'équiper pour construire cinquante EPR. En France, bien sûr, mais aussi en Chine, en Inde, au Pakistan, en Corée du Sud ou en Suède. Soit, en moyenne, quatre EPR par an. D'où l'obligation de rassembler, au plus vite, pour pouvoir « fabriquer les composants lourds du circuit primaire », 157 millions d'euros de crédit, dont 140 millions pour des investissements industriels (cuve et générateurs de vapeur) et 17 millions pour la R&D et la formation.

L'avenir est bourguignon

Sur la ligne de départ : le CEA, EDF, Areva, Sfarsteel, Valinox-Nucléaire, Industeel et, espèrent ses promoteurs, entre 70 et 100 de leurs sous-traitants. Areva a déjà investi 40 millions d'euros dans des pré-études. Et, annoncé fin avril que 30 millions d'euros sur trois ans allaient être consacrés au renforcement du potentiel industriel de Chalon/Saint-Marcel. Sfarsteel a lancé un programme de modernisation de 10 millions d'euros, Valinox de 7 millions pour la modernisation d'un four de traitement thermique des tubes utilisés dans les générateurs de vapeurs.

Un début pour les promoteurs du « PNB » qui comptent fortement sur le soutien de l'Etat à leur projet de pôle. Impossible d'échouer de toute façon. Pour qu'Areva puisse vendre l'EPR en Chine, il faut impérativement que le groupe puisse démontrer qu'il maîtrise parfaitement, dans toute sa complexité, la fabrication de la cuve. Il est en effet peu probable, en raison des actuelles relations entre la Chine et le Japon, que Pékin confie à deux groupes nippons les commandes des quelque quarante cuves attendues de son prochain programme nucléaire. Des missions d'ingénieurs d'Areva sont allées en Mandchourie pour savoir quelles possibilités existaient d'y faire fabriquer ces cuves géantes. Leur conclusion : théoriquement possible, mais, pour l'instant, des problèmes de qualité demeurent.

Le temps ne joue pas forcément au bénéfice du numéro 1 mondial. Le principal concurrent de l'EPR sur l'immense marché chinois qui se profile, l'« AP 1000 » de Westinghouse, ne comporte pas de cuve de cette dimension (mais le groupe américain n'est plus qu'ingénieriste sans être lui-même industriel).

L'avenir d'Areva va donc se jouer en Bourgogne. Si la mobilisation prévue ne se concrétise pas, on peut craindre que le groupe d'Anne Lauvergeon ne puisse, en définitive, s'aligner en candidat le mieux placé pour les gigantesques programmes nucléaires qui s'annoncent.

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