L'Usine Santé

Restructuration : la thérapie de choc de Sanofi

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Analyse Pour se remettre de la perte de plusieurs brevets majeurs, le numéro un français de la pharmacie s’est administré un médicament nommé diversification.

Restructuration : la thérapie de choc de Sanofi © © Gérard Uféras / Rapho

"Nous venons juste de sortir de la falaise des brevets la plus profonde et la plus concentrée de l’industrie pharmaceutique." En tournée en Asie, Chris Viehbacher, le directeur général de Sanofi, a une nouvelle fois insisté sur la perte d’exclusivité des médicaments vedettes du groupe, la fameuse falaise des brevets. Les brevets de neuf d’entre eux - dont des blockbusters comme le Plavix - ont expiré en trois ans. Les résultats du numéro un français de la pharmacie accusent le coup. L’an passé, si le chiffre d’affaires de Sanofi a progressé de 4,7 % (34,9 milliards d’euros), son résultat net a reculé de 12,8 % (4,97 milliards). Au premier semestre, son résultat net s’est effondré de 51 % et son chiffre d’affaires de 7,6 % !

Les effets du traitement de choc administré par Chris Viehbacher depuis son arrivée à la tête du groupe fin 2008 commencent, toutefois, à se faire sentir. La croissance sera de retour au quatrième trimestre. Sanofi a opté pour la diversification. Fini le laboratoire traditionnel aux médicaments issus de la chimie. Le nouveau Sanofi sera, c’est du moins le discours officiel de ses dirigeants, une "industrie de santé" qui s’appuiera sur sept relais de croissance : les marchés émergents, le diabète, les vaccins, la santé grand public (médicaments vendus sans ordonnance), la santé animale, la biotechnologie et les autres produits innovants. L’objectif, bien sûr, est de moins souffrir de l’impact des médicaments génériques.

Toute la pharma est touchée et enchaîne les plans sociaux. Sanofi compte afficher une plus faible exposition aux pertes de brevets que ses pairs. Alors que plusieurs de ses concurrents souffrent d’une panne d’innovation, le groupe prévoit de lancer 16 médicaments d’ici à 2015. Cette thérapie de choc a, toutefois, un coût social. Comme en témoignent les suppressions de postes dans les activités de R&D en France précisées par la direction, le 15 octobre, aux représentants du personnel. La maladie brevets en voie d’être soignée, Sanofi compte tirer parti de nouveaux relais de croissance, y compris dans son activité traditionnelle, la pharmacie.

Automédication pour la pharmacie

Nouveaux médicaments contre le cancer et le diabète, médicaments matures, médicaments vendus sans ordonnance comme le Doliprane et les compléments alimentaires Oenobiol, activité générique au travers du groupe tchèque Zentiva, racheté en 2009… L’an dernier, la pharmacie a assuré 77 % des résultats du groupe. Dans les pays émergents, ce sont les génériques et les médicaments sans ordonnance, mais aux fortes marges, qui tirent les ventes. Aux États-Unis, où Sanofi a racheté en 2010 Chattem, un spécialiste américain de l’automédication, il vient de relancer Rolaids, un vieux traitement des brûlures d’estomac mis en sommeil depuis trois ans.

Les succès : "Sa franchise mondiale dans le diabète est un centre de profit clé pour Sanofi. Et Lyxumia, notre médicament licencié à Sanofi, en est un élément fort", assure David  Solomon, le patron de la biotech danoise Zealand. Sanofi a aussi innové en lançant d’astucieux lecteurs de glycémie connectés aux smartphones.

Les couacs : Autorisé depuis février en Europe, l’antidiabétique Lyxumia n’a pas encore convaincu les autorités sanitaires américaines. Sanofi devra attendre 2015 pour tenter de le commercialiser outre-Atlantique. Le groupe a aussi dû abandonner en juin l’Iniparib, une molécule contre le cancer. Une dépréciation d’actifs de 219 millions d’euros.

Les concurrents :La majorité des big pharma sont dans l’oncologie et certaines également dans le diabète. Sanofi est aussi confronté aux géants du générique Teva et Mylan, et à des acteurs locaux dans les pays émergents.

Genzyme dope les biotechs

En 2011, Sanofi avait dépensé pas moins de 15 milliards d’euros pour racheter l’américain Genzyme, la troisième biotech mondiale, et rattraper ainsi son retard dans le segment prometteur des biomédicaments. Ceux-ci représentaient 48 % de son portefeuille en R&D en 2012, contre seulement 17 % en 2008. Après avoir remis à niveau l’outil industriel de Genzyme, Sanofi dispose d’anticorps monoclonaux et de traitements très onéreux dans les maladies rares et la sclérose en plaque.

Les succès : Au premier semestre, les ventes de cette activité se sont envolées (+22 %) à 1,02 milliard d’euros. Sanofi va aussi pouvoir compter sur deux nouveaux traitements au fort potentiel contre la sclérose en plaques, Aubagio et Lemtrada, le produit phare de Genzyme, lancés en Europe en octobre. Médicament oral, Aubagio est vendu depuis un an aux États-Unis et dans plusieurs autres pays. Administré en intraveineuse, Lemtrada espère recevoir l’aval des autorités américaines d’ici à la fin de l’année.

Le défi : Sanofi devra-t-il se positionner sur les biosimilaires, les génériques des biomédicaments encouragés par les gouvernements occidentaux ? C’est le pari pris par la biotech américaine Amgen.

Les concurrents : Les biotechs Shire, Biogen et Amgen, les big pharma Pfizer (maladies rares) et Merck Serono (sclérose en plaques). 

Les vaccins vitaminés à l’export

Sanofi est le leader mondial des vaccins grâce à sa filiale Sanofi Pasteur, qui assure 11,2 % de son chiffre d’affaires. Une expertise historique en pleine restructuration dans l’Hexagone. La production des vaccins à plus forte valeur ajoutée sera poursuivie sur place, tandis qu’une partie de la production sera délocalisée en Inde.

Les succès : Au premier semestre, les vaccins ont progressé de 4 % à 1,46 milliard d’euros. Bonne nouvelle, le vaccin antigrippal aux quatre souches Vaxigrip, produit sur le site normand de Val-de-Reuil (Eure), a été autorisé aux États-Unis et est en cours d’examen par l’Europe. En avril, c’est HexyonTM, le premier vaccin pédiatrique 6-en-1 prêt à l’emploi, que l’Europe a accepté.

Le défi : Finaliser le développement du premier vaccin mondial contre la maladie tropicale de la dengue pour le lancer, dès 2015, en Asie et en Amérique latine. Outre vingt ans de R&D, Sanofi Pasteur aura investi 300 millions d’euros depuis 2008 pour construire, à Neuville-sur-Saône (Rhône), une usine capable de fabriquer ce vaccin complexe, destiné à combattre quatre souches différentes du virus.

Les concurrents : Les big pharma Merck (son partenaire en vaccins en Europe), GlaxoSmithKline, Pfizer, Novartis et J&J.

La santé animale vaccinée

Avec sa division vétérinaire Merial, à Lyon (Rhône), Sanofi est le numéro trois mondial des produits pharmaceutiques et des vaccins pour les animaux d’élevage et de compagnie, avec un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros en 2012, en croissance de 7,3%. Les autorités de la concurrence ayant refusé à Sanofi et à l’américain Merck de créer une coentreprise, Merial est devenue l’entière propriété de Sanofi en 2011. Depuis, elle a racheté le laboratoire vétérinaire américain Newport Laboratories et l’indien Dosch Pharmaceuticals.

Les succès : L’approbation en septembre aux États-Unis du comprimé à mâcher NexGard, potentiel successeur de Frontline, un produit contre les puces et les tiques pour chiens et chats, le numéro un des produits vétérinaires dans le monde. Il devra attendre 2014 en Europe.

Le bémol : Frontline (40 % de cette activité) a perdu son brevet. Les ventes de Merial ont chuté de 6,2 % au premier semestre à 1,08 milliard.

Les concurrents : L’ex-division vétérinaire de Pfizer (Zoetis), Merck, Boehringer Ingelheim et les laboratoires vétérinaires français Virbac, Ceva et Vétoquinol.

Gaëlle Fleitour

Toujours un leader mondial
Chiffre d’affaires 34,9 milliards d’euros en 2012 (+4,7 %)
Première capitalisation boursière du CAC 40
Troisième laboratoire pharmaceutique mondial (selon Evaluate Pharma)
28 000 salariés en France (1/4 des effectifs)

 

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