Reprise ? La demande se consolide dans plusieurs secteurs

Dans les métiers les plus divers, un regain d'optimisme se manifeste. La prudence est de mise. Mais les signes de dégel ne manquent pas. Sur le marché intérieur comme à l'exportation.

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Sortie de crise? A Saint-Just-en-Chaussée, on préfère se montrer circonspect. Certes, dans cette petite commune de l'Oise, l'usine de Kaysersberg Packaging produit depuis quelques semaines davantage de caisses en carton. Mais la direction de l'usine, a quelques bonnes raisons de rester prudente. Tout d'abord, dans son métier, le début de l'année est traditionnellement bon. D'autre part, elle n'a devant elle que deux semaines de plan de charge: ce qui n'a rien d'exceptionnel dans ce métier, mais ce qui interdit tout pronostic sur la sortie de crise. "Si l'activité se maintient pendant trois mois au rythme de janvier, alors on parlera de reprise", estime-t-on chez Kaysersberg Packaging. Et puis, il faut tenir compte de phénomènes exceptionnels, comme un possible stockage avant les hausses de prix de ces jours derniers. On ne peut d'ailleurs ignorer l'incidence de cet "effet prix" dans le retour à l'optimisme de bien des patrons.

Une demande plus soutenue

Ainsi Jean-Louis Beffa, le P-DG de Saint-Gobain, prend-il soin de citer parmi les signes encourageants le regonflement des carnets de commandes en Europe et l'amélioration des prix dans le papier-carton et l'emballage. Mais, on imagine mal des décisions de hausses si la demande n'est pas au rendez-vous. Une évidence aux yeux de Philippe Leydier, le directeur général d'Emin-Leydier: "J'ai suffisamment confiance pour avoir augmenté les prix du papier et plus récemment ceux du carton." Et pour cause, il constate depuis la mi-décembre un changement d'attitude de la part de ses clients: demande plus soutenue en France, mais aussi en Allemagne, en Italie et au Benelux. "Les stocks, très faibles à tous les niveaux, sont en train de se remplir." Philippe Leydier préfère toutefois se montrer prudent, même s'il constate que la consolidation de la demande vient un peu de tous les secteurs. A l'exception, bien sûr, de l'automobile: Giorgio Garuzzo, le président des constructeurs européens, ne prédit-il pas la stabilité des ventes de voitures en 1994? Mais gare à ne pas pécher par excès de prudence! L'emballage a toujours eu la réputation d'être un bon indicateur de tendance. Et comme ce n'est pas la seule activité donnant des signes de frémissements, l'hypothèse de la sortie de crise n'est pas totalement à exclure. Certes, le baromètre de la consommation est toujours au plus bas. Mais, dans un secteur comme celui de l'électronique grand public, les prévisions ont dû être révisées à la hausse fin décembre. Ainsi, chez Thomson Consumer Electronics, grâce à une nette reprise de fin d'année et à de nouveaux produits, les ventes de téléviseurs ont progressé de 1,5% en volume l'an dernier, alors qu'on prédisait la stabilité. Et, la demande se maintient.

Des efforts de relance

Le retour a l'optimisme n'est peut-être pas sans fondement. Comme Jean-Louis Beffa, Bertrand Collomb n'hésitait pas la semaine dernière à manifester sa confiance. Et pas seulement pour ses activités nord-américaines. "Sur le marché français, affirme le président de Lafarge Coppée, 1994 devrait être l'année d'une certaine reprise, même s'il est difficile de l'imaginer avant le milieu de l'année." Le propos peut surprendre. L'activité de Lafarge, très présent dans les matériaux, dépend largement du bâtiment. Or les professionnels de ce secteur pronostiquent une nouvelle baisse de leur activité de l'ordre de 2% (après une chute de 4,6% l'an dernier et de 2,5% en 1992...). Pas de quoi inciter les cimentiers à l'optimisme. Les mises en chantier n'ont jamais été à un tel niveau depuis quarante ans (256000logements l'an dernier). Et les efforts de relance du gouvernement (10000logements de mieux cette année) ne se feront pas sentir tout de suite. Pourtant, à y regarder de plus près, une composante importante de la demande tire déjà l'activité des constructeurs: la réhabilitation et l'entretien des bâtiments. Ce marché, qui n'est pas anecdotique (225milliards de francs de chiffre d'affaires en 1993), a progressé de 0,9% l'an dernier. Et devrait augmenter de 2,6% cette année. Du grain à moudre pour les bâtisseurs, qui ne peuvent guère compter sur le logement neuf avant le second semestre. Et encore moins sur les investissements dans les locaux industriels: un marché qui est tombé l'an dernier de 84 à 73milliards de francs et qui ne dépassera pas les 60milliards cette année. Pas de doute, les entreprises ne desserrent toujours pas leurs budgets d'équipement. Les professionnels de la manutention, qui ont subi (tous matériels confondus) une chute d'activité de l'ordre de 28% en deux ans, tablent au mieux sur une stabilisation, au pis sur une nouvelle chute de 5%. Les fabricants de chariots élévateurs évoquent tout au plus "une consolidation de la demande". Claude Lacoste, le directeur général de Manitou, l'attribue plutôt à l'agriculture et au bâtiment qu'à l'industrie, dont les commandes restent au point mort. Il faudra attendre encore un peu pour tirer des conclusions du comportement moins frileux des entreprises. "Il y a davantage de projets, davantage de discussions", constate Jean-Pierre Huet, le directeur général de Dubuis, petit groupe diversifié de la mécanique. Mais, pour l'instant, rien ne débouche vraiment. Le retour à la confiance se diffuse lentement. Il n'atteindra qu'en bout de course les biens d'équipement.

Jean-Louis MARROU



ALAIN POIX P-DG de FERALCO

Nous avons observé en janvier une recrudescence de la demande de devis. Les bureaux d'études sont saturés. Cela ne veut pas dire que les commandes suivent. D'autre part, les prix sont tirés.



PHILIPPE LEYDIER Directeur général d'EMIN-LEYDIER

La demande de nos clients est plus soutenue depuis la deuxième quinzaine de décembre. J'ai suffisamment confiance pour avoir lancé des hausses de prix.



NOËL TALAGRAND P-DG de FACOM

Nous observons depuis plusieurs mois un arrêt de la dégradation, en particulier sur le marché français. Il faut être prêt pour la reprise. Comme en 1987, le changement peut être brutal.



DIDIER PINEAU-VALENCIENNE P-DG de SCHNEIDER

Je suis convaincu que la reprise de la croissance va s'amorcer en Europe. Mais je suis également convaincu que la mutation industrielle que nous connaissons aujourd'hui va se poursuivre.



PATRICK FINDELING P-DG de PLASTIVALOIRE

Je vois des signes avant-coureurs de la reprise: les industriels ont recommencé à investir dans les équipements pour les futures séries. Ce qui devrait se traduire par une montée en puissance au second semestre et un véritable démarrage début 1995. On a touché le fond de la récession, on ne peut que repartir.



BERTRAND COLLOMB P-DG de LAFARGE

Nous abordons la nouvelle année avec confiance. Cette confiance se fonde, entre autres, sur la meilleure orientation de nos marchés: stabilisation du marché européen du ciment, progression du marché américain, mais aussi amélioration du marché du plâtre.



Des effets bénéfiques venus des Etats-Unis



Heureux, les industriels français qui ont joué la carte des Etats-Unis! La reprise est au rendez-vous. "Depuis septembre, c'est de la folie. Les commandes se succèdent à un rythme accéléré", s'exclame Noèl Talagrand, P-DG de Facom. Amorcé dans la construction, relayé par la consommation, le mouvement se généralise. "La reprise est en train de s'étendre à l'investissement productif: après la distribution électrique, c'est au tour de nos activités de contrôle industriel d'en profiter", confirme-t-on chez Schneider. Les groupes implantés outre-Atlantique ou les gros exportateurs ne sont pas les seuls bénéficiaires de ce regain. Indirectement, tous en profitent. "On sous-estime les effets de la reprise américaine sur le marché européen", affirme Jean-Louis Beffa, P-DG de Saint-Gobain. Dans le papier-carton ou la chimie, la pression des producteurs américains sur les marché du Vieux-Continent se relâche. Pour l'instant, Etats-Unis et pays nouvellement industrialisés sont les seuls moteurs de la croissance mondiale. En Europe, l'environnement de la France est moins porteur. La récession outre-Rhin pèse sur des secteurs comme l'appareillage électrique, qui a l'Allemagne comme premier client. L'électronique grand public recule de 5% en volume, et l'automobile de 19%.Seule exception : la construction qui progresse de 20% dans les nouveaux Länder.

Les consÉquences des dÉvaluations

En Grande-Bretagne, l'activité redémarre. Sur ce marché, les entreprises françaises restent handicapées par la dévaluation de la livre, qui a entamé leur compétitivité. L'effet des réajustements monétaires est encore plus perceptible en Italie et en Espagne -, où la demande est en régression. Les industriels français subissent sur les autres marchés mondiaux la concurrence de ces pays à monnaie dévaluée. "Nos ventes en Allemagne ont été perturbées par l'attaque des concurrents espagnols", souligne Alain Poix, P-DG de Feralco. L'offensive des Italiens gêne Manitou sur le marché britannique, et les lunettes Grasset sur le marché américain. La production française, pourtant, fait preuve d'une belle résistance. Kaysersberg Packaging (caisses en carton) a gagné des parts de marché en Allemagne, Sonépar (distribution électrique) également. Renault a maintenu à 10,6% ses parts de marché en Europe, et PSA a augmenté les siennes, à 12,26%. Performances souvent obtenues par un redéploiement des réseaux commerciaux.





Les quatre marchés étrangers qui peuvent tirer la France

ALLEMAGNE

Poids des exportations françaises: 17,5% en 1993

Croissance du PIBen 1993: -1,3%

Prévisions pour 1994 : + 0,5 à + 1%

Perspectives par secteur pour 1994: -B-TP: +2%- -Automobile: -4% -Papier-carton: +1,5%



ITALIE

Poids dans les exportations françaises: 9,6% en 1993

Croissance du PIBen1993: -0,3%

Prévisions pour 1994:+1,2%

Perspectives par secteur pour 1994: - B-TP: -1 -Automobile: -5% -Papier-carton: +1,5%



GRANDE-BRETAGNE

Poids dans les exportations françaises:9,5% en 1993

Croissance du PIB en 1993: +2%

Prévisions 1994: +2,5%

Perspectives par secteur pour 1994: - B-TP: -0,4% - Automobile: +5% - Papier-carton: + 1,5%



ETATS-UNIS

Poids dans les exportations françaises: 7,1% en 1993

Croissance du PIBen 1993: +2,5%

Prévisions 1994: +3%

Perspectives par secteur pour 1994 - B-TP: +3% - Automobile: +7% - Papier-carton: +3%

USINE NOUVELLE - N°2442 -

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