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L'Usine Santé

[Reportage] En Ouganda, la traque contre la tuberculose commence

Coralie Lemke , , , ,

Publié le

Vidéo Presque oubliée dans les pays riches, la tuberculose fait encore de nombreux morts dans les pays en voie de développement. L’Université de Bordeaux a mis en place un programme pour tenter d’éradiquer cette maladie. Reportage.

[Reportage] En Ouganda, la traque contre la tuberculose commence
En Ouganda, de nombreux enfants n'ont pas accès au dépistage de la tuberculose.
© Coralie Lemke

"Si vous toussez depuis plus de deux semaines, vous avez peut-être la tuberculose. Le dépistage est gratuit. Rendez-vous dans un centre de santé près de chez vous pour être dépisté." Sur l’affiche, un petit garçon qui tousse et un médecin rassurant en blouse blanche. A l’hôpital Mulago de Kampala en Ouganda, il reste encore des piles de posters dans les réserves. Elles sont entreposées juste à côté d’un épais cahier vert, le registre de tous les patients qui ont pu bénéficier de soins dans le centre médical.

Difficile d’informer tout un pays sur la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde, elle qui tue plus que le Sida. La tuberculose a fait 1,6 million de morts à travers le monde en 2017. Plus de 50% des cas estimés ne sont pas diagnostiqués ou notifiés à l’OMS et que plus de 90% des décès chez les enfants surviennent avant la mise sous traitement faute de diagnostic.

Si bien que le mois dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tirait le signal d’alarme face à cette pandémie. Cette infection, qui s’attaque aux tissus pulmonaires, parfois à d’autres parties du corps, comme le cerveau ou les reins, finit par cribler les poumons de petites cavités avant de conduire à la mort. Elle est d’autant plus contagieuse qu’elle se transmet par voies aériennes. Pourtant, des médicaments adaptés existent et permettent même d’en guérir, après six mois de traitements par antibiotiques.


Le dépistage reste le nerf de la guerre. Pour déceler un maximum de cas, l’université de Bordeaux a mis en place un projet de recherche clinique appelé TB-Speed. Il a pour but de réduire la mortalité infantile liée à la tuberculose. Un projet d’envergure financé par Unitaid -une organisation qui investit dans des solutions de lutte contre le VIH, la tuberculose et la malaria- mais aussi par l’Initiative 5%, une structure de dons française qui lutte contre les pandémies. Le projet présente deux objectifs majeurs : étendre le dépistage aux zones reculées et le généraliser à tous les enfants. "On perd du temps et donc des vies. Voilà pourquoi il faut mettre en place la détection systématique", explique Olivier Marcy, le directeur de TB-Speed.

Prélever, analyser, dépister

Son équipe bordelaise est à Kampala afin de faire un point d’étape avec les membres sur place en Ouganda, où les équipements de dépistages, quand ils existent, restent très basiques. Le centre pédiatrique de l'hôpital Mulago à Kampala a les moyens de prélever puis d'analyser des sécrétions buccales. "Il nous faut un petit échantillon de glaires. Le problème, c’est que les enfants ne savent pas encore comment cracher", explique le docteur Eric Wobudeya, pédiatrie spécialisé en maladies infectieuses et coordinateur local du projet. Dans une salle de consultation exiguë, les sécrétions des petits patients sont recueillies grâce à un embout de verre, placé dans la bouche de l’enfant, et relié à une machine qui aide à l’aspiration. Entre chaque consultation, l’embout de verre est nettoyé dans un stérilisateur. Des dispositifs médicaux, certes rudimentaires, mais toujours plus efficaces que dans les centres de santé de brousse.

"Il existe aussi d’autres méthodes, mais elles sont trop invasives, comme avec une sonde gastrique, posée à jeûn au jeune malade hospitalisé", explique le docteur. Une pratique trop compliquée quand l’essentiel, c’est d’aller vite. Venir à l’hôpital constitue un déplacement considérable pour les familles, qui attendent dehors assises sur l’herbe. Elles y lavent leur linge et font même cuire leur riz, en attendant des résultats.

De l'ADN analysé en quelques heures

Le résultat sera établi dans le laboratoire du service dédié à la tuberculose. Les tables branlantes et les affiches au scotch défraîchi contrastent avec le reste des équipements flambants neufs. Sur une étagère, quatre petits appareils en forme de cubes s’alignent. Appelés GeneXpert IV, ces appareils de dépistage contiennent chacun quatre cassettes. Dans chacune d’entre elles, un échantillon d’ADN est en train d’être analysé. Comme si chaque cartouche comprenait un mini-laboratoire à elle tout seule. Du pain béni ici, où peu de médecins sont formés aux techniques de dépistage.

Grâce à des cycles chimiques, l’appareil de biopsie moléculaire multiplie l’ADN jusqu’à ce que certains gènes soient reconnaissables. "Le GeneXpert amplifie un gène afin qu’il devienne détectable grâce à une sonde à rayonnement lumineux. Dans notre cas, on est à la recherche d’un gène spécifique du bacille tuberculeux", explique Angéline Serre, la chef de projet de TB-Speed à l'international, pour qui ce dispositif médical représente une "merveille de technologie." Le GeneXpert présente l’avantage majeur d’être petit et donc transportable partout, même loin dans les dispensaires reculés. Si l'alimentation électrique est instable ou si des coupures d'électricité surviennent, ce qui arrive fréquemment dans les pays à ressources limitées, il possède aussi des batteries qui peuvent tenir plusieurs heures.

Comme les résultats peuvent être obtenus très rapidement, les dépistages s’avèrent bien plus efficaces. "C’est déjà beaucoup pour une famille de venir de loin pour faire dépister son enfant. Elles ne peuvent parfois pas revenir une seconde fois pour venir chercher les résultats médicaux. Là, au moins, la famille peut attendre sur place et le bilan est obtenu le jour même", explique Sophie Aumonier, la porte-parole de Cepheid, le fabricant du GeneXpert.

 

 

L’équipe compte sur ce type d’équipements mais aussi sur CamTech, un consortium établi par le Massachusetts General Hospital, qui a pour but de rendre les innovations médicales accessibles à travers le monde. "C’est avec eux que nous pourrons définir quelles sont les solutions les plus adaptées aux dispensaires de brousse. A côté de l’aspiration naso-pharyngée, nous pensons aussi à mettre au point des kits pour préparer les échantillons de selles, avant de les faire analyser par le GeneXpert", explique Maryline Bonnet, co-investigatrice principale du projet TB-speed. Des diagnostics bactériologiques plus précis que les simples imageries médicales. "D'une part, peu de personnel est vraiment formé à lire une radio des poumons. Et en plus, la tuberculose est souvent confondue avec d’autres maladies, comme la pneumonie", explique Eric Wobudeya.

Malnutrition et vih, deux facteurs aggravants

Passer à côté d’un diagnostic, c’est perdre des chances de survie. Car la tuberculose est souvent associée à d’autres pathologies, qui rendent le risque de mortalité encore plus accru, notamment le SIDA et la malnutrition. Parmi les 1,6 million de personnes qui en sont décédées en 2017, 300 000 étaient co-infectées par le VIH. Avec les carences nutritionnelles qu’une alimentation insuffisante implique, les enfants, très affaiblis, ont besoin d’encore plus de soins.

L’hôpital Mulago comporte un centre dédié à la malnutrition infantile, reconnaissable aux balançoires rouillées devant le bâtiment aux peintures de girafes qui ornent ses murs décrépis. Ici trois à cinq enfants sont admis chaque jour. Ils peuvent être dix au maximum à faire leur entrée le même jour. "Nous commençons par les mesurer et les peser", explique l’infirmière en pointant du doigt une grande toise en bois. "Ensuite, nous leur donnons suffisamment de lait pour qu’ils reprennent un poids normal pour leur âge." Il n’existe qu’une seule pièce pour les soins intensifs et la réanimation. Pas grand-chose dans la pièce hormis un lit en fer forgé et une bouteille d’oxygène d’un mètre posée à même le sol. Et peu d’espoir pour les familles.

Pour l’équipe de chercheurs de Bordeaux, le but ultime serait de réussir à faire bouger les lignes des gouvernements. Si les résultats du programme TB-Speed s’avèrent concluants, les directives officielles de santé publique pourraient se voir adapter, afin d’installer durablement un plan de lutte complet contre la maladie. "Nous allons évaluer le rapport coût-efficacité de ce programme pour les systèmes de santé. Car au-delà des coûts, quand on sauve un enfant, on sauve 70 ans de vie, ce qui n’est pas négligeable", souligne Angéline Serre. En tout, l’équipe bordelaise espère pouvoir examiner 72 000 enfants à travers le monde et inclure ceux montrant des signes suspects en procédure de dépistage.

Coralie Lemke, envoyée spéciale à Kampala (Ouganda)

 

Ce reportage a été financé par le Centre Européen de Journalisme (EJC) via son programme de bourse dédiée à la santé mondiale Global Health Journalism Grant Programme for France

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