[Reportage] Du gaz et de l'engrais venus des déchets

Dans un village du Morbihan, deux frères éleveurs porcins ont fait le pari de la méthanisation depuis cinq ans. Pour produire du biogaz et de l'engrais, ils utilisent du lisier et des déchets organiques issus de cultures ou de l’industrie agroalimentaire. La démarche figure comme une piste importante vers un mix de gaz 100% renouvelable d’ici 2050 selon un récent rapport de l’Ademe.

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[Reportage] Du gaz et de l'engrais venus des déchets
Les trois cuves grises stockent le lisier issu de la porcherie et les autres intrants liquides. Les graisses sont stockées dans une cuve enterrée.

En 2013, un dôme vert s'est dressé à côté d'un élevage porcin de Saint-Nicolas-du-Tertre, dans le Morbihan. A l’intérieur, des bactéries transforment des déchets organiques en biogaz et en engrais. En janvier 2018, un rapport de l’Ademe, GRDF et GRTgaz évaluait à un tiers la part possible du gaz issu de la méthanisation dans un mix de gaz 100% renouvelable en 2050. Chez Vivien Texier, l’idée de se lancer dans cette technologie a germé en 2006. Aujourd’hui, il s'en félicite : « Cela permet de pérenniser notre activité. » Un moteur de cogénération utilise le biogaz pour produire de l’électricité et de la chaleur. Les 527 kW électriques alimentent 700 foyers. Les 590 kW de chaleur chauffent le hangar d'élevage et une partie des résidus en sortie du méthaniseur pour en faire des granulés capables d’enrichir les sols. Le reste est récupéré sous forme de digestat solide ou liquide.

La partie liquide est utilisée comme engrais pour les cultures de Vivien Texier : « Nous avons aussi des champs de maïs, de blé et d’orge sur lesquels nous n’utilisons que notre digestat, précise-t-il. Et nos rendements sont meilleurs qu’avec un engrais de synthèse. » Il apporte selon lui plus d’éléments par rapport à de tels engrais : fer, manganèse, oligoéléments et surtout une forme d’azote facilement assimilable par les plantes. « Nous n’appauvrissons pas les sols et nous évitons que l’azote non assimilé aille dans le sol et crée des nitrates. »

Méthaniser plutôt qu’épurer

Ancien commercial, Vivien Texier s’est associé avec son frère pour reprendre l’exploitation agricole de son père, parti à la retraite. Aux abords du village de 500 âmes, à mi-chemin entre Rennes et Vannes, 2400 cochons sont engraissés sur un site. 400 truies et 1400 porcelets sont élevés à 3,5 kilomètres de là. Avant, par manque de place, une partie de l’activité d’engraissement des porcs était confiée à des tiers. « Mais nous voulions agrandir notre structure pour regrouper toute notre activité d’engraissement au même endroit ». La question du traitement des déchets issus de l’élevage s’est alors posée. Et la famille Texier a préféré l’unité de méthanisation plutôt que la station d’épuration.

« En 2006, nous entendions parler de méthanisation en Allemagne et en Belgique où cela se développait, mais pas trop en France », se souvient-il. Après le montage du dossier, les échanges avec l’administration, l’enquête publique et la recherche de financements, le chantier a finalement commencé en février 2012 pour s’achever en mai 2013. « La réglementation est un des freins principaux au développement de la méthanisation, assure Alain Planchot, président directeur général d’Evergaz, la société à l’origine du projet de la famille Texier. Un projet met entre 4 et 7 ans à se développer. »

Pulpes de légumes, céréales et échalotes

L’unité de la famille Texier est alimentée par 15 000 tonnes de déchets par an. Du lisier venu de l’élevage, bien sûr. Mais aussi d’autres déchets organiques. « Ils viennent d’un bassin d’une trentaine de kilomètres autour de l’unité », précise M. Planchot. Sous une pluie battante, une partie des déchets est bâchée. Le reste est stocké en plein air. Ils sont issus de cultures et de l’industrie agroalimentaire. Ici, des pulpes de légumes et des déchets de céréales. Là, trente tonnes d’échalotes. « Elles posaient problème pour la consommation », relève Vivien Texier.

Le mélange dans le digesteur dépend de la nature et de la quantité des déchets organiques disponibles. « Toute la difficulté consiste à obtenir la bonne recette, confie M. Planchot. Et le défi est bien plus complexe en France qu’en Allemagne, où du maïs est cultivé spécifiquement pour faire du biogaz. » La stabilité de l’approvisionnement y est donc assurée. En France, la masse d’ingrédients cultivés expressément pour la méthanisation ne peut excéder 15 % de ce qui entre dans le digesteur chaque année. L’idée est de limiter la concurrence entre les cultures vivrières destinées à l’alimentation et celles qui servent à produire de l’énergie.

Cette dépendance vis-à-vis des produits en entrée et leur fluctuation expliquent aussi pourquoi le digestat en sortie du méthaniseur peut difficilement abandonner son statut de déchet pour celui d’engrais certifié. D’où l’impossibilité de le vendre. Dans un échange de bons procédés, il est redonné gratuitement aux agriculteurs fournisseurs de déchets organiques.

Les déchets organiques solides sont stockés au sol (à droite), et le lisier provient en partie des deux hangars d'engraissement des porcs :

Le moteur de cogénération transforme le biogaz en électricité et en chaleur :

Séché, le digestat solide en sortie de méthaniseur forme des granulés utilisés pour enrichir les sols :

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