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L'Usine de l'Energie

Reportage : Bienvenue à Gasland

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Enquête Le champ du Barnett Shale est le berceau de l'industrie des gaz de schiste aux États-Unis. À Forth Worth, l'exploitation se fait au coeur de la ville... Une situation acquise à grands coups de dollars, totalement inimaginable en France.

Lunettes de soleil sur le nez, casque aux couleurs du pétrolier Chesapeake, Steven Anderson se tient à côté d'une tête de puits. « J'ai travaillé en offshore profond, dans des zones froides, sur des champs à haute pression... Je n'ai rien jamais rien fait d'aussi complexe », confie-t-il avec le sourire. Le grand défi de ce Canadien, c'est l'exploitation des gaz de schiste dans le champ du Barnett Shale au Texas, à Dallas et à Fort Worth, où vivent 8,5 millions d'habitants. Ici, les puits sont forés entre l'église et l'école primaire, entre le golf et la zone pavillonnaire. Et même dans le saint des saints, au pied du stade de football des Dallas Cowboys.

Peu d'équipements sont visibles en surface. Seules les têtes de puits émergent du sol à environ deux mètres de hauteur. De trois à dix unités sont concentrées sur des « pads », des carrés de terrains en terre battue de 100 à 150 mètres de côté. Plusieurs milliers de pads sont répartis à travers une zone grande comme l'Île-de-France. Pour se fondre dans les quartiers, ces pads sont entourés de briques rouges, d'arbustes, de pierres grises... selon le goût local. « Nous devons laisser une part du mur grillagé pour que les riverains puissent voir ce qui se passe à l'intérieur. C'est une exigence de transparence », explique Julie H. Wilson, la vice-présidente du développement urbain chez Chesapeake.

Pour voir quelque chose de significatif, il faudrait s'enfoncer dans le sous-sol. Dans la seule ville de Forth Worth, 18 000 puits de gaz de schiste serpentent à 2 500 mètres de profondeur. Le vaste réservoir du Barnett Shale, mis en production il y a une dizaine d'années, est le berceau historique des gaz de schiste aux États-Unis. « C'est ici que toutes les technologies ont été mises en commun et que l'on a créé cette chimie de l'eau avec sa gélification », explique Jean DeRidder, le responsable des actifs à terre chez Total États-Unis. Le Français a acquis 25 % des actifs de Chesapeake en janvier 2010. L'exploration courante des puits reste discrète. Les opérations de forage et de fracturation hydraulique sont beaucoup plus impressionnantes. Les pads sont entourés de gigantesques murs antibruit de 10 mètres de hauteur surplombés par la plate-forme. Un ballet de camions apporte les tonnes de sable et de produits chimiques qui serviront à la fracturation hydraulique. La majorité des travailleurs est siglée du pétrolier chargé des opérations. Les autres arborent le badge d'un grand parapétrolier : Trinidad, Schlumberger, Halliburton...

 

L'odeur du billet vert

La roche est fissurée à des milliers de mètres sous le sol, mais le vacarme est assourdissant en surface. Dans chaque puits, une dizaine de pompes de 2 250 chevaux injectent 20 000 m3 d'eau mélangés à 235 tonnes de sable (choisi pour sa taille, sa résistance, sa sphéricité...) et de produits chimiques dans le sol. L'opération prend une semaine. L'eau provient soit de bassins construits pour l'occasion, soit du réseau d'eau public, soit d'un cours d'eau. Un point sensible dans une région où la sécheresse frappe régulièrement. Interrogée, Julie H. Wilson se veut rassurante : « Nous avons fait de grand progrès sur le recyclage et toute l'eau que nous prélevons est payée ! » Seul l'argent rend possible l'exploitation des gaz de schiste au coeur des villes. Aux États-Unis, les propriétaires terriens détiennent le sous-sol. Le puits de gaz qui passe à des kilomètres sous un jardin rapporte des royalties à son propriétaire. Lynda Geatheart, négociatrice pour les pétroliers, se souvient d'un puits qui a nécessité des négociations avec 7 500 propriétaires. À Forth Worth, 18 à 25% des revenus de chaque puits reviennent aux « mineral owners ». Les premiers bénéficiaires sont l'aéroport de Forth Worth, les districts scolaires et la famille multimilliardaire Bass... Mais des centaines de milliers de particuliers touchent quelques dizaines de dollars par mois.

 

Pétrole de schiste

On l'aura compris, aux États-Unis, les gaz de schiste constituent une véritable manne : 600 000 emplois créés, dont 81 000 dans la chimie au Texas. D'autant que le pays est devenu autosuffisant en gaz. Les billets verts n'ont toutefois pas complètement enterré les questions environnementales. Les études publiées par l'université d'Austin (Texas) sur les émissions de méthane ou sur des contaminations des nappes phréatiques trouvent leur place dans la presse locale. Quant au documentaire oscarisé « Gasland », qui décrit un désastre écologique, il est connu de tous. À tel point que les pétroliers ont répondu par une contre-enquête intitulée « Truthland », distribuée en DVD. Interrogé sur le débat environnemental en France, Glenn Rose, un américain imposant et responsable des opérations de forage de Chesapeake dans le Barnett Shale, ouvre de grands yeux : « Je fais ça depuis quarante ans. Je n'ai jamais eu de souci. ». Son supérieur, Dave Leopold, va plus loin : « Je vis ici. Mes enfants boivent l'eau de ce sous-sol. Je ne ferais pas ce métier si c'était dangereux pour l'environnement. » Pas facile de débattre du sujet au Texas...

Forth Worth est toutefois confronté à un ralentissement des activités gazières. Le prix du gaz, tombé à moins de 3 dollars par MBTU (million british thermal units), freine les investissements. Début 2012, quatorze plates-formes de forage étaient en activité dans la région, aujourd'hui seules deux d'entre elles tournent encore. Tous les pétroliers attendent une remontée des prix à 4,50 dollars en 2014. À cette date, les grands chimistes américains mettront en exploitation de grands complexes alimentés au gaz dans le sud des États-Unis. Les pétroliers comptent aussi sur la conversion toujours plus grande des flottes de véhicules d'entreprise. Gina Gibbs-Foster, la porte-parole de Dow Chemical, ne s'inquiète pas : « Les prix reflètent une surproduction, mais nous retrouverons rapidement un équilibre qui assurera une production de gaz domestique tout en soutenant la renaissance industrielle aux États-Unis. » En attendant, Shell, Chesapeake et autres ExxonMobil déplacent leurs actifs des gaz vers les pétroles de schiste, dont regorge le champ Eagle Ford dans l'Ouest du Texas. La nouvelle arme des États-Unis pour renforcer leur indépendance énergétique !

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