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L'Usine Matières premières

[Reportage] Au Ghana, l’industrie du cacao veut rendre le chocolat durable

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Reportage Lors de la Cop 23, les principaux fabricants de cacao et de chocolat se sont engagés à lutter contre la déforestation. Mais la route est encore longue pour obtenir un cacao 100% durable. C’est pourtant l’objectif fixé à 2025 du groupe Barry Callebaut, le leader du secteur. Reportage au Ghana, deuxième pays producteur au monde.

[Reportage] Au Ghana, l’industrie du cacao veut rendre le chocolat durable © Gaëlle Fleitour

Dans le sud du Ghana, deuxième producteur de cacao, la récolte bat son plein depuis le 1er octobre. Mais pour se rendre de leurs villages – agrégats de maisonnettes en terre cuite ou briques - aux plantations, la route est si longue et mauvaise que les fermiers ne l’empruntent à pied que deux fois par semaine. Ce jour-là, à Deduako, ils sont accompagnés d’un agent technique du groupe suisse Barry Callebaut, chargé de les recenser et les aider à améliorer leurs pratiques agricoles.

Cueillir la cabosse bien jaune, signe de sa maturité, à l’aide d’un sécateur sans abimer l’arbre, puis la casser avec précaution à la machette avant de déposer son contenu, - pulpe et fève -, sous des feuilles de bananiers pour qu’il fermente, à même le sol, durant sept jours. Ensuite, les fèves, portées dans de grandes bassines métalliques sur la tête des femmes, sont déposées sur une plateforme au centre du village pour sécher au soleil.

Taille, taux d’humidité… La qualité et la provenance des fèves, indiquée sur les volumineux sacs de cacao, seront ensuite vérifiées à plusieurs reprises : de leur vente à Nyonkopa, filiale en charge de l’approvisionnement de Barry Callebaut au Ghana, jusqu’à leur stockage dans un des gigantesques halls portuaires contrôlés par le Cocobod, institution gouvernementale par laquelle transitent toutes les fèves produites au Ghana, avant d’être revendues aux multinationales du cacao ou du chocolat qui les transformeront.

Des planteurs de cacao vivant avec moins d’un dollar par jour

Mais comment assurer la pérennité de cette activité dans un pays marqué depuis plusieurs décennies - tout comme la Côte d’Ivoire - par la déforestation pour étendre les plantations de cacaoyers, le faible rendement de ces derniers en raison de leur vieillissement, mais aussi le travail des enfants ? Sans omettre la grande pauvreté des producteurs de cacao, qui disposent de moins d’un dollar par jour pour vivre…

Mise en cause par plusieurs ONG, l’industrie du cacao s’est enfin décidée à s’engager collectivement. A l’occasion de la Cop 23 à Bonn (Allemagne), douze géants du secteur (les chocolatiers Nestlé, Mars, Mondelez, Ferrero ou encore Cémoi, mais aussi  leurs fournisseurs Barry Callebaut, Cargill et Olam) ont signé il y a quelques jours, aux côtés des gouvernements ivoirien et ghanéen, un plan d’action pour lutter contre la déforestation, avec des objectifs concrets attendus dès 2018.

Plusieurs millions investis chaque année par Barry Callebaut

Numéro un mondial du cacao et du chocolat (avec 6,8 milliards de francs suisses de ventes sur l’exercice 2016-2017), Barry Callebaut, avait annoncé fin 2016 ses objectifs chiffrés pour parvenir à fournir 100% de cacao durable d’ici 2025. Un an plus tard, il n’en est qu’à 36% à l’échelle mondiale, mais plus de 60% atteints au Ghana et en Côte d’Ivoire. Pour y parvenir, l’entreprise multiplie les partenariats et "investit plusieurs millions de francs suisses chaque année, confie son dirigeant, le français Antoine de Saint-Affrique. C’est clairement une logique d’investissement pour l’avenir. Car nous sommes à la fois une société en bourse, extrêmement compétitive, et une société familiale de long terme."

Au Ghana comme en Côte d’Ivoire, à l’aide d’un outil GPS connecté par satellite et de smartphones sécurisés, ses agents techniques cartographient donc une à une des dizaines de milliers de parcelles, seul moyen de lutter contre la déforestation. Et recueillent auprès des planteurs leur productivité, l'utilisation de pesticides, ou encore la situation familiale, afin de les intégrer dans son programme interne de certification de cacao durable, « Cocoa Horizons » ou de ceux de certificateurs indépendants tels UTZ.

Ces informations, agrégées dans une base de données interne de Barry Callebaut, lui permettent de mener des actions plus ciblées pour chaque communauté : construction ou équipement d’écoles, système de retraites et d’assurances, paiement de premiums en contrepartie d’une meilleure qualité, réhabilitation de cacaoyers, aide à la professionnalisation des exploitations…

Des mesures que l’on retrouve, pour beaucoup, dans les programmes des chocolatiers qui s’approvisionnent directement en fèves du Ghana, et en produits semi-finis (liqueur, beurre ou poudre de cacao) issus des usines locales de Barry Callebaut ou de ses concurrents. Ainsi, au sein du programme durable « Cocoa Life » doté de 300 millions d‘euros sur dix ans et lancé en 2012 par le géant Mondelez à  travers six pays, figurait l’an dernier la distribution de 100 000 nouveaux plants aux agriculteurs ghanéens. De son côté, Lindt garantit que sa chaine d’approvisionnement au Ghana est intégralement traçable et vérifiée, quand Ferrero dit notamment oeuvrer à améliorer le bien-être des familles de cacaoculteurs.

Le Ghana prône la transformation du chocolat… sur place

Pourquoi ne pas verser directement plus d’argent aux agriculteurs ? "Ce n’est pas de se contenter d’un premium qui permettra de les sortir de la pauvreté, estime Nicko Debenham, le patron durabilité de Barry Callebaut. Nous devons les aider à mettre en place un système autonome, en les formant à diversifier leurs activités et les services de leurs exploitations, et améliorer leur productivité et leurs revenus."

Mais ces derniers mois, la situation des producteurs a encore empiré en Côte d’Ivoire, suite à l’effondrement du cours mondial du cacao. Contrairement au Ghana, dont le gouvernement, qui fixe un prix d’achat unique pour les fèves, a préféré prendre à sa charge la chute du cours et le répercuter en partie auprès des sociétés intermédiaires comme Nyonkopa. Alors que le Ghana exporte encore 72% de ses fèves et ne dispose que de neuf usines de première transformation du cacao, il entend passer à 50% de transformation sur son sol. Dans l’espoir de prendre la main sur les étapes aval, plus valorisées, menant au chocolat. Le chemin sera long. Au Ghana, seule une usine étatique fabrique déjà du chocolat. Un produit encore onéreux – une tablette coûte l’équivalent d’un déjeuner – et peu prisé par la population, qui n’avait jusqu’alors pas été initiée à le déguster.

Gaëlle Fleitour, au Ghana

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