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RENCONTRE :Président de la Commission du génie biomoléculaire" LES SCIENTIFIQUES NE SONT PAS DES ORACLES "Marc Fellous est médecin, chercheur et professeur de génétique. Depuis plus d'un an, il préside la très sollicitée - quoique peu connue - Commission du génie biomoléculaire, instance qui rend...

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RENCONTRE :

Président de la Commission du génie biomoléculaire

" LES SCIENTIFIQUES NE SONT PAS DES ORACLES "

Marc Fellous est médecin, chercheur et professeur de génétique. Depuis plus d'un an, il préside la très sollicitée - quoique peu connue - Commission du génie biomoléculaire, instance qui rend des avis au gouvernement sur les effets des OGM. Réflexions d'un scientifique engagé.



C'est son désir d'engagement, plus qu'un besoin de reconnaissance, insiste Marc Fellous, qui l'a poussé à accepter en 1998 la proposition du généticien Axel Kahn, président depuis dix ans de la Commission du génie biomoléculaire (CGB), de lui succéder. A la tête de l'instance chargée d'" évaluer les risques liés à la dissémination d'organismes génétiquement modifiés (OGM) pour la santé publique et pour l'environnement ", le spécialiste de la stérilité masculine, chef, notamment, de l'unité d'immunogénétique humaine à l'Institut Pasteur et professeur de génétique à l'université Paris-VII (où il a créé le premier DEA de génétique ouvert en France), est en prise avec une actualité brûlante. Plantes transgéniques, vaccins recombinants, thérapie génique : autant de dossiers sur lesquels le président, les onze experts scientifiques et les représentants de la société civile qui l'entourent débattent, s'interrogent, demandent des compléments d'information. Les avis, favorables ou non, qu'ils émettent sur l'utilisation de ces OGM à des fins médicales, de recherche ou de commercialisation inspirent les décisions du gouvernement.

" Les OGM ? Une évolution, pas une rupture "

Le poste est exposé aux coups de griffe. " Je ne ferai pas ça toute ma vie. Ça vous met en première ligne ", assène Marc Fellous. Ainsi, dans le rapport d'activité de la CGB pour 1998, l'un des membres de la commission, Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'Université de Caen, se livre à quelques attaques frontales contre les directives du président, qu'il taxe de vouloir contrôler les propos des membres au nom d'une nécessaire " voix unique " des experts. Gilles-Eric Séralini critique aussi le fonctionnement de la commission : manque de temps pour les expertises, qualité scientifique des dossiers agricoles " en général très pauvre ", dans un contexte où " les membres de la CGB ont, dans leur vaste majorité, un a priori favorable aux OGM ". Lors de la présentation du rapport, Marc Fellous insiste : les accrochages de ce type nourrissent les progrès de la réflexion. " Les conflits sont monnaie courante. C'est comme ça tous les jours ! ", rationalise-t-il encore aujourd'hui. Mais l'agacement pointe toujours sous l'apparente distance de la réponse.

Dans l'agriculture, effectivement, Marc Fellous croit aux OGM. " Les plantes transgéniques posent une question centrale : s'agit-il d'un progrès de l'agriculture ou d'une discontinuité ? Le généticien que je suis pense qu'il s'agit d'un continuum. Ce que nous mangeons est issu de siècles de croisements. L'homme continue simplement à améliorer et à sélectionner les plantes. " Il réfléchit et reprend : " Finalement, nous sommes passés du bricolage préhistorique à un processus plus rigoureux. " Aussi émet-il le souhait, à l'instar d'un " paysan " rencontré récemment, de voir un jour les OGM rebaptisés " OGA ", organismes génétiquement améliorés. D'où son agacement et son impatience - un trait de caractère, à en juger par la réserve précautionneuse de son entourage - devant les critiques faites au transgénique. " Jamais notre alimentation n'a été aussi contrôlée. Aujourd'hui, l'attitude est de dire : a priori, les progrès sont dangereux ; donc, a priori, le progrès doit prouver qu'il n'est pas dangereux. Mais si l'on avait toujours réagi comme ça, on en serait encore à l'Age du fer ! " L'avenir, de toute façon, n'est pas aux OGM actuels, ajoute-t-il. " Bientôt, nous n'aurons plus besoin de gènes de bactéries dans les plantes. Dans vingt ans, nous nous passerons du transfert de gène, nous muterons un gène précis de la plante même. "

" Notre principale motivation : comprendre "

Seulement, il y a le public, qui, lui, se " fout " de la place du transgénique dans l'histoire de l'agriculture. Le rejet massif des plantes OGM par le consommateur, qui ne leur voit pas d'intérêt clair, ne l'étonne qu'à moitié. " Je comprends, j'accepte qu'il y ait une peur ", reprend le professeur, soucieux d'arrondir les angles. " Ce n'est pas la première fois que le public n'est pas prêt à accepter certaines découvertes scientifiques. " Si d'autres OGM moins connus, comme les virus utilisés pour les vaccins recombinants et la thérapie génique - qui suscite chez Marc Fellous de sérieuses réserves -, ne déclenchent pas de haro, c'est parce qu'ils portent un espoir de prévention et de guérison. " En tant que scientifiques, notre principale motivation, malheureusement, c'est de comprendre. Ce n'est pas de répondre aux questions que la société se pose. Je crois aux progrès de la science. Mais je sais aussi que, plus on comprend, moins on comprend. " Le paradoxe n'est pas qu'une esquive. La médecine laisse perplexe l'ancien interne des hôpitaux de Paris. " Il y a une contradiction entre notre savoir, extraordinaire, énorme, et notre incapacité à comprendre des choses aussi importantes que le cancer, les maladies invalidantes, le vieillissement. Nous ne sommes pas sûrs que notre savoir nous permette de guérir. " Mais les avancées actuelles, en génétique surtout, ouvrent pourtant de nouvelles perspectives : " Je rêve d'une médecine qui soit plus préventive que curative. Arriver avant les symptômes... Nous avons fait des progrès spectaculaires, par exemple avec les vaccins. Mais cela fait peur parce que les scientifiques jouent le rôle d'oracles. Et il est vrai que nous sommes capables de prédire certaines maladies. " Entre un statut de conseiller et une image de sorcier, les experts ont encore du chemin à faire pour valoriser leur savoir. Et gagner la confiance du public.

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