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Quotidien des Usines

Rencontre avec : Le président de COGEMA

Publié le

"LES SITUATIONS ÉTABLIES SONT TOUJOURS SCLÉROSANTES." Priorité pour Cogema: la croissance externe. Après les opérations déjà réalisées avec Total, Usinor Sacilor et Sagem, un tournant décisif pour le leader mondial du cycle du combustible nucléaire, qui se prépare à faire face à ses obligations futures de démantèlement d'installations.

"Le temps des pionniers est, pour nous, terminé. Nous sommes entrés dans l'ère des gestionnaires." Jean Syrota, président de la Compagnie générale des matières nucléaires (Cogema), le numéro1 mondial du cycle du combustible nucléaire, s'apprête à donner une traduction plus spectaculaire à ce discours "aussi mobilisateur et enthousiasmant que la course aux délais et aux budgets tenus". Au moment où se profile un nouveau plan social (le sixième, après 2500suppressions d'emplois dans la production française d'uranium), la Cogema veut changer le rythme de son développement. Les prises de participation déjà scellées dans Total (4,7% et 7,86% des droits de vote), Usinor Sacilor (3,4%) et Sagem (7,5%, mais 5% des droits de vote) ne sont que les prémices d'une stratégie plus ambitieuse visant à constituer un portefeuille d'actifs industriels et financiers "suffisamment diversifié pour faire face à ses obligations futures de démantèlement". Il faut, analyse Jean Syrota, président de la plus grosse filiale industrielle du Commissariat à l'énergie atomique (30,6 milliards de francs de chiffre d'affaires en 1995; 1,2 milliard de francs de résultat net consolidé), remettre les pendules à l'heure et ne pas seulement rester le fournisseur des vingt-cinq compagnies électriques exploitant un parc de 210réacteurs nucléaires. "Le retraitement du combustible nucléaire, qui représente la moitié de notre chiffre d'affaires, arrive à sa capacité maximale cette année. Le recyclage du plutonium parviendra à son tour à maturité en l'an 2000." Au-delà des centrales en cours de construction en Chine, au Japon, en Corée, à Taïwan, en Europe de l'Est et des quatre dernières tranches en France, pas de relance en vue des programmes électronucléaires dans le monde avant la fin de la prochaine décennie. Sauf "brusque montée en puissance des préoccupations liées aux émissions de gaz à effet de serre, fièvre chronique des prix pétroliers ou rupture prolongée des circuits des approvisionnements énergétiques".


Chasseur de têtes et bureau de placement

D'où, pour Cogema, une stabilisation durable de ses investissements autour de 4milliards de francs (4,3 milliards en 1995). L'extension des capacités de retraitement à la Hague (Manche) a été achevée il y a deux ans. L'usine de fabrication de combustibles Mox a démarré à la fin de l'an dernier. L'atelier TU5 de transformation du nitrate d'uranyle à Pierrelatte fonctionne depuis le début de cette année. A plein régime, Cogema avait des investissements oscillant entre 7,9 en 1988 et 7,3 milliards de francs en 1993. Jean Syrota n'aime pas se laisser enfermer dans des schémas imaginés par d'autres que lui. Au cours de sa carrière au ministère de l'Industrie et dans les différents organismes gouvernementaux chargés d'organiser la lutte pour l'environnement, il s'est toujours volontiers battu pour élargir ses champs d'action. En ferraillant ouvertement contre tous ceux qui l'en empêchaient. Le patron de Cogema n'est pas nostalgique. A lui d'assumer le démantèlement de sites industriels qui faisaient la fierté des ingénieurs du nucléaire dans les années60 et 70. Le domaine minier de Cogema dans l'Hexagone se limite aux deux sites d'uranium de l'Hérault (Mas-Lavayre) et de la Haute-Vienne (Bernardan) et au gisement d'or du Bournex, dans le Limousin. La fabrication, à Pierrelatte, de l'uranium très enrichi à destination militaire s'arrêtera à la fin du mois de juin. L'unité de retraitement de Marcoule fermera à la fin de 1997, après quarante ans d'activité. Pour financer ces démantèlements, Cogema prévoit, sur la base de ses propres évaluations et de la durée de ses contrats avec EdF et ses grands clients étrangers, de provisionner 23 milliards de francs. Plus question de se contenter d'un portefeuille de Sicav pour gérer cette trésorerie. "La logique de base de ces provisions, affirme Jean Syrota, sera celle d'un fonds de pensions. Mais nous souhaitons obtenir quelque chose de plus que de simples placements. Puisque nous avons pour nous le temps et le choix, nous en profiterons pour privilégier les groupes avec lesquels nous pourrons développer des partenariats dans le prolongement de nos activités. Que ce soit dans les domaines industriel, financier, bancaire ou dans les assurances." Jean Syrota sera particulièrement sensible aux opportunités qui se présenteront pour compléter le portefeuille de SGN Réseau Eurisys dans les services aux industries: conseil, informatique, maintenance, démarrage d'installations complexes, documentation technique (Cogema vient de prendre le contrôle de Sofilog) et tout autre domaine que les entreprises veulent "externaliser". En liaison avec Usinor Sacilor, "qui connaît les marchés", Cogema s'est porté candidat au Kazakhstan pour l'exploitation d'une mine de chrome. Avec Sagem - et après la récente création d'une société commune, Eurisys Mesures, dans la détection nucléaire, l'électronique d'acquisition et de traitement de données, et les systèmes de mesure -, il vient de prendre le contrôle de Biospace Mesures, la société qui exploitera, dans l'électronique médicale, les découvertes du prix Nobel Georges Charpak (80millions de francs de chiffre d'affaires prévus dans trois ans). "Toutes nos opérations resteront amicales et les synergies seront recherchées en bonne harmonie avec nos partenaires. Nos participations resteront modestes en valeur relative, et avant tout dictées par des préoccupations à long terme", précise Jean Syrota. Patron du Corps des mines depuis 1993, Jean Syrota élève rarement la voix. Il veut convaincre en démontrant, "sans langue de bois", pas en demandant de lui faire confiance sur parole. Lorsqu'on évoque son rôle à la tête des "corpsards", il ne s'anime pas davantage. "Je suis à l'occasion chasseur de têtes et bureau de placement." La définition peut faire sourire ceux qui prêtent aux ingénieurs des Mines des pouvoirs qu'ils ne peuvent nier puisqu'ils les revendiquent. Pourtant, le patron du Corps aide bel et bien chaque année, avec son équipe, une centaine de "mineurs" à bouger, à changer de poste dans l'Administration. "Il n'y a rien là, assure-t-il, d'occulte ou de croustillant!" Jean Syrota a la réputation d'être intransigeant. Il ne tolère pas les situations établies, qu'il juge "sclérosantes". Il n'admet pas l'idée que, lorsqu'une entreprise gagne de l'argent, elle ne doit pas se séparer d'activités déficitaires. Cela ne l'empêche pas, dit-il, "d'être ouvert à toutes les solutions et de saisir les occasions de progresser ou de modifier le cours des choses lorsqu'elles se présentent".

Une marge de manoeuvre de 6 milliards de francs

Ainsi, l'entrée dans le capital de Framatome n'est pas a priori écartée. Le président de Cogema, qui sait commenter avec passion, et aussi avec un certain détachement, les logiques industrielles qu'il a eu à défendre dans le passé, juge "intéressante" l'idée d'un actionnariat croisé entre le constructeur de chaudières nucléaires et le spécialiste du cycle du combustible. Mais, pour l'heure, c'est CEA-Industrie, la filiale pivot des participations industrielles du CEA, qui porte la participation dans Framatome. Jean Syrota estime sa marge de liberté "confortable". Cogema dispose de disponibilités de quelque 6milliards de francs, auxquelles peuvent éventuellement s'ajouter d'importantes possibilités d'emprunt. Les capacités bénéficiaires du groupe devraient continuer d'augmenter. Tant en raison de la progression des ventes de services d'enrichissement à l'étranger que de la percée de SGN dans l'ingénierie et les services hors nucléaire et l'orientation, cette fois à la hausse, des prix mondiaux de l'uranium (Cogema couvre 20% des besoins du marché occidental). Au moment où les crédits de l'Etat au CEA pour ses travaux civils et militaires diminuent fortement, les conditions sont-elles réunies pour privatiser Cogema? "Les obstacles, estime Jean Syrota, ne sont pas d'ordre intellectuel. Cogema reste une entreprise qui a peu d'équivalents dans le monde, par sa gamme de produits et de services comme par son implantation internationale." Mais l'Etat actionnaire est souverain. "Mon souci est de garder Cogema suffisamment attrayant pour les investisseurs et que les Pouvoirs publics puissent à tout moment avoir leur totale liberté de manoeuvre." Jean Syrota estime que Cogema vaudrait en Bourse "une vingtaine de milliards de francs".

et Alain Pauche



Son itinéraire

59 ans.

Ingénieur général des mines. Vice-président du conseil général des mines depuis 1993 et "patron" du Corps.

Une carrière aux ministères de l'Industrie, de la Protection de la nature et de l'environnement, jusqu'en 1974. Directeur

des Affaires industrielles puis directeur général adjoint des Télécommunications de 1974 à 1981. Directeur général de l'Energie et des matières premières de 1982 à 1988.

Président de Cogema (Compagnie générale des matières nucléaires) depuis 1988.

Ses objectifs

Rester numéro1 mondial dans le cycle du combustible nucléaire.

Accroître le niveau de performance financière du groupe afin de le rendre attrayant pour les investisseurs.

Rechercher de nouvelles activités rentables mettant en oeuvre les compétences acquises. Notamment dans les services à l'industrie développés par SGN-Réseau Eurisys.

Intéresser le personnel aux résultats du groupe.

Ses solutions

Provisionner 1 milliard de francs par an dans la perspective du démantèlement des installations, pour porter au total les provisions à 23 milliards de francs.

Sélectionner les opportunités d'investissements à la fois rentables sur le long terme et productrices de synergies pour Cogema.

Développer la mobilité, la fibre commerciale et la démarche qualité-progrès.

Poursuivre les progrès en productivité dans les divers domaines. Notamment en arrêtant, si nécessaire, des activités non rentables.

USINE NOUVELLE N°2551
 

 

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