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Quotidien des Usines

Rencontre avec Le PDG de Deveaux : "Mon ambition n'est pas de bâtir un empire"

Publié le

L'industriel roannais, qui compte parmi les trois grands fabricants européens de tissus pour l'habillement, a redressé avec succès Bidermann. Ses secrets : un management fondé sur la confiance et la patience et une conception de l'entreprise à taille humaine.

Il gère 1,4 milliard de francs de chiffre d'affaires et n'a toujours pas de bureau ! Lucien Deveaux reste un patron atypique. Tout le monde, à Saint-Vincent- de-Reins (Rhône), siège du groupe, s'active dans le même espace : les administratifs d'un côté, les commerciaux de l'autre. " Dans vingt ans, il n'existera plus de bureaux individuels dans les entreprises. C'est déjà le cas chez Arthur Andersen ", souligne l'industriel roannais. Lui, en tout cas, applique la recette dans toutes les sociétés qu'il contrôle, et cela semble réussir. Deveaux compte aujourd'hui parmi les trois plus grands fabricants européens de tissus pour l'habillement, et ses ventes ont bondi de près de 20 % l'an dernier. Bidermann Europe, acheté en 1995 et rebap- tisé depuis Entreprise de confec-tion et de commercialisation européenne (Ecce, licences Kenzo, YSL, etc.), a enregistré 25 % de croissance, à 660 millions de francs de chiffre d'affaires, et des résultats nettement bénéficiaires en 1998, contre 30 millions de pertes en 1996. Quant aux magasins de vêtements Armand Thiéry, ils progressent de 20 % et affichent 5 % de marge. Ses succès, Lucien Deveaux les doit à son management, fondé sur la confiance et la patience. Son groupe a franchi bien des étapes, mais rien n'a changé. Ce patron passe toujours le plus clair de son temps à parcourir le monde, à la rencontre de ses clients, les Zara, Marks & Spencer, Gap et autres grands noms de la mode. " C'est là mon véritable travail ", insiste ce quinquagénaire plein d'entrain. Pour le reste, le P-DG délègue. Totalement, et sans ré-serve. " Il préfère encore celui qui se trompe à celui qui ne décide pas ", témoigne sa fille Frédéri-que, qui, à 28 ans, dirige la division " tissé teint ", l'activité historique du groupe. Depuis toujours, l'homme a su s'entourer d'une équipe jeune et motivée, formée à ses pratiques. Chez Deveaux, on fait partie des " anciens " et des " expérimentés " avant même l'âge de 30 ans. " J'embauche à 99 % des étudiants tout droit sortis de l'école ", se félicite Lucien Deveaux. Son profil favori : le diplômé Sup de Co bilingue ou trilingue. Généralement, ces jeunes recrues choisissent d'évoluer dans le groupe. " Jamais personne encore n'est parti pour rejoindre la concurrence ! Le fait d'être en expansion nous aide à garder les gens de qualité ", reconnaît le P-DG.


Manager en ménageant

Autre point clé du management Deveaux : la patience. Ce patron aux accents méridionaux aime manager en ménageant. " Je suis un industriel. Je ne conçois rien sans du temps ", martèle-t-il. Chaque fois qu'il acquiert une so-ciété, Lucien Deveaux la redresse sans la brusquer. Pas de décisions hâtives qui pourraient heurter le personnel et créer des résistances au changement ! Il a fallu trois ans pour remettre sur pied Ecce. " J'aurais pu engranger des bénéfices très vite, mais sans vision à long terme. J'ai préféré pren- dre le temps, construire une stratégie, quitte à perdre un peu plus d'argent. " Première étape : sérier les problèmes et élaguer. La chaîne de magasins d'habillement pour hommes Class Affaires est cédée à l'espagnol Cortefiel, et la branche Uniformes au français Paul Boyé. Puis, au fil des mois, avec tact et discrétion, notamment vis-à-vis des médias, Lucien Deveaux a introduit ses hommes à la tête du groupe d'habillement. Installée dans ses nouveaux locaux parisiens et dirigée par Eric Euvrard, un " ex " d'Arthur Andersen, Ecce ambitionne de devenir un acteur majeur du luxe français. " Mais nous allons également nous développer en Europe, pour passer de 20 à 40 % des ventes hors de l'Hexagone d'ici à quatre ans ", annonce Lucien Deveaux. Même tactique pour remettre sur les rails Ercea, un spécialiste parisien des soieries, acheté en 1995 et qui a vu ses ventes chuter de 254 à moins de 80 millions de francs de 1994 à 1997. Lucien Deveaux a attendu début 1998 pour charger l'un des siens, Christophe Jacques, 33 ans, dont six passés à la tête du département unis et imprimés, pour reprendre en main la société. Pour faire valoir ses stratégies d'industriel, Lucien Deveaux a toujours pris soin de conserver le contrôle de son groupe, coté en Bourse depuis 1986. " Je possède 55 % du capital, mais plus de 70 % des droits de vote ", précise, satisfait, l'intéressé. Dans le cas de Bidermann, l'entrepreneur détient depuis le début - c'est-à-dire depuis l'achat, en 1995 - 100 % de la chaîne de magasins Armand Thiéry. Pour Ecce, il a acheté deux mois plus tard les parts de son associé, Sylvain Jama, avec lequel il ne partageait pas les mêmes conceptions. Puis, au cours de l'année dernière, il a acquis les 20 % aux mains des banques pour concentrer la totalité du capital.

Revenir à une croissance plus modeste mais régulière

Conformément à la stratégie du " chef ", Ercea devrait rejoindre le giron Deveaux d'ici à deux ou trois ans. Jusqu'ici, en effet, Lucien Deveaux a toujours repris les affaires en difficulté à titre personnel, pour ne pas mettre en péril son groupe, et les intègre une fois redressées. Critère indispensable : présenter une rentabilité au moins égale à celle de Deveaux, en moyenne de l'ordre de 7 %. Ecce et Armand Thiéry, néanmoins, feront exception. " L'heure n'est plus aux conglomérats, ni aux grands groupes. Je n'ai aucun intérêt à faire entrer ces deux sociétés dans le périmètre. Je préfère les offrir au marché bien distinctes ", justifie le P-DG. Du reste, Lucien Deveaux n'a nullement l'intention de bâtir un em-pire. L'acquisition de Bidermann visait à se rapprocher du marché. " Les magasins Armand Thiéry me permettent de mieux cerner les attentes des consommateurs. " Tandis qu'Ercea, plus spécialisé sur la soie, élargit un peu plus l'offre du groupe, déjà présent dans le tissé teint, l'uni, l'imprimé, la maille et l'éponge. De même, les participations de Lucien Deveaux dans quelque cinquante sociétés, pour la plupart locales, au fil des ans, n'ont eu d'autre but que d'aider les jeunes entrepreneurs. " Je n'ai pas la folie des grandeurs. Je ne vise pas les 10 milliards de francs de chiffre d'affaires. Je veux seulement assurer la pérennité de mon groupe ", insiste le patron. Il appelle d'ailleurs de ses voeux une croissance moindre pour 1999. L'activité en Europe et sur le continent américain a largement compensé en effet la crise asiatique et fait bondir les ventes de près de 20 % l'an dernier. " C'est trop, beaucoup trop, à périmètre constant, pour ne pas créer de déperditions. Nous avons besoin d'une croissance régulière, pas de tels pics. J'espère revenir à des taux de l'ordre de 6 à 8 % cette année. " Objectif affiché : accélérer l'internationalisation du groupe, pour atteindre 80 % des ventes hors de l'Hexagone à l'horizon 2002, contre 72 % aujourd'hui. " L'Asie, les Etats-Unis et l'Amérique du Sud ne représentent en-core que 10 % de l'export. Nous visons 25 % d'ici à quatre ans. " Une antenne commerciale ouvrira au cours du premier semestre de 1999, certainement à Buenos Aires.

" Il n'y a plus d'avenir en France pour les produits basiques "

Côté production, que pense l'industriel et vice-président de l'Union des industries textiles de la dé-localisation ? " Le textile n'est pas une industrie de main-d'oeuvre. Chez Deveaux, la masse salariale pèse moins de 10 % du chiffre d'affaires. Les professionnels du secteur ne souffrent pas véritablement de la concurrence des pays à bas salaires. Il en va différemment dans l'habillement... " Le patron d'Ecce, leader des griffes hommes en France, avec 40 % du marché, a d'ailleurs pris les mesures qui s'imposent : 20 % seulement des articles sont encore fabriqués dans l'Hexagone. Le reste est confectionné à l'étranger, dont 70 % dans les usines du Maroc et du Portugal de l'entreprise. " Il n'y a plus d'avenir en France pour les produits basiques. La seule solution consiste à offrir des griffes dans des délais de plus en plus brefs. Idem dans le textile. Je fabrique des tissus destinés à sé-duire des consommateurs à fort pouvoir d'achat. Pas des articles pour tenir chaud ", affirme le P-DG. Lui porte des costumes Kenzo, Yves Saint Laurent, Givenchy, en tout cas toujours des griffes du portefeuille d'Ecce.



Son parcours

Né le 17 novembre 1940 à Roanne (Rhône).

Diplômé de l'Ecole supérieure de filature, de tissage et de bonneterie de Mulhouse (ESFTBM).

1962 Il entre chez Deveaux.

1967 Il prend les rênes de l'entreprise familiale, qui pèse alors 3 millions de francs de chiffre d'affaires et compte 90 personnes.

Novembre 1986 le groupe roannais est introduit en Bourse.

Juin 1995 Lucien Deveaux achète à titre personnel les actifs français de Bidermann.

1998 Deveaux réalise 1,4 milliard de francs de chiffre d'affaires, dont 72 % à l'export, et emploie 650 salariés.

Ses objectifs

Faire de Deveaux l'un des tout premiers leaders mondiaux des tissus pour l'habillement, avec 2 milliards de francs de chiffre d'affaires, dont 80 % à l'export, en 2002.

Faire d'Ecce (licences Kenzo, YSL, Courrèges, Arrow...) un acteur incontournable du luxe en France et bientôt en Europe.

Faire figurer Armand Thiéry parmi les dix premiers succursalistes français pour hommes d'ici à 2002.

Ses moyens

Deveaux investira 300 millions de francs d'ici à quatre ans. Ouverture d'une antenne commerciale en Amérique du Sud au premier semestre de 1999.

Ecce consacrera 100 millions de francs d'ici à 2002 pour faire passer de 20 à 40 % ses ventes à l'étranger. Prise de contrôle de la griffe Gant fin 1997.

Armand Thiéry dépensera 300 à 400 millions de francs pour passer de 120 à 200 boutiques d'ici à quatre ans.
 

 

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