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Renault : retour sur une affaire embarrassante

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L'informateur anonyme, impliqué dans l'affaire d'espionnage présumé chez le constructeur automobile, aurait touché une somme d'argent importante en échange de ses recherches. Avec cette dernière révélation du Canard enchaîné, l'affaire devient encore plus embarrassante pour Renault.

Renault : retour sur une affaire embarrassante © Renault - P. Stroppa - Studio Pons

Sommaire du dossier

250 000 euros ! C'est la somme qu'a touché l'informateur de Renault pour transmettre des informations incriminant les trois cadres licenciés, selon le Canard Enchaîné dans son édition du 9 mars. L'avocat du constructeur automobile français, Me Jean Reinhart a confirmé.

L'informateur secret attendrait encore 200 000 euros et en réclamerait même jusqu'à 900 000 euros pour apporter des preuves écrites des accusations. Une information qui pourrait à nouveau déstabiliser la stratégie de Renault. 

Escroquerie ou Espionnage? L'Usine Nouvelle revient sur les moments importants de l'affaire :

 
Acte I - Certitudes et accusation
 
Scène 1 - L’affaire s’ébruite
 Tout commence le mercredi 5 janvier, date où le licenciement des trois cadres (3 janvier) est communiqué à l’AFP. Le grand public ne sait alors que peu de choses de l’affaire. Seulement que trois cadres, liés au programme véhicule électrique, ont été mis à pied. S’enchaîne un emballement politico-médiatique. Eric Besson, le ministre de l'Industrie, confirme que l’expression de « guerre économique est adaptée à ce cas », dès le lendemain sur RTL.
 
L’affaire est alors présentée comme un coup dur pour Renault qui a investi près de 4 milliards d’euros dans le programme. Son but :  devenir leader sur le marché. Patrick Pélata, directeur général délégué du constructeur, annonce au Monde le samedi 8 janvier que « le groupe a été victime d’une filière organisée ». La Chine n’est pas nommée mais elle est au coeur de toutes les rumeurs.
 
Scène 2 L’intrigue se noue
La publication du Canard enchaîné du mercredi 12 janvier apporte un rebondissement : Eric Besson aurait piqué une colère pour ne pas avoir été tenu au courant de l'affaire par Renault. Le ministre a en effet visité le Technocentre le 4 janvier, soit un jour après le licenciement des cadres. Il n’a été finalement informé que le 5, deux heures avant que la diffusion de la dépêche AFP. C'est à compter de la divulgation de l'information au public que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) est chargée de l'enquête.
 
Renault doit alors lui fournir tous les éléments de son enquête interne menée depuis août. 
Le corbeau et l’informateur

Les deux se sont pas les mêmes. Le corbeau est celui qui a envoyé la lettre qui a déclenché l’enquête interne à Renault.
L’informateur a fourni ensuite les renseignements alimentant cette enquête. Cependant l’informateur n’a jamais fourni les preuves écrites n’ont jamais été fournies. Il demanderait aujourd’hui plus d’argent pour les communiquer à Renault.
Toujours selon le journal satirique, pour cette enquête, Renault aurait eu recours aux services d’un salarié basé à Alger appartenant au groupe Geos,. Il travaillait à son compte sur cette mission. Il aurait été en contact avec l'informateur anonymequi aurait ensuite communiqué à Renault les noms des banques et des numéros de comptes en Suisse et au Lichtenstein censé avoir reçu l'argent de la corruption des cadres soupçonnés (voir encadré).
 
Dès le 13 janvier, le constructeur porte plainte contre X. Il ne cible pas nommément les trois salariés licenciés afin de permettre une enquête plus large. Une manière de permettre au juge de s’intéresser à un réseau impliqué dans de délit. Le lendemain de cette plainte, le Monde révèle dans son édition du 15 janvier, que les responsables de l’enquête ayant conduit à la mise à pieds des trois cadres n’évoquaient que des « soupçons de corruption. »

Acte II. offensive des accusés
 
Scène 1 - Le doute s’immisce
Deux des trois cadres, Bernard Rochette et Michel Balthazard passent à l'offensive juridique dès le 17 janvier. Ils lancent une procédure contre Renault pour diffamation (article 29 de la loi du 29 juillet 1881) pour le premier et dénonciation calomnieuse (article 226-10 du code pénal) pour le second. Les trois licenciés attaquent le groupe devant le tribunal des Prud’hommes. Ils clament leur innocence et rdemandent la preuve de leur culpabilité. Preuve que Renault tarde à fournir.
 
Carlos Ghosn monte au créneau. Il prend la parole à la grande messe de TF1. Le 23 janvier, à 20h, le patron du groupe Renault répond à la question de Claire Chazal concernant les preuves de corruption des cadres. Sûr de lui, il affirme : « Nous avons des certitudes. On n’en aurait pas, on ne serait pas là aujourd’hui. » Une façon d'asseoir les accusations de Renault.
 
Scène 2 - Le récit se corse
Les cadres licenciés contre-attaquent dans la presse alors que l’enquête de la DCRI piétine. Leurs avocats commencent à communiquer abondamment. Le 2 février, L’Usine Nouvelle diffuse ainsi la lettre de licenciement de Bertrand Rochette, où l’on apprend qu’il a été licencié pour faute lourde, caractérisée par une « intention de nuire » et des « actes extrêmement graves ».
 
Le Canard Enchainé publie, le mercredi 23 février, des informations selon lesquelles Matthieu Tennenbaum n’aurait pas de compte à la Banque cantonale de Zurich. Une épine dans la conclusion de l’enquête menée par Renault. C'est en effet principalement sur cette information que le constructeur a légitimé sa décision de mettre à pied les trois cadres. Le 3 mars, l’avocat de Michel Balthazard annonce à l’AFP que l’enquête menée au Liechtenstein est « sans résultat ».
 
Acte III. Renault désavoué
 
Scène 1 - La situation se renverse
Renault, jusqu’ici en position de victime, accepte le doute. C’est Patrick Pélata, le second de Renault, qui évoque «deux hypothèses de pistes » au Figaro, le 4 mars : « Soit nous sommes face à une affaire d'espionnage et un cadre de la direction de la sécurité protège sa source envers et contre tout. Soit Renault est victime d'une manipulation », confie-t-il. Il va jusqu’à endosser la responsabilité : «S'il n'y a pas d'affaire d'espionnage, j'en tirerai toutes les conséquences jusqu’au plus haut niveau de l’entreprise, y compris jusqu’à moi».
 
Michel Balthazard saisit l’occasion pour clamer de nouveau son innocence dans une interview dans le même quotidien, le dimanche 6 mars. Il revient sur toute l’affaire et raconte dans le détail comment il a été licencié en une demi-heure après 33 ans dans la société, « avec 389,51 euros pour solde de tout compte ». Il réclame que « l’entreprise reconnaisse publiquement mon innocence ».
 
Le 9 mars, le Canard Enchaîné révèle que l’informateur anonyme, qui détiendrait les preuves de l'affaire, aurait été rémunéré jusqu'à 250 000 euros. Il en attendrait 200 000 supplémentaires. Renault se refuse de communiquer « tant que l’enquête n’est pas terminée ». Selon l'hebdomadaire, il réclamerait jusqu'à 900 000 euros supplémentaires pour fournir des preuves écrites.
 
Scène 2 - L’affaire se précise
Aucune trace des comptes bancaires n’a été trouvée, conclut la DCRI, le lundi 14 mars. « Je me suis trompé, nous nous sommes trompés et d’après les conclusions que nous avons entendues du procureur de Paris, il semble que nous ayons été trompés », a  déclaré dans la foulée le patron de Nissan et Renault. Carlos Ghosn, dans le journal de 20 h sur TF1 le 14 mars, reconnait que le licenciement des cadres a été « une décision prise à tort ».
 
Mais l’affaire rebondit encore puisque le constructeur déclare qu’il va se constituer partie civile dans l’instruction pour escroquerie en bande organisée ouverte par le procureur de la République de Paris, qui cible entre autres Dominique Gevrey.

 

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