Renault-Nissan, vers une version 2 de l’Alliance

Les tensions entre Renault, Nissan et l’Etat français depuis le mois d’avril soulignent une gouvernance de l’Alliance qui a atteint ses limites. Une sortie de crise pourrait passer par une nouvelle version de cette Alliance.

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Renault-Nissan, vers une version 2 de l’Alliance

Si certains redoutent toujours l’implosion du couple Renault-Nissan, les deux partenaires semblent plutôt s’orienter vers une sortie de crise à l’amiable. Depuis le début de la semaine et le conseil d’administration de Nissan, les rencontres informelles se multiplient entre les membres du conseil d’administration de Renault, dont les représentants du gouvernement.

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La situation, déjà tendue depuis fin avril et la montée de l’Etat à 20% du capital de Renault, ce qui lui offre des droits de vote double, s’était encore aggravée ces dernières semaines. Hiroto Saikawa, le numéro 2 de Nissan et représentant du Japonais au conseil d’administration de Renault, a en effet menacé début septembre de dénoncer l’accord RAMA de 2002, qui scelle juridiquement l’Alliance Renault-Nissan dans sa forme actuelle.

Alliance bis ?

Deux administrateurs de Renault auraient ainsi endossés un rôle de "sherpa" pour proposer une refonte de l’équilibre des forces au sein du conseil d’administration de Renault et apaiser les tensions. Le conseil d’administration ordinaire de Renault vendredi 11 décembre marquera un point d’étape important dans la résolution des tensions et pourrait permettre de dessiner les contours de ce qui pourrait être une version 2 de l’Alliance. "Les choses vont bouger, on ne peut pas rester dans cette situation", explique un fin connaisseur du dossier. "Aujourd’hui, Renault, est plus content que Nissan d’être dans cette Alliance", résume Bertrand Rakoto, fondateur du cabinet de conseil D3 Intelligence.

Un déséquilibre et une égalité de pouvoir

Reste que former une Alliance bis s’annonce très complexe, en miroir de l’organisation existante extrêmement complexe. L’Alliance Renault-Nissan existe depuis 1999 et a été formalisée en 2002, mais ses quinze ans d’histoire repose sur un déséquilibre originel. Renault a racheté Nissan. Avec 43% des parts, le constructeur français est donc son actionnaire de référence. L’accord de 2002 crée également une filiale, Renault-Nissan BV, qui pilote toute la stratégie de l’Alliance. .

Renault et Nissan restent en parallèle maîtres de leurs stratégies propres. RNBV est piloté par le directeur général de Renault, mais les forces sont équilibrées : Renault et Nissan possèdent chacun 50% et pèse donc à égalité dans les choix stratégiques.

A partir de 2012, l’Alliance s’est approfondie pour déboucher en 2014 sur la création de quatre directions communes (fabrication, ingénierie, ressources humaines et les achats). Deux sont dirigés par des directeurs issus de Renault, les deux autres sont issus de Nissan. Cette organisation incarne l’idée voulue dès le départ par Louis Schweitzer, puis par Carlos Ghosn : une égalité complémentaire entre Renault et Nissan (partage des technologies, des zones géographiques etc …), sans bousculer la culture interne de chaque constructeur. L’attelage est aussi juridiquement complexe car superposent trois droits : le droit japonais de l’accord 1999 (Renault rachète Nissan), le droit français pour l’accord RAMA de 2002 et le droit néerlandais pour RNBV …

Un déséquilibre économique

Or, seize ans plus tard, Nissan est deux fois plus gros que Renault en volumes de vente comme en chiffre d’affaires. "Depuis cinq ans, Carlos Ghosn essaie donc de redonner des droits de vote à Nissan chez Renault, et depuis cinq ans, l’Etat refuse, rappelle Bertrand Rakoto. Les demandes de Nissan ne sont pas incohérentes. On ne peut pas toujours conserver des relations d’équilibre fondées sur une situation révolue [en 1999, Nissan était en quasi-faillite, quand Renault n’a racheté, ndlr]".

Seize ans plus tard, Renault apparait lui à la fois cantonné aux marchés difficiles (Europe, Amérique du Sud) et aux technologies innovantes, donc risquées comme l’électrique, mais possède une position de force dans l’Alliance. "L’Alliance est une réussite, reconnaît Franck Daoût, délégué syndical central CFDT chez Renault.

Dans la répartition des postes à égalité entre Renault et Nissan au sein des directions communes de l’Alliance, Renault est favorisé. La position de Renault paraît structurellement forte". Selon le RAMA, la présidence de RNBV est détenue par "le directeur général de Renault […] qui aura voix prépondérante en cas de partage".

Il faut ajouter à ce double déséquilibre des difficultés concrètes pour travailler ensemble sur le terrain depuis le lancement de la convergence réelle il y a 18 mois. "Renault veut fonctionner en Alliance, quand Nissan est, disons, plus autonome", euphémise un salarié, qui explique "le déploiement considérable d’énergie pour récupérer des éléments chez les Japonais" sur un projet commun. "Les cultures d’ingénierie sont très différentes, Nissan est beaucoup dans le respect de la norme, alors que Renault dispose d’une véritable ingénierie de projets", résume Bernard Jullien, directeur du Gerpisa et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

La montagne accouche d’une souris ?

Face à tant de complexité, en ajoutant le rôle fort qu’a décidé de jouer l’Etat actionnaire, difficile d’imaginer une refonte de l’Alliance, qui donne à Nissan le poids décisionnel qu’il demande. "Après tous ces épisodes, Renault et Nissan vont revenir à la case départ, mais en faisant mine d’avancer. Une version 2 de RNBV ressemblera comme une sœur à la précédente, poursuit Bernard Jullien. Si Nissan passait à 25% chez Renault, la situation d’auto-contrôle se reposerait, cette fois au détriment de Renault. Le gouvernement français n’acceptera pas cette solution". "Il n’y a aucune raison pour Nissan de dénoncer cette organisation, même s'il est deux fois plus gros que Renault, ajoute un avocat d’affaires. C’est aussi grâce à Renault que Nissan atteint ces résultats. On ne peut pas se mettre d’accord sur une organisation et la changer dix ans après. Si Nissan veut remonter au capital de Renault, il doit apporter quelque chose de nouveau, pas simplement revendiquer sa taille actuelle".

L’agence Reuters rappelait il y a quelques semaines que la question du départ de Nissan s’était déjà posé en 2011 après l’affaire d’espionnage de Renault. Elle n’avait pas abouti. Dans toute sa complexité, l’Alliance est aujourd’hui le quatrième constructeur mondial, avec 8.470.610 véhicules vendus dans le monde en 2014.

Pauline Ducamp

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