"Renault et Nissan doivent partager plus, tout en gardant leur identité", selon Jean-Michel Billig

Jean-Michel Billig, directeur Ingéniering, Qualité et Informatique chez Renault, travaille à l’adaptation de ses équipes aux nouveaux défis de l’automobile, comme la voiture connectée, et aux prochaines évolutions de l’Alliance avec Nissan.

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L’Usine Nouvelle - Vous avez lancé une réorganisation de la R&D l’année dernière. Où en est le projet ?

Jean-Michel Billig - Ce projet est un plan d’amélioration de la performance de l’ingénierie, lancé début juin 2013. Les enjeux pour Renault sont de dérouler son plan produits, de le faire vite et bien tout en se positionnant dans les domaines d’avenir : le véhicule connecté et le véhicule autonome. L’un des axes forts est la mise en place de l’ingénierie système. Il s’agit de trouver les bonnes fonctions désirées par les clients et de les allouer à un calculateur, alors qu’avant, une fonction équivalait à un calculateur et augmentait donc le poids et la complexité des véhicules. Nous sommes les premiers à appliquer cette méthode dans l’automobile. Le véhicule doit servir le conducteur.

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Vous avez aussi redéfini les cœurs de métier de l’ingénierie Renault. Avez-vous supprimé des postes ?

Cette réflexion sur les cœurs de métier nous permet de cartographier les métiers indispensables pour développer un véhicule. Ensuite, nous pouvons mettre en place des politiques de recrutement, de formation, de gestion de compétences. Nous aurons toujours besoin d’ingénieurs motoristes par exemple, mais par rapport à ces métiers classiques, il nous faudra recruter ou former des gens dans des domaines spécifiques : les questions de CO2, la connectivité par exemple, pour produire le véhicule de demain. Nous réfléchissons en terme de métiers, pas de collaborateurs. Par ailleurs, dans le cadre de compétitivité, 7 500 postes ne seront pas remplacés, l’ingénierie prend sa part, mais nous ne communiquerons le chiffre des départs qu'une fois le plan achevé.

Comment abordez-vous le regroupement des ingénieries de Renault et Nissan dans une direction commune ?

Renault et Nissan font déjà beaucoup de choses en commun, mais il y a encore beaucoup de synergies à aller chercher. Aujourd’hui avec nos deux directions ingénierie et leurs budgets, 1 + 1 = 1,5 ou 1,6. Demain cela doit être 1+1 = 1,95.

Cela veut dire que les doublons vont disparaître, Nissan et Renault ne développeront par exemple plus chacun de leur côté un véhicule électrique?

Nous avons eu raison de faire ce doublon sur le véhicule électrique. C’était légitime car nous sommes des pionniers dans ce domaine. Nous avons travaillé à des briques technologiques nécessaires et aujourd’hui, nous en avons tiré le meilleur. Pour la prochaine génération, nous piocherons dans cette base de données pour un véhicule encore plus performant.

Allez-vous regrouper l’ingénierie sur un seul site ?

Non nous resterons à Guyancourt et nos collègues au Japon. Nous n’avons pas besoin d’être tous à Guyancourt, nous échangeons déjà beaucoup via des maquettes numériques par exemple. Le travail en commun se fait différemment. Les équipes de motoristes seront par exemple regroupées sous un chapeau alliance. Elles travaillent sur deux cahiers des charges des gammes Renault et Nissan pour développer une nouvelle famille de moteurs qui s’adaptent à tout le monde. Il faut augmenter le taux de commonalité mais conserver les ADN de chacun.

Pourquoi ce rapprochement n’est pas intervenu plus tôt ?

Quand on construit une maison, on commence par les fondations. C’est beaucoup de travail, mais ça ne se voit pas. Il fallait d’abord que Renault et Nissan apprennent à se connaître, comprennent les process de chacun. Nous avons donc appris et nous sommes prêts à prendre le meilleur des deux partenaires.

Propos recueillis par Pauline Ducamp, à Genève

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