Renault au tribunal suite à un suicide au Technocentre

Attaqué pour « faute inexcusable » par la veuve d’un salarié qui s’était suicidé sur son lieu de travail en 2006, Renault est jugé ce lundi par le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nanterre. Une décision très attendue dans un contexte de multiplication des suicides dus au stress.

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Renault au tribunal suite à un suicide au Technocentre

Le 20 octobre 2006, son mari Antonio, salarié au Technocentre Renault à Guyancourt, se jetait du 5ème étage par la fenêtre de son bureau. Trois ans après sa mort, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nanterre doit juger si le décès du mari de Sylvie résulte ou non d'une « faute inexcusable » de la part du constructeur automobile. Renault est attaqué pour non-respect de l'obligation de résultats en matière de sécurité au travail.

En pleine série noire chez France Télécom, qui a connu une vague de 25 suicides en vingt mois, et dix jours après le suicide d’un ingénieur travaillant au Technocentre, cette décision marquera une étape déterminante dans la prise en charge du stress au travail. En cas de condamnation, les entreprises seraient désormais responsables des risques psychosociaux liés à leur mode d’organisation.

Dans une interview au Parisien, la plaignante revient sur les conditions qui ont selon elle « déclenché » le passage à l’acte de son mari. Tout en admettant que Renault n’est pas le seul responsable, elle accuse « l’organisation de l’entreprise », « qui pousse des gens dans un état d’angoisse et d’anxiété terrible, une peur permanente, un sentiment qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur ». « Management par la terreur », surcharge de travail, impossibilité de « dire non » à des objectifs toujours plus élevés… La liste est longue, sans parler de la façon dont l’entreprise s’est comportée avec la veuve après le décès de son mari, selon ses propos.

En 2007, Sylvie avait remporté une première victoire en faisant reconnaître par la Sécurité Sociale le suicide d’Antonio comme un accident du travail. Elle reçoit depuis des indemnités de la part de l'assurance maladie, qui devraient être versées par Renault si l'entreprise est jugée responsable.

Deux ans après la série de suicides qui a endeuillé le Technocentre, plusieurs mesures ont été mises en œuvre par la direction de Renault pour prévenir les risques liés au stress, sous la forme d’un plan de soutien aux équipes d’ingénierie : resserrement des horaires d’ouverture, compensations horaires, suivi du temps de travail, soutien individuel, séminaires de formation pour les chefs de service, réflexion collective sur les modes de travail, journée annuelle de convivialité, etc. Un plan basé sur l’audit réalisé par le cabinet Technologia, qui a inspiré France Télécom puisque l’opérateur vient de faire appel audit cabinet pour l’accompagner dans le diagnostic de sa situation sociale.

Chez PSA, où plusieurs salariés se sont également suicidés en laissant des écrits impliquant leurs conditions de travail (cinq suicides rien qu’au premier semestre 2007), un numéro vert dédié à l’écoute des salariés et un audit du stress au travail conduit sur trois sites du groupe avaient été mis en place en 2007. La semaine dernière, le constructeur a annoncé la signature d’un accord avec cinq organisations syndicales sur l’évaluation et la prévention des risques psychosociaux. Celui-ci établit « une méthode commune d’évaluation du stress au travail permettant de déterminer le niveau de stress des salariés et d'identifier les facteurs collectifs d’origine professionnelle ». La méthode inclut là encore un questionnaire confidentiel distribué aux salariés à l’occasion des visites médicales. Elle doit déboucher sur des plans de prévention collectifs et des suivis médicaux individuels.

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