Réindustrialisation : le chemin de la reprise ?

La solution à la crise serait l'industrie. La reprise germerait dans nos usines. Le pari est loin d'être gagné mais le fait que la commission européenne et HEC lancent conjointement un colloque sur le sujet relève déjà d'un changement d'état d'esprit.

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Réindustrialisation : le chemin de la reprise ?

« Après la crise, il faut une volonté politique pour redémarrer à l’échelle de l’Union européenne. Et cela se fera par l'industrie », annonce Jacques Demargue, le président du Conseil économique, social et environnemental. C’est en ces termes qu’il présente le colloque de vendredi, préparé par la représentation française de la Commission européenne et HEC, intitulé « Europe 2020 et la France : au-delà de la crise, préparer l’avenir ». Et préparer l’avenir passerait par les usines européennes. « Nous pensons qu’une politique industrielle à l’échelle de l’Union européenne contribuerait à un nouveau départ pour l’Europe », affirme Jacques Demargue. Outre le grand retour demandé des politiques industrielles publiques, nos usines peuvent-elles vraiment sauver l’Europe en créant la valeur ajoutée et les emplois nécessaires à une croissance forte ?

La croissance annuelle en Europe est de 1,5%, contre une moyenne mondiale de 4,5%. Elle est une « zone de basse pression économique », déplore Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po. « Si nous voulons importer, il faut exporter afin d’avoir une balance des paiement à peu près correcte. Or, l’industrie financière ne saurait compenser celle de la machine outil », rappelle Elie Cohen. Puis il développe deux autres arguments expliquant en quoi l’industrie est la seule capable de montrer le chemin de la croissance : « L’industrie est un élément positif de développement économique. C’est un secteur avec une forte valeur ajoutée, des salaires plus élevés que la moyenne. Et surtout, les entreprises industrielles financent à elles seules 85% de la recherche et développement. Nous avons actuellement une base industrielle trop faible pour atteindre l’objectif de 3% du PIB dans la recherche et développement. » L’Europe doit donc se reconstituer une base industrielle si elle veut renouer avec la croissance.

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Besoin d'Etat

« L’industrie, c’est tellement important qu’il faut s’y remettre. Une usine ça fait avant tout vivre des femmes, des hommes et leur famille. L’industrie permet de créer de nombreux emplois. Et puis, l’image d’un pays passe avant tout par les produits qu'il exporte. Ces biens manufacturés nationaux vendus à l’étranger sont et doivent être une fierté », affirme Jean-François Dehecq, président d’honneur et fondateur de Sanofi-Aventis. Réindustrialisation, donc. Mais pas juste à la sueur du front des industriels. L’équation est trop complexe : Les BIC (Brésil, Inde, Chine) qui connaissent leurs Trentes glorieuses et le fait que les pays émergents n’ont pas les mêmes contraintes sociales et environnementales rendent la partie malaisée.

« Pour sortir de cette équation compliquée par le haut, il faut l’intervention de l’Etat. L’Etat sous de Gaulle et Pompidou l’avait déjà fait entre 1945 et 1975. Mais il s’agissait alors de reconstruire. Aujourd’hui, il nous faut réinventer le système et ça, on le saura en écoutant le terrain », explique Charles Beigbeder, fondateur et président du conseil d’administration de Poweo. Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des Dépôts précise : « L’Etat a repris conscience de sa responsabilité dans la réindustrialisation, comme en témoigne les Etats généraux de l’industrie. L’Union européenne a lancé des projets de recherches comme Galileo. Mais, il faut aller plus loin. Il faut veiller à garder la chaîne d’assemblage en France. Il faut relocaliser les centres de recherches. Et il faut préparer les ingénieurs à l’industrie, ce que ne font plus nos universités et grandes écoles. En parallèle, la guerre des fonds propres a commencé. Les actions se gardent 7 mois dans un portefeuille en moyenne contre 7 ans, il y dix ans. Il faut penser fonds souverain. »

Besoin d'argent

Relocalisation tinte ici. Réindustrialisation résonne là. Le son de cloque est clair. Mais avons-nous vraiment les moyens de nos ambitions? Anne Houtman, chef de la représentation en France de la Commission européenne, est fière de ce colloque : « On a beaucoup reproché à l’Europe son manque d’ambition, mais ce programme a de l’audace ! ». De l’audace certainement, mais rien au niveau du financement. Ce colloque peut rester lettre morte si une politique industrielle européenne n’émerge pas. Or, « depuis une quinzaine d’année, dans l'Union européenne, chaque Etat-nation est sur son pré carré national. Le Royaume-Uni est dans une optique de « I want my money back » et l’Allemagne n’est pas loin de ça non plus. Et par faute de financement, il y a paralysie », souligne Henri Weber, député européen.

La solution serait peut être alors l’Eurobond proposé par José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Permettant à l’Europe de s’endetter, ces obligations permettraient à l’Union de pouvoir financer des projets comme celui de la réindustrialisation. En parallèle, pour éviter la catastrophe, il faudrait que les Etats membres réduisent leur dette publique. Pour Jacques Attali, président de la Commission pour la libération de la croissance française, « la rigueur est indispensable pour éviter une nouvelle crise. Elle peut se faire sans un creusement massif des inégalités et avec un maintient de la croissance si l’Europe stimule notre industrie et encourage l’innovation. Le soucis est que l’Europe prend toujours les bonnes décisions... mais toujours trop tard. »

Morgane Remy

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MORGANE REMY

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