REGIONNOUVEL ACCROC à MARSEILLE AVEC LA LIQUIDATION DE SUD MARINELes Bouches-du-Rhône en quête d'une relève industrielleD'Aix à Marseille, les élus locaux s'acharnent à promouvoir de grands sites d'implantation.Certes, les technologies de pointe arrivent à s'enraciner.Mais leur développement risq...

Partager

REGION

NOUVEL ACCROC à MARSEILLE AVEC LA LIQUIDATION DE SUD MARINE

Les Bouches-du-Rhône en quête d'une relève industrielle

D'Aix à Marseille, les élus locaux s'acharnent à promouvoir de grands sites d'implantation.Certes, les technologies de pointe arrivent à s'enraciner.Mais leur développement risque de se heurter à la faiblesse des industries plus traditionnelles.



Pardi! Tout le monde à Marseille s'y attendait. Les manifestations de colère, après la mise en liquidation de Sud Marine, jeudi 6février, n'empêchent pas la résignation. Depuis des années, l'entreprise fétiche de la réparation navale marseillaise n'en finissait pas de sombrer, d'un repreneur à l'autre. Dernier avatar du groupe Terrin, disparu en 1978, Sud Marine comptait encore 615salariés, contre un millier il y a trois ans. Ce nouveau coup dur met à mal, une fois de plus, les sous-traitants régionaux. Eux non plus n'ont pas été vraiment surpris par la décision du tribunal de commerce de Marseille. D'ailleurs, la plupart avaient "pris leurs dispositions". Mais quand même, c'est un naufrage de plus. Que reste-t-il de la réparation navale marseillaise, qui comptait plus de 10000emplois il y a quinze ans, dont 3000 chez environ 150sous-traitants. Aujourd'hui, ce secteur ne fait plus travailler qu'une trentaine de fournisseurs directs employant un millier de personnes. essentiellement dans la mécanique, Pas facile pour eux de trouver de nouveaux débouchés dans le département. Car ils sont à la fois trop "traditionnels" et trop spécialisés. Le tissu industriel révèle par là même ses faiblesses. De fait, l'industrie n'emploie que 15% environ de la population active. Ce qui montre assez bien les limites d'un développement, né de l'aménagement, dans l'euphorie (et l'anarchie!) des années 60, du pourtour de l'étang de Berre et de la zone portuaire et industrielle de Fos. Cette opération titanesque a bien attiré, comme prévu, les grands groupes pétroliers, chimiques, sidérurgiques... Mais leurs activités de process ont généré par nature assez peu de commandes autour d'elles, à part pour la maintenance. En outre, les aléas du trafic maritime et les crises pétrolières ont réduit ou retardé les effets d'entraînement que l'on escomptait.

Pas a ssez de PMI

Enfin, d'année en année, la nature des rapports entre les donneurs d'ordres et leurs prestataires a radicalement changé. "Au départ, nous intervenions exclusivement sur prescriptions. Aujourd'hui, nos clients veulent nous déléguer de plus en plus de responsabilités, nous demandent plus de compétences, de réactivité, de qualité", relate René Brunengo, P-DG du groupe ADF (Ateliers de Fos). Spécialisé dans la maintenance en mécanique et chaudronnerie, il est allé au devant des besoins des pétroliers et sidérurgistes pour lesquels il travaillait. D'où la progression d'ADF. L'année passée, le groupe a réalisé 180millions de francs de chiffre d'affaires (avec 355employés). Soit une progression de 16% en un an. L'activité initiale, la maintenance, compte pour 60%. Mais de nouveaux marchés ont été explorés. En particulier à l'exportation: ADF a réalisé, en association avec des sociétés d'ingénierie, des éléments d'unités de production d'éthylène. Une quinzaine d'installations ont déjà été livrées en Asie, en Iran et aux Etats-Unis. Mais les ADF sont rares. La greffe industrielle prend plus lentement que prévu... Des PMI, il y en a, certes. Mais pas assez. Et cela se ressent cruellement sur le marché de l'emploi. Est-ce alors pour forcer le destin que responsables et élus locaux s'acharnent à lancer de nouveaux "grands projets" d'implantations industrielles (voir encadré)? Est-ce par effet de mode, ou parce que déçus par les industries de base, qu'ils veulent désormais promouvoir les "technologies nouvelles"? En tout cas, le département des Bouches-du-Rhône semble avoir effectivement plus de chances avec les secteurs moins traditionnels. Qui ne connaît pas la Comex, Cybernetix, Procida, ES2? Ici, les high tech, tout le monde veut les attirer. Mais elles se concentrent surtout dans Marseille, au Rousset, à Gémenos. Et à Aix-en-Provence, la "ville qui monte"... Dans son pôle d'activité des Milles, elle regroupe environ 800entreprises, employant 12000 personnes. Les industries nouvelles y sont légion: l'ingénierie avec TITN (Alcatel) ou Technicatome; la recherche-développement avec Bertin; l'électronique-informatique avec Digilog; la cosmétologie avec Daniel Jouvance. Et beaucoup de PME innovantes, comme Image Technologie (vision artificielle) ou Datametrix (télémesure), dont la santé, malgré la crise, reste enviable. Par exemple, chez Dipta, spécialisée dans la cosmétique blanche, c'est la "mue permanente", selon l'expression même de Pascal Borda, son directeur technique. Normal, pour un fabricant de produits de beauté et de soins pour la peau! La firme, qui emploie 70personnes sur le site d'Aix, connaît couramment des croissances annuelles de 30%. Ce qui l'oblige à étendre et réorganiser sans cesse ses ateliers. Il faut dire qu'elle consacre tous les ans 8% de son chiffre d'affaires à la recherche-développement. Cette prépondérance de la matière grise est encore plus élevée pour Guigues. Les deux tiers de son effectif (80 personnes ) sont en effet constitués d'ingénieurs et de cadres. Une structure dictée par son type d'activité: l'ingénierie dans le domaine du traitement de l'air et des eaux industrielles urbaines et sanitaires. Signe particulier: Guigues possède ses propres laboratoires. Elle s'est aussi dotée d'antennes à Paris et à Lyon et d'une filiale au Maroc. "Mais nous restons résolument ancrés à Aix-en-Provence, affirme Jacques

Perières, le P-DG. Les communications sont excellentes. Et il y fait si bon vivre!" C'est bien aussi l'avis de Jean-Claude Marcellet. Mais, comme il le fait remarquer, "la qualité de l'environnement n'empêche pas la recherche de performances, au contraire". D'ailleurs, l'entreprise dont il est le P-DG, I2E, en est un bel exemple. Elle ne cesse d'agrandir ses locaux. Et elle embauche, elle embauche... Créée il y a quatorze ans, elle réalise déjà un chiffre d'affaires annuel de 100millions de francs et compte 150employés. Ce que produit I2E? Des équipements électroniques et informatiques "en limite de connaissances" pour applications très spéciales: guerre électronique, calculateurs embarqués, simulateurs... Indéniablement, les Méridionaux ont le goût des défis et des performances. Sans doute, la présence de nombreuses grandes écoles, d'universités, de centres de recherche, entretient-elle cette dynamique. L'essaimage semble aussi avoir joué un grand rôle dans la paternité des PMI. L'histoire de Gemplus (voir encadré), créée par cinq ingénieurs issus de SGS Thomson, n'est plus à raconter. Ce qui est moins connu, c'est l'action résolue de ces champions de la carte à mémoire en faveur de l'industrialisation locale. Pierre-Henri Odin, le directeur des achats, souhaite que 80% de ses fournisseurs soient régionaux. "Mais ce sera difficile. On trouve par ici beaucoup de bonnes entreprises de conception, d'ingénierie. Mais encore trop peu d'activités de production", déplore-t-il. Un leitmotiv chez les donneurs d'ordres des Bouches-du-Rhône. Or voilà bien la vraie faiblesse: le partenariat local est déficient. Des métiers comme la mécanique ou la tôlerie de précision, la plasturgie, la production de circuits imprimés, le câblage de cartes électroniques sont autant de chaînons manquants. Et ceux-ci risquent, à terme, de compromettre le développement même des high tech.





QUATRE ENTREPRISES PHARES

Gem PLus

Localisations: Géménos et La Ciotat

chiffre d'affaires: 740 millions de francs (1993)

effectif: 1 011 PERS.

Entreprise symbole du département, Gemplus accumule les succès. Le numéro1 mondial de la carte à puce a vu ses activités croître de 50,7% en un an. Et ses effectifs de 38% ! Ses usines, qui produisent plus de 165000 cartes par an, sont parmi les plus protégées des Bouches-du-Rhône. Les secrets de fabrication sont bien gardés, concurrence oblige. Surtout, la confidentialité la plus absolue doit être respectée. Pas facile non plus de devenir partenaire industriel de Gemplus. Car les exigences techniques de la firme sont très élevées. Pourtant, Pierre-Henri Odin, le directeur des achats, souhaite que huit fournisseurs sur dix viennent de la région... Si possible.



Gemef

Localisation: Aix-en-Provence

Chiffre d'affaires: 140 millions de francs

Effectif: (80 PERS. )

Depuis deux ans, les Grandes Minoteries à fèves de France (GMFF) ont préféré changer de nom. Gemef Industries, cela fait "moins grandiloquent ", comme le fait remarquer César Bonsignori, le directeur de l'usine d'Aix. Et cela colle mieux aux nouvelles activités de la firme. Certes, Gemef demeure un spécialiste des mixes, prémixes, améliorants et correcteurs de panification, composés notamment à partir de farines de fève, de soja, de seigle ou de blé malté. Mais, en quelques années, elle est devenue numéro1 français du riz extrudé, un produit "croustillant" en plein développement, destiné aux producteurs de barres et préparations céréalières. Et que Gemef exporte à 80%!



Appi

Localisation: Aix-en-Provence

Chiffre d'affaires: 17 millions de francs (1993)

Effectif: 21 PERS.

En sept ans, Appi a pris place parmi les leaders européens du traitement de l'image appliqué aux problèmes industriels. Société d'ingénierie, elle ne fabrique pas elle-même les caméras ou les cartes et calculateurs très puissants qu'elle utilise. Elle se les procure auprès des meilleurs constructeurs mondiaux. Mais son savoir-faire est plus "subtil". Contenu dans l'emploi d'éclairages et de filtres spéciaux, ou dans la conception des logiciels. Ainsi, Appi s'est fait une spécialité des contrôles complexes à grande cadence: détection d'ébréchures ou de défauts sur des produits en verre; lecture de marquages défectueux; contrôle de présence par analyse des reliefs et radiographie...



Sebim

Localisation: Châteauneuf-lès-Martigues

Chiffre d'affaires: 150 millions de francs (1993)

Effectif: 250 PERS.

Dans le groupe Sebim, il y a trois maîtres mots qui tiennent lieu de culture d'entreprise: sûreté, fiabilité, qualité... C'est ce qui lui a permis de s'imposer, d'abord, comme l'un des leaders de la soupape pilotée pour circuits spéciaux; puis, surtout, de devenir le numéro1 mondial de la soupape pour applications nucléaires. Soixante-dix centrales de sept pays sont équipées par Sebim. L'ennui, c'est que les marchés du nucléaire régressent. Comme aussi les débouchés industriels, où le groupe doit faire face à des concurrents italiens et britanniques favorisés par les changes. Du coup, Sebim a lancé sa filiale Cuip sur le marché de la sous-traitance en mécanique de précision.



TECHNOPOLES: LA COURSE AU GIGANTISME



Pris séparément, chacun des ambitieux projets de nouvelles zones d'activités qui fleurissent autour et dans Marseille ne peut qu'emporter l'adhésion. Même l'" Europôle de l'Arbois ", tellement gigantesque (4500 hectares!) qu'il en paraît irréaliste, séduit irrésistiblement, tant par sa situation géographique que par les vocations qui lui sont promises. Mais trop, c'est trop! Tous ces parcs technologiques du futur étalent, à l'évidence, un nombre excessif de centaines d'hectares, avec, en toile de fond, une concurrence plus ou moins ouverte entre communes pour attirer emplois, prestige et... taxes professionnelles. De fait, le département est déjà littéralement couvert de zones d'activités: plus d'une centaine au total, dont bon nombre sont loin d'avoir fait le plein. La concertation a fait défaut. Et l'absence de communauté urbaine se fait sentir... Ainsi, dans Marseille même, l'industrie conserve droit de cité. Mieux, même. Puisqu'aux douze zones existantes, totalisant près de 950hectares, la municipalité a ajouté six projets d'extension ou de nouveaux parcs d'activités, principalement dans le nord de la ville. Notamment à Château-Gombert, désigné comme le technopôle de Marseille, où sont déjà concentrés quelques centres de recherche et une quarantaine d'entreprises de haute technologie. A ces projets "classiques" s'ajoutent deux autres, plus originaux. D'abord, la Cité de la biotique, en plein coeur de la ville et en relation directe avec les hôpitaux marseillais. Elle est destinée aux entreprises du domaine biomédical dont l'activité nécessite des relations constantes avec le milieu hospitalier, par exemple pour les essais cliniques de leurs produits. L'idée a déjà séduit la firme américaine Genta, qui vient d'implanter à Marseille son antenne européenne. La Cité de la biotique complétera le biopôle de Luminy, orienté sur une recherche plus fondamentale, notamment en immunologie et sciences du cerveau. Plus controversé, le projet Euroméditerranée est à mi-chemin entre la restructuration urbaine et la zone d'activité. Il devrait être piloté par un établissement public d'aménagement. Du fort Saint-Jean à Arenc, en passant par La Joliette et la gare Saint-Charles, ce projet est fortement axé sur les services publics et privés, destinés notamment aux entreprises. Dans sa définition actuelle, il serait erroné de voir dans Euroméditerranée un concurrent déclaré du projet d'Europôle sur l'immense plateau de l'Arbois. Certes, les deux concepts se superposent dans le domaine du tertiaire supérieur. Mais l'Europôle de l'Arbois, géré, lui, par un syndicat mixte, se veut plus technologique et plus industriel. Avec pour lignes de force principales la santé, la diététique, l'environnement et les high tech, dans la continuité des développements déjà observés autour d'Aix-en-Provence. En fait, c'est plutôt l'ensemble du dispositif constitué par toutes les zones d'activités marseillaises que concurrence l'Arbois. A quoi s'ajoute une rivalité financière. Car les crédits de l'Etat, de la Région et du département, dûment sollicités ne permettront sans doute pas de tout réaliser. Des choix seront nécessaires. Les ambitions devront être assagies. On parle de réduire fortement, au moins dans un premier temps, l'emprise de l'Europôle de l'Arbois, et de lui incorporer la zone contiguè de la Duranne (325hectares), récemment ouverte par Aix-en-Provence. Une solution moins ambitieuse, mais plus raisonnable.







USINE NOUVELLE - N°2439 -

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS