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REGIONMIDI-PYRENEES MET LA RECHERCHE AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT

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MIDI-PYRENEES MET LA RECHERCHE AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT



Toulouse affiche fièrement sa victoire. L'américain Motorola Semiconducteurs n'a-t-il pas choisi la Ville Rose pour y implanter son premier centre de recherche hors des Etats-Unis ? Et n'est-ce pas dans l'unité toulousaine du groupe que commencera prochainement la production du premier capteur chimique développé conjointement par ce centre de recherche et par le plus grand laboratoire du CNRS, le Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (Laas) ? La région Midi-Pyrénées n'en est pas à son premier succès en matière de recherche. Outre le Laas, - dirigé par Alain Costes, le Monsieur Recherche de la région, qui prendra bientôt la présidence de l'Institut national polytechnique - , elle abrite la prestigieuse univer- sité Paul-Sabatier et pas moins de 457 laboratoires publics. Et elle figure au deuxième rang, derrière l'Ile-de-France, pour la recherche-développement sur fonds d'Etat. Côté recherche privée, elle joue aussi un rôle essentiel dans des secteurs de haute technologie, comme l'aéronautique, l'espace ou la chimie-pharmacie. Malheureusement, ce formidable potentiel industriel et scientifique reste aujourd'hui concentré sur quelques sites. Et sur des domaines très dépendants de centres de décision parisiens, voire internationaux. Résultat : la plus grande région de France (8,3 % du territoire national) ne contribue que pour 3 % seulement à la valeur ajoutée de l'industrie en France. Consciente de ce déséquilibre, Midi-Pyrénées ne désarme pas. L'outil est en place. Reste à le mettre au service de l'indispensable diversification du tissu industriel.



UNE RECHERCHE STRUCTUREE, AU SERVICE DE TOUS

La région Midi-Pyrénées bénéficie d'un potentiel de recherche phénoménal. Pour mieux en profiter, collectivités territoriales, scientifiques et industriels ont compris la nécessité de développer, par grands domaines de recherche, de nombreux projets fédérateurs. Au bénéfice de tous, y compris des PME-PMI, trop souvent restées à l'écart.



Près de 8 000 personnes dédiées à la recherche dans l'industrie, plus de 400 laboratoires publics, 4 universités et 16 grandes écoles d'envergure nationale, 110000 étudiants... Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'industrie de Midi-Pyrénées peut s'appuyer sur un très important potentiel de recherche-développement. C'est d'autant plus vrai que les points forts de sa recherche correspondent bien au tissu industriel. Ainsi, 50 % des chercheurs du secteur privé sont liés à l'aéronautique-espace, dont Midi-Pyrénées s'est fait une spécialité avec 17 410 emplois. Mais la remarque vaut aussi pour l'électronique (18 062 emplois), les industries agricoles et alimentaires (21 865 emplois) et la chimie-pharmacie (9 328 emplois). On voit ainsi les synergies potentielles entre enseignement supérieur, recherche publique et industrie. D'ailleurs, le nombre de contrats de recherche signés en 1995 entre entités publiques et industriels de la région est impressionnant : 140 contrats, pour un montant de 40 millions de francs, sont gérés en direct par le CNRS (1 587 personnes) ; 200 contrats, pour 50 millions, par l'université scientifique Paul-Sabatier (UPS, 28 500 étudiants) ; 300 contrats, pour 130 millions, par l'Onera-Cert (400 personnes). Tous les dirigeants politiques le disent : " La recherche est l'atout numéro 1 de Midi-Pyrénées. " Un signe qui ne trompe pas. Avec 58 millions de francs consacrés à la recherche dans son budget, Midi-Pyrénées arrive en tête en France pour cet investissement rapporté au PIB régional. Le chiffre lui-même semblera modeste, mais cet argent vise en priorité à donner une impulsion là où un besoin est jugé prioritaire. Cette politique remonte à 1988. " Nous avons pris conscience que, à côté de notre fort potentiel de recherche publique, la recherche du privé restait comparativement faible. Notre stratégie, dès lors, a été de faciliter les rapprochements ", explique Yves Dupin, directeur des affaires économiques et internationales du conseil régional. Onze pôles thématiques de recherche ont été ainsi définis avec l'aval d'un conseil scientifique de 150 personnes, issues de l'enseignement, de la recherche et de l'industrie. Les dispositifs d'aide ont été de même clarifiés. Elles sont principalement de deux types. Il y a d'abord l'" appel d'offres recherche ". Sur 250 projets émanant des laboratoires, la région en retient finalement 150, qu'elle finance à hauteur de 30 % (soit 30 millions de francs par an). Chaque projet sélectionné, outre sa valeur scientifique et sa viabilité financière, doit afficher une finalité économique claire. Sur les deux tiers des projets retenus, on relève ainsi la présence d'une entreprise " partenaire ". Viennent ensuite les aides à la création de " laboratoires communs ". Un laboratoire et une entreprise au moins collaborent sur des domaines stratégiques, sachant que la région en- gage au total entre 6 et 10 millions de francs sur quatre ans par projet. On en est aujourd'hui à neuf collaborations de ce type. Matra Marconi Space (MMS) et l'Irit travaillent - ou ont travaillé - ainsi sur l'interface hommes-systèmes (au sein d'Aramiihs) ; MMS, Technicatome et le Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (Laas)-CNRS sur l'ingénierie systèmes (LIS) ; Siemens Automotive, le Laas-CNRS, l'INP et l'Insa sur les systèmes automobiles (Mirgas) ; ATG Cygnet, le Laas-CNRS et l'UPS sur le disque optique réinscriptible (Odil) ; Motorola Semiconducteurs et le Laas-CNRS sur les capteurs intégration de puissance (LCIP)... A la suite des recherches menées au sein du LCIP, le nouveau capteur de gaz de l'américain Motorola sortira sous peu des chaînes toulousaines, comme le souligne avec fierté Alain Costes, président de l'Institut national polytechnique (INP) et directeur, jusqu'à la fin décembre, du Laas-CNRS.

Tester la capacité des PMI à collaborer à des projets

Reste à impliquer davantage les PME-PMI, qui, pour les entreprises de moins de 20 salariés, représentent 93 % du tissu midi-pyrénéen. Pour ces dernières, il ne faut pas toujours chercher les réponses dans les grands laboratoires de recherche. Il existe souvent des solutions, plus adaptées aux PME, dans les lycées techniques ou les BTS-DUT, mieux répartis sur l'ensemble du territoire régional. Reste aussi à tester la capacité des entreprises privées, associées à des laboratoires publics, à s'engager sur des projets communs malgré la concurrence qui les oppose. Ainsi, le dernier-né des laboratoires communs, l'Amsa (Amélioration des matériaux structuraux pour l'aéronautique) regroupe cette fois, autour de l'Université Paul-Sabatier, de nombreux partenaires scientifiques (INP, CNRS, Ecole des mines d'Albi et l'Enit de Tarbes) et, autour d'Aérospatiale Aéronautique, plusieurs sous-traitants (Brochier, Rhénalu, Mécaprotec...). " Cette collaboration pilote doit nous permettre de tester la viabilité de tels rapprochements ", précise Yves Dupin. Même finalité pour l'Ierset (Institut européen de recherche sur les systèmes électroniques pour les transports), créé en juin dernier, à l'initiative, notamment, de la CCI de Toulouse. Cette entité, née dans le prolongement du Mirgas, fédère déjà seize entités scientifiques ou industrielles de l'aéronautique, du ferroviaire, de l'automobile et du spatial autour d'une problématique unique : l'électronique embarquée. Il ne s'agit pas là seulement de mettre en commun laboratoires et financements, mais d'abattre les frontières entre acteurs de différentes disciplines. D'ici à la fin de l'année, trois projets seront lancés par l'Ierset ; à voir maintenant s'ils aboutiront. Dans le domaine de la santé, on retrouve aussi cette même volonté d'élargir la démarche. Deux opérations ont ainsi été inscrites au contrat de Plan Etat-Région 1994-1998. La première concerne des recherches sur la pharmacologie et la biologie structurale autour de l'institut Louis-Bugnard (CNRS), installé sur le pôle de Rangueil. La seconde est centrée sur l'immunologie cellulaire et moléculaire, à travers une fédération de recherche (Inserm-CNRS-UPS) au sein du CHU de Purpan. Enfin, l'agroalimentaire, qui reste le premier employeur de Midi-Pyrénées, se devait de disposer d'un porte-drapeau à sa mesure. C'est désormais chose faite avec la création de l'Agrobiopole de Toulouse-Auzeville. Quelque 400 millions de francs de fonds publics vont être au total consacrés à ce projet, qui doit permettre, au moins dans un premier temps, de regrouper un certain nombre d'établissements d'enseignement supérieur en agronomie et de laboratoires publics de la région. En Midi-Pyrénées, on ambitionne, comme partout ailleurs, de faire tomber le maximum de cloisons. Un club régional des affiliés du CNRS, sur la même logique que celui du Laas, serait en gestation.



Ce que représente la recherche dans la région

La région Midi-Pyrénées compte 7 400 chercheurs et consacre près de 9,2 milliards de francs à la recherche.

· Chercheurs du secteur public : 4 355 personnes, quatrième rang en France.

· Chercheurs du secteur public pour 10 000 habitants : 24,6 ; France : 19,1.

· Dépenses de recherche publique : 3 472 millions de francs, soit 8,5 % du total national. La région occupe le quatrième rang en France.

· Chercheurs du secteur privé : 3 070 personnes (équivalent temps plein), quatrième rang en France.

· Chercheurs du secteur privé pour 10 000 habitants : 12,6 ; France : 11,5.

· Dépense de recherche privée : 5 688 millions de francs, soit 5,4 % de la recherche privée française. La région occupe le quatrième rang en France.

· Conventions Cifre (depuis 1981) : 329, soit 5,5 % du total national.

La région occupe le quatrième rang en France.

· Aides Anvar : 136 entreprises, pour un montant de 48,06 millions de francs. La région occupe le onzième rang en France pour le nombre d'entreprises aidées et le septième rang pour le volume des aides.

· Crédit d'impôt-recherche : 220 entreprises en bénéficient, pour un montant de 145,8 millions de francs. La région occupe le sixième rang en France.

· L'industrie dans la région (fin 1994)

131 308 salariés, soit 3,4 % de l'emploi industriel en France (treizième rang en France). Répartition : Ariège (8 067 salariés), Aveyron (14 180 salariés), Haute-Garonne (54 294 salariés), Gers (5 218 salariés), Lot (7 041salariés), Hautes-Pyrénées (9 147salariés), Tarn (24 705 salariés), Tarn-et-Garonne (8 656 salariés). Dans la région, l'industrie assure 27,06 % de l'emploi total (dix-septième rang en France), pour une moyenne nationale de 28,59 %.



USINE NOUVELLE N°2574

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