REGIONLE NORD- PAS-DE-CALAIS MET SA RECHERCHE AU SERVICE DE LA RECONVERSION INDUSTRIELLE

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LE NORD- PAS-DE-CALAIS MET SA RECHERCHE AU SERVICE DE LA RECONVERSION INDUSTRIELLE



Lille ne pavoise pas. Ce n'est pas dans son caractère. Depuis le mois dernier, pourtant, elle est fière de compter un nouveau centre de recherche, l'Institut français de biologie, installé sur le site de l'Institut Pasteur, qui emploiera 300 personnes dès la fin de 1997. Pour une région qui souffre de lacunes importantes en matière scientifique, l'événement est loin d'être anecdotique. Troisième en France par le nombre de ses emplois industriels, le Nord -Pas-de-Calais n'arrive qu'au douzième rang pour le nombre de ses chercheurs et au vingtième pour les dépenses de recherches de ses entreprises ! Consciente qu'une réindustrialisation durable doit s'appuyer sur la recherche, la région met les bouchées doubles. L'ouverture voilà un an du centre de recherches européen de Continental PET à Dunkerque a donné le ton. Tout comme la décision récente du groupe Arbel d'installer 300 ingénieurs et techniciens à Douai. Quant aux PMI, que ce soit dans les secteurs de pointe ou dans les activités les plus traditionnelles, elles jouent un rôle actif dans cette révolution. Par leur dynamisme en matière d'innovation, qui transparaît dans les statistiques de l'Anvar ou du crédit d'impôt- recherche. Et par leur capacité à fédérer des compétences et des initiatives jusqu'ici disparates. Dynamisme, volonté, tout est désormais prêt pour que la région surmonte ses handicaps. Il ne lui reste plus qu'à se battre contre le temps. Les liens entre laboratoires et industrie se multiplient enfin ! Création de clubs, regroupement de laboratoires, aménagement de parcs technologiques : industriels et chercheurs commencent à se mobiliser pour travailler ensemble. Mais, dans une région qui a longtemps négligé le rôle de la recherche dans le développement industriel, le handicap sera long à rattraper. L'aura, l'aura pas ? Depuis plusieurs mois, chercheurs et politiques du Nord - Pas-de-Calais se mobilisent pour obtenir l'installation d'un synchrotron à Villeneuve-d'Ascq, dans le cadre d'un projet baptisé Soleil. La bataille peut sembler anecdotique. Elle marque pourtant l'évolution des mentalités régionales. C'est la première fois, en effet, qu'une action d'une telle ampleur est menée dans la région en faveur d'une implantation scientifique. Longtemps, ici, développement industriel et recherche scientifique ont suivi des voies séparées. Les piliers économiques locaux - mines, métallurgie, textile - partageaient une même indifférence à l'égard de l'innovation scientifique. Tandis que les laboratoires publics, disséminés en 250 entités, peu sollicités, menaient leurs travaux en déconnexion totale du tissu industriel local. En électronique, par exemple, les quelque 150 PMI, en majorité sous-traitantes, n'avaient que peu de contacts avec les laboratoires régionaux, aux compétences pourtant variées : hyperfréquences, supra-conducteurs et capteurs à l'Université de Lille ; ultrasons à celle de Valenciennes ; circuits intégrés et semi-conducteurs à l'Isen, une école d'ingénieurs lilloise. Mais les temps changent. Le gâchis du site de Bull à Villeneuve-d'Ascq (ouvert en 1987, modernisé en 1989, puis fermé en 1993) a sans doute servi de détonateur. Il a montré le danger pour la région d'accueillir des usines de montage alors même que les laboratoires restent en région parisienne. Une problématique qui se retrouve dans l'automobile : avec 38 000 emplois créés depuis le début des années 70, la greffe a incontestablement bien pris. Mais elle n'avait, jusqu'à très récemment, guère contribué à renforcer le potentiel de recherche régional. Curieusement, ce sont les sous-traitants qui montrent la voie. Cofiméta, la division " automobiles " du groupe Arbel, a récemment annoncé la création à Douai d'un centre de recherche et de conception d'outillages pour l'automobile : 300 ingénieurs et techniciens y seront employés. C'est aussi à la demande de plasturgistes devenus équipementiers que le département " polymères " de l'Ecole des mines de Douai travaille sur l'amélioration de l'injection ou sur le comportement thermodynamique des pièces industrielles. Et c'est encore un groupe d'équipementiers du Pas-de-Calais qui prépare, avec la Délégation régionale de la recherche, la création d'un Critt acoustique. Leur objectif : être capables d'offrir aux donneurs d'ordres des sous-ensembles non vibrants. Le mouvement est amorcé. Et il se développe bien au-delà de l'automobile. Depuis deux ans, l'Institut d'électronique et de micro-électronique du Nord (IEMN) fédère à Villeneuve-d'Ascq les trois centres de recherche en électronique. Ce qui leur confère une visibilité nationale et donne aux entreprises un interlocuteur unique. Un club d'électronique, Electropôle, a également été lancé pour rassembler industriels, enseignants et chercheurs. " Nous allons lancer des clubs pionniers dans chaque bassin d'emploi, annonce Jean Evin, son président, pour qu'industriels et chercheurs puissent dialoguer régulièrement. " C'est un même souci qui a présidé à la création du Laboratoire d'électrotechnique et d'électronique de puissance (Leep), éclaté entre trois écoles d'ingénieurs lilloises : HEI, l'Ensam et Centrale. Jusqu'à présent, ces laboratoires répondaient surtout aux besoins de grandes entreprises comme Alcatel Câble, Jeumont ou GEC-Alsthom. Leur concentration apportera aux PMI une offre cohérente leur permettant d'accéder aux technologies maîtrisées par ces laboratoires : laser, micro-ondes, induction.. Même les industries les plus traditionnelles comme le textile (32 000 salariés), ont compris l'importance de l'innovation et du dialogue avec la recherche pour atteindre de nouveaux marchés. L'association Clubtex regroupe ainsi une vingtaine de fabricants de textiles techniques (Caulliez Frères, Tissavel, Dickson Constant...) qui développent des applications allant des tissus sanguins artificiels aux matériaux aéronautiques dans des petits laboratoires internes, et surtout en s'appuyant sur le centre régional de l'Institut textile de France à Villeneuve-d'Ascq.

Utiliser la recherche pour attirer les industriels

Dans le sud de la région, l'industrie des céramiques a décidé de s'appuyer sur la recherche pour se tourner vers des marchés plus porteurs que le bâtiment. Un Critt " céramiques fines " a été créé à Maubeuge pour servir d'interface avec les laboratoires des Universités de Valenciennes et de Lille. Il est également associé dans un GIE européen avec l'Inisma de Mons, en Belgique, le laboratoire créé par les industriels belges de la céramique. Ces collaborations entre laboratoires et industrie peuvent aussi fonctionner dans l'autre sens. Le parc Eurasanté, par exemple, lancé en 1994, mise sur la forte présence de la recherche en biologie-santé (CHU et Institut Pasteur de Lille, établissement de transfusion sanguine) pour développer un secteur médical dans la région. Actuellement, seul Diagast Laboratoire, qui produit des réactifs en hématologie et maladies infectieuses, s'est installé sur la zone. Mais les fruits de cette politique volontariste s'inscrivent dans le long terme. Un autre axe fort s'établit entre l'Institut de recherche sur les maladies du squelette de Berck-sur-Mer et le Critt de Maubeuge. Objectif : développer des biomatériaux dans les domaines du comblement osseux et de la prothèse, en liaison avec les industriels. Les premiers résultats sont mitigés. SH Industries, à Marly, est actuellement parvenu en phase de commercialisation de ses substituts osseux synthétiques. Mais Sofamor, à Berck, entré dans le groupe américain Danek, voit partir son laboratoire de recherche en région parisienne... Preuve que, malgré tous les efforts et les coopérations prometteuses entre laboratoires et PMI, la région aura longtemps du mal à affirmer sa vocation dans la recherche.





Ce que représente la recherche dans la région

Le Nord - Pas-de-Calais compte 3 400 chercheurs et consacre près de 2,2 milliards de francs à la recherche.

· Chercheurs du secteur public : 2 509 personnes ; huitième rang en France.

· Chercheurs du secteur public pour 10 000 habitants : 7,7 ; France : 19,1.

· Dépenses de recherche publique : 787 millions de francs, soit 1,9 % du total national. La région occupe le dixième rang en France.

· Chercheurs du secteur privé : 904 personnes ; douzième rang en France.

· Chercheurs du secteur privé pour 10 000 habitants : 2,3 ; France : 11,5.

· Dépenses de recherche privée : 1 380 millions de francs, soit 1,3 % de la recherche privée française. La région occupe le vingtième rang en France.

· Conventions Cifre (depuis 1981)

236, soit 4 % du total national.

La région occupe le cinquième rang en France.

· Aides Anvar

235 entreprises, pour un montant de 62,4 millions de francs. La région occupe le troisième rang en France pour le nombre d'entreprises aidées et le cinquième rang pour le volume des montants.

· Crédit impôt-recherche

257 entreprises en bénéficient, pour un montant de 109,3 millions de francs. La région occupe le sixième rang en France.

· L'industrie dans la région

281 874 salariés, soit 7,7 % des secteurs industriels nationaux. Nord (188 941), Pas-de-Calais (92 933). Dans la région, l'industrie assure 33,66 % de l'emploi ( troisième rang en France), pour une moyenne nationale de 28,59 %.



USINE NOUVELLE N°2569

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