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L'Usine Maroc

Régionalisation au Maroc : après le cadre institutionnel, puis les élections, les moyens financiers?

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Publié le , mis à jour le

Document La réorganisation territoriale de cette année fait passer le nombre de régions au Maroc de 16 à 12. Après les élections des présidents de région, en septembre voici le temps des choix budgétaires pour la mise en route de la "régionalisation avancée". Dans le PLF 2016, le gouvernement Benkraine prévoit une enveloppe fléchée dédiée aux régions de 370 millions d'euros, soit 2% du budget d'investissement global. Cette réforme intervient alors qu'une récente étude du Haut commissariat au plan pointe les grandes disparité de richesses entre territoires, un travail de fond commence pour les présidents élus des executifs régionaux.

Régionalisation au Maroc : après le cadre institutionnel, puis les élections, les moyens financiers?
La région de Casablanca concentre encore un tiers de la richesse du Maroc.
© Morton 1905 - Flickr - C.C.

C'est lors de la présentation du Projet de loi de finances  2016 à Rabat, le 20 octobre que Mohamed Boussaid ministre de l'Economie en a fait l'annonce : 4 milliards de dirhams soit 370 millions d'euros environ (1000 dirhams=92 euros) vont être consacré en 2016 au développement des régions, via leurs nouveaux conseils régionaux. Un montant représentant 2% d'un budget global du Maroc

Cette annonce intervient dans une année qui voit la mise en œuvre des lois trois organiques sur la "régionalisation avancée" adoptées cet été.

Parmi les principes de cette réforme, le transfert (partiel) du pouvoir exécutif aux instances élues, la mise à disposition aux conseils régionaux d’une administration propre et d’une agence autonome d’exécution des projets ou encore le remplacement de la tutelle de l’Etat par un contrôle administratif a posteriori et le renforcement du pouvoir du juge en matière de contrôle de légalité.

En clair le Maroc s'embarque dans une forme -encore mesurée- de décentralisation

Le montant de 4 milliards de dirhams sera financé par la mobilisation de ressources fiscales de 2 % de l’impôt sur les sociétés, 2 % de l’impôt sur le revenu et 20 % de la taxe sur les conventions d’assurances. En complément, des parts du budget général estimées à 2 milliards de dirhams devraient permettre d'arriver à une enveloppe supérieure à 4 milliards de dirhams.

"Des efforts seront déployés en vue d’accélérer la déconcentration administrative et renforcer les mécanismes de la contractualisation avec la région et les autres collectivités territoriales", a notamment précisé Mohammed Boussaid dans son allocution devant les parlementaires.

Et maintenant ? Les élections régionales et communales du 4 septembre ont vu une redistribution des cartes entre les différents partis politiques.

Le PJD, parti islamiste du chef du gouvernement Adelilah Benkirane en sort renforcé au niveau local, essentiellement à l'échellon des villes. Ce parti dirige même désormais la plupart des grands villes du royaume. Son adversaire, le PAM, proche du palais, a lui confirmé son ancrage dans le monde rural et est de ce fait ressorti gagnant des régionales. Mustapha Bakkoury, son secrétaire général  est même devenu président de l'emblématique région de Casablanca Settat (voir tableau à la fin de cet article).

Depuis ces élections, les régions sont douze et non plus seize, suite à un nouveau découpage administratif, fixé par le décret n°2-15-40 du 20 février fixant leurs dénominations, leurs chefs-lieux ainsi que les préfectures et provinces qui les composent.

Du fait de la réforme institutionnelle, les nouveaux présidents de régions, ont gagné en pouvoir et moyens financiers face aux walis (préfets) représentants l'Etat qui viennent eux aussi d'être totalement renouvellés.  Mais ceux-ci gardent un pouvoir considérable.

Le temps va dont être venu pour les élus d'affronter les réalités du terrain économique et social. Pas forcément facile alors que les disparités demeurent très grandes entre les régions. Et que la réforme institutionelle paradoxalement renforce le poids des régions les plus riches, celle de Casablanca Settat en tête. C'est ce que montre notamment l'étude récente intitulée "Comptes régionaux : Produit intérieur brut et dépenses de consommation finale des ménages 2013" du Haut-commissariat au plan du Maroc (Voir étude complète, ci-dessous).

A noter enfin qu'au budget de 4 milliards de dirhams alloué aux nouveaux conseils régionaux s'ajoute, c'est aussi une innovation du PLF 2016, un fonds d'Etat dédié aux zones rurales défavorisées de 55 milliards de dirhams. La tutellle de ce fonds a fait l'objet d'une passe d'armes politique ces derniers jours entre le chef du Gouvernement Abdelilah Benkirane et son ministre de l'Agriculture Aziz Akhannouch, mais celui devrait en avoir la gestion.

Nasser Djama

Des disparités fortes
1 - Forte concentration de la richesse nationale et croissance disparate
:
Selon le découpage en 12 régions, les deux seules régions de Casablanca-Settat et de Rabat-Salé-Kénitra représentent désormais 48% du PIB national avec respectivement 32,2% et 15,8% du PIB total. En troisième position, Marrakech-Safi arrive avec seulement 9,5% du PIB national devant Fès-Meknès à 9,1% et Tanger-Tétouan-Al Hoceima à 8,9%. C'est la région du sud Ed Dakhla-Oued Ed Dahab dans le sud qui clôt le classement avec 1% du PIB national en 2013. Dans le découpage à 16 régions, il fallait additionner les quatre premières régions pour atteindre 51,4% du PIB total. Et les deux premières régions (à savoir Grand Casablanca et Rabat-Salé-Zemmour-Zaer) représentaient en 2013 une proportion de 35,8% du total. La nouvelle carte régionale accentue donc le poids relatif des régions les plus prospère.

2- Spécialisation des régions en fonction des secteurs d'activité : L'étude du HCP constate une prédominance des activités primaires (agriculture et pêche) dans trois régions, les activités industrielles dans quatre régions et les activités tertiaires dans quatre régions également. Ainsi, la région du Maroc où l'activité primaire est la plus importante est celle de Rabat-Salé-Kénitra avec 18,2% du total 2013 devant Fès-Meknès (14,3%) et Casablanca-Settat (13,9%). Les activités secondaires liées à l'industrie sont l'apanage de Casablanca qui recense 43,1% du total. La deuxième place est occupée par la région Béni-Mellal-Khénifra à 9,6% seulement devant Tanger-Tetouan-Al Hoceima à 9,4%. Quant au secteur tertiaire, la région de Casablanca-Settat occupe encore la première place avec 31,5% du total devant Rabat-Salé-Kénitra (19,5%). Dans le découpage à 16 régions, Souss-Massa-Drâa avait la part la plus importante de l'activité primaire et le Grand Casablanca pour le secondaire et le tertiaire. Dans tous les cas, le fait que Casablanca soit considérée comme la capitale économique du royaume n'est ainsi pas un titre usurpé.

3 - Le PIB par habitant du grand Casablanca est le double du PIB moyen national : Le PIB moyen du Maroc est de 27 356 dirhams. Quatre régions présentent un PIB par habitant supérieur à la moyenne nationale. Il s'agit des régions de Casablanca-Settat (45 117 dirhams), d'Ed Dakhla-Oued ed Dahab (44 221  dirhams), de Lâayoun-Saguia al Hamra (34167 dirhams) et de Rabat-Salé-Kénitra (31462 dirhams). Les autres régions ont par contre un PIB par habitant allant de 16 021 dirhams seulement le plus bas dans la région de Drâa-Tafilalet à 24 874 dirhams dans la région de Guelmim-Oued Noun. Cinq régions contribuent pour 70,6% aux dépenses des ménages avec Casablanca en tête. Dans le découpage à 16 régions ce chiffre était de 55,92%.

 

 

Le panorama économique et politique des nouvelles régions du Maroc

A l'issue des élections régionales du 4 septembre 2015, le PAM (parti proche du palais et actuellement dans l'opposition) avec 5 présidences devance largement les autres partis. Le PJD du chef du gouvernement, le RNI (majorité) et le parti de l'Istiqlal (opposition) se sont adjugés chacun deux régions. Le Mouvement populaire (majorité) dirigera la seule région Fès-Meknès.

Source : compilation L'Usine Nouvelle Maroc. Nb : 1 000 dirhams = 92 euros

Les comptes régionaux 2013 au Maroc selon le HCP

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