Régionales 2015 : la Normandie touche à tout

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Tous les secteurs industriels sont représentés en Normandie, avec un moteur puissant, l’énergie. Mais dans les secteurs de l’industrie traditionnelle, nombre de centres de décision sont situés hors de la région.

Exit La Haute-Normandie, capitale Rouen. Exit la Basse-Normandie, capitale Caen. La Normandie est désormais une et indivisible pour ses 3,3 millions d’habitants (5,2 % de la population de France métropolitaine)… même si la question de la capitale n’est pas entièrement tranchée (lire encadré ci-dessous). Une chose est sûre, la Normandie est une région industrielle. Concentrées sur l’axe Seine, le triangle Rouen-Caen-Le Havre et le Nord Cotentin, les activités industrielles contribuent pour 20 % à la richesse régionale, contre 14 % en moyenne en France métropolitaine.

Le secteur de l’énergie se taille la part du lion dans les investissements engagés ou programmés. La région est grosse productrice d’électricité nucléaire: 17 % de la production nationale avec huit réacteurs sans compter le réacteur EPR de Flamanville en construction. La Normandie, avec trois parcs éoliens à venir au large de Courseulles, Fécamp et Dieppe-Le Tréport, a aussi pris le chemin des énergies marines renouvelables (EMR). Adwen, filiale commune d'Areva et Gamesa, va construire deux usines de pales et nacelles qui produiront les éoliennes 8 megawatts pour le groupement Engie - Adwen et les parcs éoliens de Dieppe-Le Tréport, Saint-Brieuc et Yeu-Noirmoutier.

Autour de ces usines viendront se greffer les fabricants des composants clés que sont les roulements, les génératrices et les boîtes de vitesse. Cherbourg, de son côté, fabriquera des pales et mâts d’éoliennes off shore pour le consortium EDF - Alstom et accueillera un hub d’assemblage pour les parcs de Courseulles et Fécamp. Cherbourg a un autre fer au feu en matière d’EMR, celui de l’énergie des courants de marée. Située en face du raz Blanchard et son potentiel de 5 gigawatts d’énergie hydrolienne, la région de Cherbourg est dans les starting-blocks pour cette filière nouvelle.

"Toutes les touches du clavier industriel sont représentées"

Mais l’énergie n’est pas le seul moteur industriel des Normands."Toutes les touches du clavier industriel se trouvent représentées en Normandie de façon forte et depuis longtemps", analyse Bertrand Tierce, rédacteur en chef de la Chronique de Normandie et fondateur en 1988 du Guide Economique de la Normandie. La région s’appuie sur une filière aéronautique et spatiale qui a su se fédérer au sein de l’association Normandie AeroEspace (108 adhérents), avec particulièrement les moteurs d’Ariane à Snecma Vernon (Eure) ou  les nacelles et inverseurs de poussée de Aircelle au Havre (Seine-Maritime). Normandie AeroEspace, qui a emmené 37 entreprises au salon du Bourget en juin 2015, pousse ses adhérents à "chasser en meute" pour les appels d’offres internationaux.

La Normandie est aussi une région automobile puisqu'elle abrite 9,6 % des salariés français du secteur. Renault est présent à Cléon et Sandouville en Seine-Maritime, PSA à Cormelles-le-Royal et Renault Trucks à Blainville sur Orne dans le Calvados. C’est aussi une région qui compte en matière de production pharmaceutique (avec 10,2 % des salariés français du secteur), avec GSK, Sanofi Pasteur, Janssen ou encore Aspen, en chimie-pétrochimie (Esso, Total…) et en agroalimentaire (Agrial, les Maîtres laitiers du Cotentin, Isigny-Sainte-mère, Danone, Ferrero France, Florette …). La microélectronique est également présente, au travers notamment de la miniaturisation des puces à Caen. L’invention de la puce NFC à à Caen a ouvert la voie au sans contact et au pôle de compétitivité "transactions électroniques sécurisées" (TES)

Premier complexe portuaire français, avec Le Havre, Rouen, Cherbourg et Caen, la région compte aussi à Cherbourg deux fleurons de la construction navale militaire : DCNS (sous-marins nucléaires) et CMN (patrouilleurs). Ce tableau de la Normandie industrielle doit encore être complété avec le pôle mondial de flaconnage de luxe (Glass Vallée) dans la vallée de la Bresle, en Seine-Maritime.

Beaucoup de centres de décision ne sont pas dans la région

"Le fait que tous les secteurs industriels soient représentés constitue une force car cela peut créer des occasions nouvelles de développement", souligne Bertrand Tierce. Le technopôle du Madrillet à Rouen (Seine-Maritime) avait été lancé dans les années 90 pour venir en soutien aux filières automobile et aéronautique. Il a depuis élargi ses champs d’action à l’énergie, aux matériaux et à l’écoconstruction. "Les ingrédients de l’innovation sont présents en Normandie et particulièrement sur l’axe Seine, explique Marc Charlet, directeur général du pôle Mov’eo (380 membres) installé sur Le Madrillet. On a ici un écosystème industriel fort, un réseau d’excellence académique et un soutien des collectivités et de l’Etat. Autrement dit la triple hélice de l’innovation."

Les projets validés par le pôle Mov’eo (automobile et mobilité) concernent à la fois l’électrification des véhicules et la réduction de consommation des moteurs thermiques, les thématiques d’allègement, de véhicule intelligent et autonome et les interfaces avec les autres moyens de transport. Exemple de projet R&D, Starnav vient de mettre au point avec Mov’eo une interface homme-machine qui fait appel aux mouvements de la tête de l’utilisateur; Areelis Technologies a, de son côté, développé un système de refroidissement à faible coût énergétique pour les composants électroniques automobiles.

Ces atouts ne doivent pas faire oublier les défis à relever pour l’avenir, en particulier la capacité de la Normandie à se muscler dans les services à forte valeur ajoutée. Selon Beatrice Picard, responsable d’EcoNormandie, base de données des acteurs économiques normands (groupe Paris Normandie), la faiblesse principale de l’industrie normande est son fort taux de dépendance. "Les centres de décision sont hors de la région en particulier pour la pétrochimie et la chimie, l’industrie pharmaceutique, et l’automobile". Autre défi, la remise à niveau du service ferroviaire. Dans cette région non desservie par le TGV, la question de la fiabilité et du cadencement des trains est un enjeu économique majeur.

Claire Garnier

Rouen et Caen en chiens de faïence

La capitale administrative de la grande Normandie sera Rouen, l’actuelle capitale de Haute-Normandie, la plus grande agglomération du territoire (494 000 habitants) et la seule à avoir le rang de métropole. Caen, l’actuelle capitale de Basse-Normandie, héritera cependant du statut de capitale pour l’éducation avec le rectorat  et pour la santé avec l’Agence régionale de santé. Ce travail d’équilibre, sans doute voulu par Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur et ex-élu de Cherbourg (Basse-Normandie), vise à ne pas concentrer tous les pouvoirs administratifs à Rouen.

Le siège du conseil régional, est quant à lui, l’objet d’une bataille entre les deux principaux candidats aux élections régionales. Le candidat du PS Nicolas Mayer-Rossignol, actuel président de la région Haute-Normandie joue la carte de Rouen. Cette solution a la faveur du gouvernement qui estime rationnel de concentrer dans la même ville la capitale administrative et celle de la région.

Au nom de l’équilibre du territoire, le candidat LR Hervé Morin, député de l’Eure, défend pour sa part la candidature de Caen. Ce choix pose une question pratique, l’actuel siège du conseil régional de Basse-Normandie ne pouvant accueillir, en assemblée plénière, les 102 conseillers de la future assemblée. Celle-ci se tiendrait dans les locaux de l’hôtel d’agglomération de Caen-la-Mer.

 

 

"Est-ce que 1 + 1 fait bien deux !" "La French Tech crée du lien entre Rouen, Le Havre et Caen"

"Une simplification des services de l’Etat en région"


 

Marc Fiolin

Directeur de l'établissement Thales de Rouen Ymare (Seine-Maritime)

Arnaud Muller

Président fondateur de la start-up Creative Data à Rouen

Franck Murray

 PDG d’IPDIA, fabricant à Caen de composants électroniques.

 

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