REFORME FILLON : RETRAITES, LE COMPTE N'Y EST PAS

Le gouvernement mise sur la chute du chômage pour financer le régime général. Un pari risqué. S'il échoue, les entreprises pourraient être appelées à la rescousse.

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A quelques jours de la manifestation du 13 mai contre sa réforme des retraites, François Fillon fait et refait ses comptes. Le ministre des Affaires sociales sait bien qu'il lui faudra lâcher d'ultimes concessions s'il veut rallier à son texte les syndicats les plus modérés, au premier rang desquels la CFDT. L'organisation de François Chérèque attend un geste en faveur des pensions des salariés les plus modestes et de ceux qui ont commencé à travailler tôt. Mais le gouvernement ne pourra pas aller très loin. Car son projet repose sur un pari dont le résultat est bien incertain. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) estime que le besoin de financement du régime général s'élèvera à 15 milliards d'euros par an en 2020, si la croissance du PIB atteint alors 1,3 %. Or, les différentes mesures annoncées, et notamment l'allongement de la durée de cotisation pour tous les salariés à 42 ans en 2020, seront insuffisantes (voir ci-dessus). Au total, il manquerait 10 milliards par an dans les caisses !
Diviser le taux de chômage par deux...
Comment éviter ce tonneau des Danaïdes ? Le ministre des Affaires sociales mise sur une forte reprise de l'emploi qui permettrait un transfert de prélèvements : moins de cotisations chômage et plus de cotisations retraite. Séduisant sur le papier, mais fort hypothétique. Car ce mécanisme repose sur un taux de chômage de 4,5 % d'ici à dix ans, contre 9,3 % aujourd'hui. C'est le scénario retenu par le COR, qui ne cache pas dans ses travaux que cette perspective est volontariste. " Entre l'accélération des départs en retraite à partir de 2005 et le retour de la croissance, ce résultat n'est pas hors de portée. Mais c'est un vrai pari ", relève prudemment Michel Jalmain, secrétaire national de la CFDT et président de l'Unedic. Moins nuancé, Michel Coquillion, secrétaire général adjoint de la CFTC et membre du bureau de l'Unedic, estime qu'il s'agit " d'une projection optimiste. Il faudra une croissance très créatrice en emplois. Qui plus est, la reprise risque de profiter surtout aux plus qualifiés. Beaucoup de demandeurs d'emploi faiblement qualifiés pourraient rester sur le carreau. On se retrouverait alors avec un chômage structurel incompressible de l'ordre de 5 à 6 % ". Et dans ce cas, impossible de toucher aux cotisations. Surtout que le gouvernement ne fera pas ce qu'il veut en la matière. Car l'assurance chômage est gérée par les partenaires sociaux. " Le ministre empiète sur notre domaine, dénonce Michel Coquillion. Il n'y aura de baisse des cotisations que si nous nous mettons d'accord sur ce point. Sauf à envisager une nationalisation de l'Unedic. " " Avant toute réduction, il faudra que le régime d'assurance chômage ait retrouvé l'équilibre et même un solde positif ", ajoute Michel Jalmain. On en est loin : en décembre 2002, les partenaires sociaux ont dû relever les cotisations de 5,8 % à 6,4 % et lancer un emprunt pour résorber un déficit qui atteignait le niveau record de 3,7 milliards d'euros. " La situation ne sera pas assainie avant 2009-2010, prédit Jean-François Veysset, vice-président de la CGPME et de l'Unedic. Et encore, à condition qu'un effort intense soit accompli, avec beaucoup de formation et une limitation des flux migratoires. C'est bien parce que cet objectif sera difficile à atteindre qu'il fallait allonger dès à présent la durée de cotisation. "
... ou prendre d'autres mesures douloureuses
Le système des vases communicants imaginé par François Fillon est donc soumis à une embellie exceptionnelle. Mais si elle est économiquement fragile, cette hypothèse a au moins un sérieux avantage politique : elle permet d'éviter d'annoncer tout de suite d'autres mesures douloureuses. Car si le chômage devait rester au-delà de 4,5 %, la solution de repli pourrait bien être... une augmentation des cotisations. La piste la plus évidente mais délicate à actionner pour le gouvernement Raffarin qui fait de la baisse des charges le moteur de la compétitivité des entreprises. Autre voie de secours : une taxe spécifique sur les stock-options et l'intéressement. Tentant, mais aléatoire car les montants sont très fluctuants. Et le patronat s'y oppose. A défaut, c'est la CSG et la CRDS qui pourraient être relevées. Mais là encore, difficile de faire une telle annonce alors que le président Chirac s'est engagé en faveur de la baisse des impôts. Compte tenu des alternatives, on comprend pourquoi François Fillon préfère miser sur le retour au plein emploi. Patricia Laurent

UNE ÉQUATION DIFFICILE
Les besoins du régime général en 2020 : 15 milliards d'euros.
La potion de François Fillon : 6 milliards d'économies (allongement de la durée de cotisations), mais 1 milliard de dépenses supplémentaires (départs anticipés...).
Reste 10 milliards espérés d'un transfert des cotisations chômage.
Source : COR et ministère des Affaires sociales
L'usine Nouvelle N°2870du 08/05/2003

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