Economie

Réforme des retraites : la révolution reste à faire

Christophe Bys

Publié le

La retraite a 60 ans, c'est fini. Progressivement, l'âge de départ à la retraite et l'âge requis pour percevoir une retraite à taux plein, vont reculer, pour passer à 62 et 67 ans. Le processus commence ce 1er juillet. Seulement pour Jérémie Parlebas, conseiller auprès des seniors, les esprits ne sont pas prêts.

Réforme des retraites : la révolution reste à faire © D. R.

Jérémie Parlebas est responsable pédagogique de Primavita. Cette filiale du groupe Ag2r La mondiale dispense des formations aux seniors et développe un parcours de formation pour les quinquas, issus notamment de tous les secteurs, dans les services, l'administration et l'industrie. De ces rencontres, Jérémie Parlebas tire un constat : les seniors et leurs entreprises n'ont pas encore complètement intégré les conséquences de la réforme des retraites sur leur vie professionnelle. Les salariés espèrent partir avant 60 ans et les sociétés, elles, ne sont pas encore prêtes. La transition risque donc d'être difficile.

L'Usine Nouvelle - A la lumière de votre expérience de formateur de quinquas, les conséquences de la réforme des retraites sont-elles assimilées ?
Jérémie Parlebas - Oui pour ceux que nous voyons en préparation de retraite. L'échéance étant proche, ils savent ce qui les attend. Pour les quinquagénaires, notamment les plus jeunes, la connaissance de leurs droits, leur maîtrise des conséquences de la réforme sur leur situation personnelle sont des plus floues. La semaine dernière, je demandai, comme d'habitude en débutant une formation, combien de temps de vie active il leur restait. Le résultat moyen est une sous-estimation de 6 mois à un an voire plus. Chacun pense qu'il va pouvoir bénéficier d'un départ anticipé pour carrières longues, pénibilité du travail...

Tous les débats sur la réforme ont donc été vains ? Rien n'a changé ?
Une chose nouvelle est apparue depuis quelques mois : ce souhait de partir plus tôt est de plus en plus désenchanté. Les aînés y ont eu droit, ils voient mal pourquoi eux ne le pourrait pas. IL y a une certaine colère, un sentiment que ce n'est pas juste, que les règles du jeu ont changé en cours de route. C'est particulièrement vrai parmi les personnes qui ont fait un travail pénible, qui ont tous leurs trimestres et qui vont devoir continuer malgré tout.

Leurs employeurs savent-ils tracer des perspectives ?
D'abord, les seniors qe je vois viennent souvent à l'initiative de leur entreprise qui veulent les aider à préparer leurs retraites ou leur dernière partie de carrière. Ensuite, il faut voir que le changement a été brutal, il s'est fait en deux ans. En forçant le trait, jusque là pour une entreprise, la politique des âges, c'était de trouver un moyen de faire partir les seniors en fonction des besoins de l'entreprise. D'un seul coup, les préretraites ont été quasi supprimées, puis le gouvernement a obligé les entreprises à signer des accords seniors, en les menaçant d'une pénalité. Elles l'ont fait le mieux possible dans des délais très courts. Mais cela ne constitue pas une politique à destination des seniors. Encore une fois, on ne passe pas comme ça d'un claquement de doigt d'une politique de départ anticipé à des carrières construites sur 40 ans. Après il y a des exceptions, ça dépend des entreprises, des secteurs, de la pyramide des âges.

Quelle perception ont les DRH de la retraite ?
Le mois dernier, l'un d'entre eux m'a demandé s'il pouvait assister à une formation, parce que, m'a-t-il dit, il n'y comprenait rien.

C'est exceptionnel non ?
Ce qui est exceptionnel c'est qu'il ose le dire et qu'il fasse la demande d'assister à la formation. Mais il ne faut pas les blâmer, pour les DRH, la fin de carrière n'était pas un enjeu. Les entreprises n'avaient pas à la gérer. Pour tout dire, certains représentants syndicaux locaux ne s'y connaissent pas plus. Ils étaient très vindicatifs sur la réforme, mais sans maîtriser la technique de la retraite.

Et les cadres ? Aussi fâchés que les autres ?
Ils ont souvent commencé à travailler plus tard, ça change la démarche, ils sont plutôt davantage satisfaits de leur situation. Ce que je vois souvent, c'est l'inquiétude par rapport à l'avenir de leur entreprise, ou de leur métier. Certains sont très inquiets, tout en souhaitant travailler encore longtemps.

Chez les cadres, la question est comment faire pour rester performant, pour être dans le coup alors que l'entreprise, la société ont parfois des valeurs jeunistes. Je pense à un directeur du marketing quinquagénaire qui m'expliquait qu'il ne travaillait qu'avec des gens qui ont au minimum 20 ans de moins que lui. Il avait beaucoup de mal à se projeter au même poste avec quinze années de plus.

Propos recueillis par Christophe Bys
 

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