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Redesignons l’innovation industrielle !

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Redesignons l’innovation industrielle !

Sommaire du dossier

L’innovation est à l’évidence la réponse aux défis actuels de compétitivité et de croissance des entreprises. Mais que signifie innover ? Il n’est pas rare de réduire exclusivement l’innovation à la création de valeur économique via de nouveaux produits, quand on ne la restreint pas simplement à la R&D. En réalité, l’innovation doit aussi être porteuse de sens et d’utilité pour apporter de la valeur à la fois économique, sociale, sociétale et environnementale à l’entreprise et à son écosystème. De cette utilité dépendent pérennité et croissance.

Une pérennité qui doit se construire face à des défis de management de l’innovation de plus en plus complexes. Nouveaux usages, nouveaux entrants, marchés émergents, accélération des cycles de vie produits et services, impact des nouvelles technologies et en particulier du digital, nouveaux "business models"… La complexité impose à l’entreprise de repenser sa capacité à innover, de la "redesigner", pour être plus agile et sortir du "court-termisme" dans lequel elle s’est laissée entraîner et peine à sortir.

Pour y arriver, les dirigeants de l’entreprise doivent d’abord vouloir aller au-delà de l’innovation incrémentale. Ils doivent ensuite s’en donner les moyens, en engageant des démarches d’innovation substantielle et d’innovation de rupture pour repenser à la fois les produits, les services, les processus et les business models.

Oser l’innovation de rupture grâce au design thinking

Le "design thinking" a aujourd’hui apporté la preuve de son efficacité pour accompagner les démarches d’innovation de rupture des entreprises, développer leur performance et assurer leur croissance (Apple avec Steve Jobs et Jonathan Ive, Nintendo et la Wii, Nespresso…). Il bénéficie en outre d’une couverture large lui permettant de s’appliquer à tous les niveaux d’une chaîne de valeur, y compris auprès des acteurs éloignés du client final – un atout pour des cibles B to B. Il permet enfin de construire de nouvelles propositions d’expériences prospectives portées par un écosystème d’acteurs (exemple du projet partenarial Altran-EADS imaginant l’expérience voyageur porte à porte pour l’aéroport du futur).

Le "design thinking" a l’avantage d’être une approche systémique de l’innovation, centrée sur l’utilisateur, qui prend en compte les 3 dimensions essentielles du nouveau produit ou du service : viabilité, faisabilité et désirabilité. Une approche itérative qui réunit autour du designer des équipes multidisciplinaires – bien au-delà de l’ouverture de profils et de spécialités usuellement rassemblées dans les processus d’innovation industriels. Une approche dont la particularité est de s’appuyer sur la divergence, la tentative délibérée d’élargir le champ et l’éventail des options au lieu de le réduire, et qui prend ainsi en compte les contraintes, tout en concrétisant très tôt dans le processus le champ des solutions. Ainsi, intégrer ce processus dans le processus d’innovation industrielle ne peut que développer l’agilité de l’entreprise et accompagner la construction d’une vision stratégique long terme.

Par ailleurs, il existe de nombreux "bénéfices collatéraux", en particulier pour les collaborateurs de l’entreprise. En effet, le "design thinking" porte une dimension de management et de conduite de l’innovation par la "vision cible". Un moyen de décloisonner les silos, de réunir les cultures, les métiers, les générations et de coordonner les forces vives de l’entreprise et de ses partenaires dans une direction commune.

Une nouvelle pensée design encore à acquérir

Face à ces nombreux bénéfices, on ne peut donc que s’étonner de ne pas voir une plus grande systématisation de l’association du design et des designers dès l’amont des processus d’innovation industrielle. Plusieurs raisons à cela.

D’une part, les entreprises demeurent frileuses lorsqu’il s’agit d’investir dans des projets de rupture tels que le sont les projets de "design thinking" où les dimensions métiers et économiques peuvent quelquefois sembler insuffisamment prises en compte, avec des acteurs venant d’un monde perçu comme très éloigné du leur. D’autre part, les "design thinkers" n’occupent que très rarement des postes exécutifs en entreprise, alors qu’ils devraient être partie prenante des décisions stratégiques. Enfin, l’écosystème manque encore de créateurs de liens capables de réunir au sein des projets la diversité d’acteurs nécessaire et de partager les pratiques.

Toutefois les temps changent et le contexte évolue. La démarche économique devient de plus en plus partie intégrante de la pensée design, l’un des meilleurs exemples en étant le succès grandissant de l’approche "Business Model Generation". Les écoles d’ingénieur se rapprochent des écoles de design pour proposer des cursus mixtes. Les processus d’innovation industrielle se structurent, et l’innovation ouverte en devient partie intégrante. Les professionnels des différents métiers apprennent à se connaître et travailler ensemble, à co-investir avec des modèles économiques novateurs dans des démarches porteuses de valeur pour chacun.

Nous avons déjà laissé derrière nous l’ère de l’avoir pour entrer de plein pied dans l’ère de l’être où la réalisation de soi et l’expérience proposée par une marque sont au cœur de nos préoccupations et de nos choix. Gageons que les entreprises investissent l’ère du design pour décupler leurs capacités d’innovation.

Corinne Jouanny
Co-fondatrice et directrice d’Altran Pr[i]me, division d’Altran spécialisée dans conseil en management de l’innovation management

Elle a obtenu son Doctorat à l’Ecole des Mines de Paris en1992. Elle a ensuite rejoint Altran. Jusqu’en 2004 et a conduit de nombreux projets de R&D et de management de la performance et de l’innovation dans différents secteurs : Construction navale, électronique, luxe & cosmétiques, énergie, automobile et aéronautique. Depuis 2004 et la création de Pr[i]me elle a développé avec son équipe, au service du management de l’innovation, des offres d’idéation et de co-création basées sur une approche "design-thinking", de "design to cost" et de modélisation des systèmes complexes. Ces savoir-faire sont mis en œuvre pour définir et conduire des projets clés d’innovation pour les clients d’Altran et ses partenaires. Et ce de manière transverse aux secteurs dans lesquels Altran est présent. Elle a développé avec une équipe Altran et Harvard DEAS la chaire “Innovation in Science and Engineering”, et enseigne également en entreprise des programmes permettant de libérer le potentiel d’innovation.Elle est membre du conseil d’administration de la Fondation Altran pour l’Innovation.

 

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