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L'Usine de l'Energie

Recherche : Quand la chine et la France font labos communs

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Enquête Depuis trente ans, la recherche publique française a mis en place, avec les laboratoires chinois, des collaborations qui vont des sciences fondamentales à l'ingénierie.

On demande chercheurs français parlant chinois... Après trente ans de coopérations avec les laboratoires chinois, la barrière linguistique reste souvent une préoccupation pour les chercheurs français. Une difficulté parmi d'autres, cependant emblématique du choc culturel entre des équipes partageant par ailleurs compétences et connaissances scientifiques. Les Français ont expérimenté toutes les formes de coopération avec leurs collègues chinois : échange de chercheurs, association de laboratoires, montage de projets communs, création d'un laboratoire en Chine. Ce dernier cas est loin d'être la règle, même si quelques réussites font beaucoup pour la visibilité de la coopération scientifique franco-chinoise.

 

Avec qui coopérer ?

L'institut Pasteur de Shanghai, créé en 2004, emploie aujourd'hui 200 personnes. Son effectif devrait passer à 300 d'ici à 2015. Fondé en 1997, le Liama (Laboratoire d'informatique, d'automatique et de mathématiques appliquées), hébergé à Pékin par l'Institut d'automatique de l'Académie des sciences, peut s'enorgueillir d'être le plus ancien laboratoire associé au CNRS en Chine. Récemment, en 2011, c'est au sein même du centre de recherche de Rhodia, à Shanghai, qu'a été installée la première unité mixte internationale (UMI) chinoise du CNRS, consacrée à la chimie verte. « Nous avions déjà près de 30 unités mixtes dans le monde, explique Patrick Nédellec, le directeur du bureau du CNRS en Chine. Dans ce pays, il n'y a pas de statut juridique pour ce type de structure. Installer cette UMI était une manière innovante de procéder .» Des mathématiques au nucléaire, de la physique fondamentale à la médecine, tout le spectre de la recherche scientifique est maintenant couvert par les coopérations franco-chinoises, qui impliquent 2 000 chercheurs des deux pays.

Les raisons d'aller en Chine sont très variées. Il est facile d'opposer l'Institut Pasteur, organisme à but non lucratif, et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Les contacts noués par ce dernier avec la Chine depuis trente ans, et décidés par les États, avaient pour but, selon Daniel Iracane, le directeur adjoint des relations internationales du CEA, de « créer de la compétence dans le nucléaire en Chine pour accompagner la vente de centrales de technologie française ». Mais, quels que soient leur histoire, leur domaine scientifique et leur degré de maturité, les coopérations franco-chinoises posent le même type de problèmes ou du moins les mêmes questions.

La première n'est pas la plus simple : avec qui coopérer ? Les contacts directs entre les chercheurs sont souvent à l'origine des coopérations, surtout dans les sciences fondamentales. Mais la compétence scientifique ne peut, à elle seule, assurer la réussite d'une collaboration sur le long terme. « Beaucoup de grands laboratoires, notamment les "State key laboratories" labellisés par le gouvernement central, sont aujourd'hui dirigés par des Chinois qui ont été directeurs de recherche à l'étranger. Quand on voit ce type de profil à la tête du labo, c'est rassurant sur les chances de réussite d'une collaboration », estime Patrick Nédellec.

 

Sujets de recherche stratégiques

Les Écoles centrales, qui ont ouvert l'École centrale de Pékin en 2005, ont l'avantage d'être déjà sur place. En 2011, elles ont lancé, avec l'université de Beihang, un laboratoire international associé (LIA) sur les sciences de l'ingénierie. Cette structure de gestion de projets coopératifs avec les Écoles centrales françaises est un premier pas vers l'introduction de la recherche dans l'École pékinoise. C'est également un moyen d'identifier les bons partenaires locaux. Car, comme le fait remarquer Francis Leboeuf, le directeur du LIA de l'École centrale de Pékin, « la culture d'ingénieur est relativement récente en Chine, et l'on constate encore des carences sur des objets technologiques complexes, comme des moteurs d'avion ».

Si le niveau scientifique local peut influer sur les thèmes de recherche retenus pour des coopérations franco-chinoises, le choix des sujets de R et D est souvent une question de stratégie. L'Institut Pasteur applique en Chine le même principe que dans le reste de ses 32 instituts à l'étranger. « L'institut de Shanghai se consacre à des recherches en amont, non concurrentielles, et travaille sur des priorités locales », souligne Jérôme Salomon, le directeur des relations internationales de l'Institut Pasteur. Parmi les thèmes étudiés à Shanghai : le VIH, les hépatites virales, les infections virales respiratoires... Le CEA, mis à part des collaborations ponctuelles de laboratoires ou de chercheurs sur des sujets de science fondamentale, se focalise sur des sujets comme la sûreté ou la gestion des déchets, toujours dans l'idée de préparer le marché pour l'industrie nucléaire française. Dans le même esprit, l'Ifcen (Institut de formation franco-chinois de l'énergie nucléaire), implanté depuis 2010 sur le campus de Zhurai, à 150 km de Canton, vise à former, « à la française », une centaine d'ingénieurs chinois par an. Il est envisagé d'y associer une activité de recherche. Quant au laboratoire E2P2L, créé à Shanghai par Rhodia et le CNRS avec l'East China normal university, et qui fait travailler en un même lieu des chercheurs chinois et français, l'une des clés de sa réussite réside dans le recrutement. Et dans l'intégration dans le tissu local. Sur ce point, l'Institut Pasteur, une structure originale pilotée conjointement par l'Institut, l'Académie des sciences de Chine et le gouvernement de Shanghai, se distingue en employant une majorité de Chinois. « La Chine voulait cet institut, et l'Académie des sciences le considère comme l'un de ses instituts : ils se le sont approprié », va jusqu'à dire Jérôme Salomon. La situation est bien différente pour tous les laboratoires associés, qui s'efforcent d'établir des liens étroits et productifs... à distance. « Le LIA gère et finance les missions, afin de favoriser les contacts entre chercheurs, mais pas les équipements ni les personnels », précise Francis Leboeuf, de l'École centrale. En revanche le label LIA peut aider les laboratoires à obtenir des subventions de l'Agence nationale de recherche (ANR) et de son équivalent en Chine. Intéresser des entreprises aux activités du laboratoire associé est aussi un moyen d'assurer sa pérennité. C'est l'un des objectifs du LIA des Écoles centrales pour 2013. Des contacts ont été établis avec PSA, Safran... en attendant des entreprises chinoises.

 

Préserver la propriété intellectuelle

S'il est conseillé de ne pas faire l'impasse sur certaines spécificités de la recherche « à la chinoise » - son goût pour les voies hiérarchiques, par exemple -, il est un point, en revanche, qu'il faut s'interdire de négliger : la propriété intellectuelle. « Dans un contexte qui reste en pleine évolution, nous croyons fermement que la meilleure arme est de breveter tout ce qu'on invente en Chine, affirme Floryan De Campo, de l'UMI Rhodia-CNRS. D'autant plus qu'étant une structure mixte avec le CNRS, nous avons l'engagement de laisser les chercheurs publier .» Mais la loi chinoise et les comportements de certains acteurs incitent à la prudence. « La difficulté de gestion de la propriété intellectuelle en Chine est l'une des raisons pour lesquelles nous avons d'abord créé un laboratoire associé et pas un "vrai" laboratoire sur place », indique Francis Leboeuf.

En fait, si la question doit systématiquement être posée pour chaque projet de recherche, la réponse dépend des secteurs. Même sur des sujets de recherche fondamentale, le CEA estime qu'il faut signer des accords en ce sens avec ses partenaires chinois. S'il s'agit du nucléaire, le sujet est traité au plus haut niveau de l'État. « Il faut être vigilant et investir pour garder notre avance », souligne Daniel Iracane. Mais selon l'organisme, le secteur des énergies renouvelables est le plus délicat : la technologie change vite, la compétition est importante. Et le CEA, dans ce domaine, ne peut plus compter sur son avance. D'ailleurs, dans la recherche comme dans l'ingénierie, la supposée avance d'un laboratoire par rapport à ses partenaires chinois risque d'être éphémère. « Il faudra du temps pour que la Chine soit en position de leader en sciences fondamentales. Mais la question essentielle est : quand ? », insiste Daniel Iracane. Pour le responsable du CEA, il faut s'attendre à ce que le coeur d'activité de la recherche mondiale s'élargisse à la Chine, par exemple sous la forme de grandes infrastructures de recherche comme les accélérateurs de particules.

LA RECHERCHE FRANCO-CHINOISE EN CHIFFRES

  • 331 laboratoires impliqués (186 français, 145 chinois)
  • Plus de 2 000 chercheurs
  • 721 copublications CNRS-laboratoires chinois en 2008 (194 en 1999)

 

Le CNRS et Rhodia associés pour la chimie verte

Installé dans le centre de recherche de Rhodia à Shanghai (qui regroupe 120 personnes), l'E2P2L (Eco-efficient products and processes laboratory) est la première unité mixte de recherche internationale (UMI) du CNRS en Chine. Lancée en 2011, l'unité accueille aujourd'hui une quinzaine de chercheurs permanents, auxquels s'ajoutent des post-doc et des stagiaires. Elle se focalise sur la chimie verte, axant notamment sa recherche sur les molécules « vertes » pour la synthèse de bioplastiques, les surfactants d'origine naturelle, les procédés éco-efficaces... C'est la quatrième unité mixte Rhodia-CNRS (il y en a deux en France, une aux États-Unis). La moitié des chercheurs de l'E2P2L sont chinois. Ils ont été recrutés sur des critères très précis. « Nous voulions des chercheurs qui aient le goût de l'industrie, avec une expérience à l'international afin de faciliter l'intégration des équipes », précise Floryan De Campo, 39 ans, qui dirige l'E2P2L. Laboratoire de type académique, mais présent sur le site d'un industriel, l'E2P2L possède ses propres locaux. Ses projets, qui se situent relativement en « amont », lui permettent une certaine ouverture. Certains projets plus sensibles peuvent toutefois être segmentés afin de fermer l'accès à une partie des informations.

L'Europe, partenaire de choix

La coopération scientifique entre l'Union européenne et Beijing est une longue histoire. En 1998, l'UE et la Chine ont signé un accord-cadre, renouvelé tous les cinq ans. Les collaborations s'avèrent assez nombreuses : participation au FP7 (programme de R et D de l'UE), projets communs (environnement, énergie, sécurité alimentaire...) ou coopérations internationales de type Iter. « Au sein du FP7, la Chine est notre troisième partenaire, après les États-Unis et la Russie. Plus de 300 entités chinoises sont impliquées », indique Philippe Vialatte, de la délégation de l'UE en Chine. Initiés en 2010, les projets conjoints peinent à décoller pour des raisons administratives. Parmi ceux déjà lancés, on peut citer les projets aéronautiques Mars, Grain ou Colts. Le 20 septembre, le principe d'un « dialogue » annuel entre Beijing et Bruxelles a été acté par la Commissaire européenne chargée de la Recherche, Máire Geoghegan-Quinn, et le ministre chinois de la Science, Wan Gang, lors du sommet Europe-Chine (photo). Des réseaux (Euraxess, ChinaAccess4EU...) informent par ailleurs les chercheurs sur les coopérations possibles.

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