Rapport Gallois : différents camps au sein du gouvernement pour booster la compétitivité

Le rapport de Louis Gallois va-t-il être enterré avant même d’avoir été remis officiellement ? La seule phrase de François Hollande sur ce rapport qui "engage son auteur"  laisse le doute s'installer. D'autant qu'au sein de l’exécutif, plusieurs camps s’affrontent sur l’opportunité de baisser les charges sociales des entreprises.

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Rapport Gallois : différents camps au sein du gouvernement pour booster la compétitivité

Ces derniers jours, le gouvernement a multiplié les prises de distance par rapport aux conclusions du rapport Gallois, qui devrait réclamer un choc de compétitivité de 30 milliards d’euros. "C’est un rapport qui engage son auteur, qui n’engage pas le gouvernement, pas le président de la république", a minimisé François Hollande vendredi.

La nécessité de baisser les charges sociales des entreprises pour améliorer leur compétitivité fait débat au sein de l’exécutif. Le transfert d’une partie du financement de la protection sociale pesant sur le travail vers d’autres impôts était pourtant l’une des promesses de François Hollande lors de la grande conférence sociale de juillet. Mais le rythme, l’ampleur et la modalité du transfert divisent le gouvernement.

Début octobre, l’Elysée a laissé fuiter dans la presse un premier projet, prévoyant une baisse des charges sociales de 8 à 10 milliards d’euros par an sur tout le quinquennat. Avec 40 milliards d’euros, ce schéma se situe dans la fourchette "haute" de ce que réclament les industriels. Et en étalant la mesure, l’Elysée entend ne pas trop pénaliser la consommation des ménages, déjà en mauvaise posture, par une hausse trop brutale des prélèvements.

Sur ce sujet, Matignon se montre beaucoup plus prudent. Lors de son premier déplacement sur le thème de la compétitivité, le 15 octobre à Nantes, le Premier ministre a insisté sur l’importance de la compétitivité hors-coût. "Le coût du travail n’est pas tabou mais ce n’est pas l’alpha et l’omega du rétablissement de la compétitivité", juge-t-on dans l’entourage du Premier ministre.

Matignon estime en effet que l’Allemagne a réussi à rétablir sa compétitivité dans les années 2000 grâce à ses réformes structurelles, notamment avec les différentes lois Hartz et que la baisse des cotisations sociales, accordée en 2007, n’a été qu’une "cerise sur le gâteau". "Si on ne fait qu’un choc de compétitivité sans réformes structurelles, on va se planter", s’inquiète un conseiller.

L’autre crainte de Matignon est qu’une baisse des charges générales conduisent les entreprises à répercuter ce coup de pouce en hausse de salaires ou pire en augmentation des dividendes pour les actionnaires, sans renforcer leurs investissements. Ce qui annulerait le cercle vertueux prôné par les partisans du "choc de compétitivité".

D'autres options circulent

L’idée d’un choc de compétitivité ne fait pas l’unanimité non plus entre les ministres. Marisol Touraine, la ministre de la santé y est opposée. "Un choc serait risqué pour la croissance et mauvais pour le pouvoir d'achat", a-t-elle évacué dimanche, jugeant que l’industrie souffrait essentiellement d’un déficit de compétitivité hors-coût.

Désireux de soutenir surtout les entreprises industrielles, qui sont les plus exposées à la concurrence internationale, Arnaud Montebourg plaide pour une baisse des charges sociales conditionnées à la réalisation d’investissements productifs. Une stratégie de "donnant-donnant" jugée trop complexe et trop pro-cyclique aux yeux de Matignon.

Pour cibler vers l’investissement le "choc de compétitivité", d’autres options circulent. Le cabinet de Michel Sapin défend une baisse de l’impôt sur les sociétés, conditionnées à l’investissement des entreprises, plus facile à mettre en place.

Le ministre de l’économie Pierre Moscovici a dégainé une autre option. Ses services privilégieraient une nouvelle réduction des charges sociales sur les bas salaires, inférieurs à 1,6 SMIC. Une mesure qui a un avantage : doper l’emploi à court terme. Mais elle concernerait très peu l’industrie, dont les salaires sont en moyenne plus élevés que dans les secteurs des services et joue peu sur la compétitivité.

Surtout, les bas salaires bénéficient déjà d’allègements importants. Lors de son audition par les membres de la conférence nationale de l’industrie, Louis Gallois avait d’ailleurs défendu un ciblage des allègements de charges sur les plus hauts salaires. Une position que défend aussi le ministre du redressement productif.

Les deux réunions de travail prévues par Matignon, ce lundi après-midi sur la compétitivité hors-coût et vendredi sur la compétitivité coût ne seront pas de trop pour déminer le sujet avec le grand séminaire intergouvernemental, prévu le 6 novembre.

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