Rapport du GIEC : Les options de l'énergie, de l'industrie et des transports pour limiter le réchauffement climatique

Le GIEC a publié le 4 avril le troisième et dernier volet de son rapport d'évaluation sur l'évolution du climat consacré aux mesures d'atténuation du phénomène. La mise en place des options existantes permettrait de réduire les émissions actuelles de moitié d'ici 2030.

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Rapport du GIEC : Les options de l'énergie, de l'industrie et des transports pour limiter le réchauffement climatique
Climeworks développe une technologie de captage direct dans l'air, évoquée par le rapport du GIEC pour atteindre la neutralité carbone. Sur la photo, son projet ORCA, en Islande.

Des solutions existent pour limiter le réchauffement climatique, et les industries ont un rôle important à jouer. Publié lundi 4 avril, le troisième et dernier volet du sixième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) se concentre sur les mesures (politiques, technologiques, financières, comportementales) à mettre en œuvre de toute urgence, dans tous les secteurs et à tous les échelons, pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

« Les options portent sur la transformation de l’offre, mais aussi sur la transformation de la demande », souligne Céline Guivarch, autrice principale du rapport et directrice de recherche au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED). « La réponse n’est pas seulement technologique », insiste Franck Lecocq, co-auteur du sixième rapport du GIEC, ingénieur en chef des Ponts, des eaux et des forêts et directeur du CIRED.

Rédigé par 278 scientifiques de 65 pays sur la base de l’analyse de 18 000 articles scientifiques, c’est le dernier chapitre qui complète la trilogie du rapport du GIEC : le premier opus, paru en août 2021, dresse l’état des lieux scientifique du réchauffement climatique. Le deuxième, publié en février, décrit les conséquences dramatiques du phénomène sur la population et les écosystèmes.

Sortir des énergies fossiles

La première urgence consiste à décarboner le secteur de l’énergie, dont le rôle est central à double titre. D’abord parce qu’il pèse, à lui seul, pour un tiers des émissions mondiales. Ensuite parce que son niveau de décarbonation détermine celui de tout un ensemble d’autres domaines, parmi lesquels l’industrie et les transports.

Sans surprises, la transformation du mix énergétique mondial passe par une sortie rapide de l’ère des énergies fossiles. « Si l’on suppose que les centrales électriques au gaz, au charbon et au fuel déjà installées ainsi que les projets avancés émettent durant toute leur durée de vie, nous aurons émis à peu près autant que le budget carbone dont on dispose pour rester sous la barre des 2°C de réchauffement, contextualise Franck Lecocq. A fortiori, toute nouvelle construction rend encore plus difficile l’atteinte des objectifs climatiques », poursuit-il.

Le secteur de l’énergie doit ainsi procéder à une électrification d’envergure, améliorer le rendement énergétique et user de carburants de substitution (tels que l’hydrogène). Le GIEC souligne que la chute des coûts « de technologies clefs » comme l’éolien ou le solaire a permis d’accélérer leur déploiement : depuis 2010, le coût des panneaux solaires a baissé de 85% et celui des éoliennes de 55%.

Des solutions existent pour l’industrie et le transport

Le secteur industriel – responsable d’environ un quart des émissions mondiales en 2019 – bénéficiera de la décarbonation du secteur de l’énergie, mais devra également s’appuyer sur d’autres leviers. Réduire ses émissions passe par l’utilisation de matériaux plus efficaces, leur recyclage et par une réduction des rebuts industriels au strict minimum.

L’amélioration de l’efficacité énergétique et, quand c’est possible, l’installation de nouveaux procédés industriels moins carbonés sont également évoqués par le GIEC. Le rapport parle par exemple du procédé de réduction directe du minerai de fer à l'hydrogène vert (Direct reduction hydrogen, DRI) pour le secteur de l’acier, ou bien de l’électrification de certaines étapes de production (chauffage thermoélectrique, pompes thermiques). Pour les secteurs les plus difficiles à décarboner, comme la production de ciment, le GIEC évoque « des matériaux de substitution au ciment déjà commercialisées, ainsi que les technologies existantes de captage-stockage de carbone ».

Côté transports, qui comptent pour 15 % des émissions mondiales de 2019, le GIEC affirme que les véhicules électriques « offrent le potentiel de décarbonation le plus important dans le transport routier à condition d’être rechargés par de l’électricité bas carbone ». Les coûts des batteries lithium-ion se sont d’ailleurs effondrés de l’ordre de 85 % depuis 2010. À court-moyen terme, les agrocarburants représentent un complément de décarbonation pour le transport de marchandise, de l’aviation ou des transports lourd, est-il pointé dans le rapport. À plus long terme, l’hydrogène bas carbone et ses dérivés (comme les électro-carburants) pourraient jouer un rôle dans la limitation des émissions du transport routier « mais nécessitent des procédés de fabrication optimisés et des réductions de coûts ».

Jouer sur la demande

Mais le déploiement des technologies bas-carbone ne suffira pas pour atteindre l’objectif de neutralité carbone. « Dans l’industrie par exemple, la limitation des émissions demande une réorganisation des chaînes de valeurs (approvisionnement, recyclage, etc.). La réponse dépasse les seules équipes de R&D » insiste Franck Lecocq.

Pour la première fois, le rapport inclut ainsi un chapitre consacré à la demande et aux usages. « Il y a un potentiel très important sur l’aspect demande : on parle de 40 à 70 % de réduction des émissions à horizon 2050 par rapport à l’année 2019 », raconte le directeur du CIRED. Le rapport souligne notamment l’importance de l’existence d’infrastructures pour accompagner les choix individuels. « Il faut adopter une vision systémique. Pour pouvoir prendre le vélo par exemple, il faut qu’il y ait des pistes cyclables et que les gens vivent à proximité de leur lieu de travail., explique Nadia Maïzi, autrice principale du chapitre sur la demande et professeure et directrice de laboratoire à Mines Paris – PSL. Il est donc important que les politiques publiques accompagnent ces changements. »

La mise en place des technologies existantes ou proches de la commercialisation, accompagnée par des politiques publiques qui prennent en compte les usages, « permettrait déjà de réduire de moitié les émissions d'ici 2030 par rapport au niveau de 2019 », indique Céline Guivarch. En revanche, pour atteindre la neutralité carbone à horizon 2050 ou 2070, qui nécessite d'abattre l'ensemble des émissions, y compris les plus incompressibles, toutes les technologies ne sont pas encore sur étagère : le GIEC évoque une combinaison de technologies pour compenser les émissions de carbone soit par reforestation, soit via des technologies de captage directe dans l'air puis sa séquestration dans le sol (DACS), encore embryonnaires.

Accélérer les efforts

Mais pour l’heure, « le monde n’est pas sur la bonne trajectoire pour limiter le changement climatique et éviter ses effets les plus graves », alerte Céline Guivarch. La croissance des émissions mondiales de GES a atteint un record historique en 2019, à savoir une augmentation de 12 % par rapport à l’année 2010 et de 54% par rapport à 1990. Si les trajectoires actuelles se poursuivent, le monde se dirige vers un réchauffement moyen de +3,2°C à la fin du siècle.

La fenêtre est pourtant très étroite pour changer le tir. Rester sous la barre des 1,5°C implique d’atteindre le pic des émissions de gaz à effet de serre au plus tard… en 2025. Puis diminuer de 43 % d’ici à 2030, dont un tiers environ concernant le méthane. « Des mesures immédiates et ambitieuses dans tous les secteurs et à tous les échelons doivent être prises pour réduire rapidement les émissions de GES », insiste Mme Guivarch.

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