Quotidien des Usines

Raffineries en grève : le coup de gueule de l'industriel de la chimie

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Gilles Grenier, le patron de l’usine du chimiste Novapex, est en colère. Son entreprise iséroise de 120 salariés et 350 millions d’euros de chiffre d’affaires par an ne peut plus honorer les commandes de ses clients, faut d’approvisionnement en benzène et propylène.

Raffineries en grève : le coup de gueule de l'industriel de la chimie

Pourquoi votre activité est-elle bloquée aujourd’hui ?

Nous sommes fournisseurs de l'industrie européenne en grands produits chimiques. Notre site compte deux étapes industrielles de production. A partir du benzène et du propylène, nous fabriquons du cumène : ce produit est à son tour transformé en acétone et en phénol, que nous livrons aux grands leaders chimistes européens (Arkéma, Rhodia, BASF, NDLR) pour leur fabrication de matières plastiques et d’analgésiques.

Problème : le benzène et le propylène nous sont livrés depuis les vapocraqueurs sur les sites de Fos sur Mer et de Lavéra sur l’étang de Berre. Nous dépendons d’une logistique fluviale : les produits pétrochimiques nous sont livrés par barges. Or c’est la troisième semaine que les ports de Marseille sont bloqués par la grève ! La barge qui devait arriver a été bloquée, puis remontée à vide… Nous nous démenons pour trouver des solutions alternatives afin d’honorer notre carnet de commandes.

Comment faites-vous face à ce blocage ?

Nous avons baissé les cadences de moitié : nous tournons à moins de 50% du niveau voulu de production depuis de longues journées. En-dessous d’un certain minimum technique, nous serons obligés d’arrêter l’installation. Dès lors, nous nous battons pour que nos clients situés en Europe de l’Ouest, et en particulier Allemagne, au Bénelux, en Suisse, et en Italie, ne soient pas pénalisés à leur tour dans leur activité.

Pour être livrés, nous nous sommes tournés vers le rail, englué pour l’instant par la mobilisation sociale. La route n’est pas non plus une solution idéale, même si je ne crois pas trop à la pénurie de carburant du fait des raffineries en grève : la France dispose de réserves stratégiques.

Aujourd’hui, nous faisons l’impossible et je ne regarde pas à la dépense : pour livrer nos clients, nous achetons du cumène voire même directement du phénol que nous faisons venir des quatre coins de l’Europe, une Europe très élargie. Cela implique des efforts logistiques coûteux qui relèvent de la prouesse : des citernes parcourent parfois 1500 km pour nous permettre de sauver quelques tonnes !  Nos clients nous font confiance, mais nous subissons une pression très forte pour pouvoir les livrer.

La mobilisation sociale vous exaspère ?

Je sors précisément d’une réunion de crise avec mon équipe pour pouvoir vous répondre. La chimie sort d’une période noire,  2008-2009 a été très difficile pour l’ensemble du secteur.

Pour sauver nos emplois, nous avons fait le choix audacieux d’investir en pleine crise afin de lancer une nouvelle unité de production d’alcool isopropylique  (que l’on retrouve dans les solutions hydro-alcooliques popularisées par l’épidémie de grippe A ou dans les lave-glaces) pour valoriser nos surplus d’acétone.

En pleine année de reprise, alors que notre carnet de commande est à nouveau garni, ce blocage est un poignard dans le dos. C’est désoeuvrant, à cause d’une minorité de 200 personnes n’ayant aucune conscience économique, de ne pas pouvoir livrer nos clients.
 

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