Raffarin : Prudence ou immobilisme ?

S'il a raison de se donner le temps pour déminer le terrain, Jean-Pierre Raffarin doit aussi savoir qu'il aura, comme toujours dans ce cas-là, une épreuve de force à accepter.

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« On ne s'arrête pas. On ne recule pas. On avance [...] en essayant d'emporter l'adhésion [...], en faisant en sorte de ne pas bloquer la société. » Jean-Pierre Raffarin, cinq mois après son arrivée à Matignon, fait le dos rond face à tous ceux qui déplorent l'absence de véritables réformes. Avec un budget qui a remis à plus tard les décisions difficiles, le Premier ministre affecte ne pas entendre les critiques, qu'elles viennent de Bruxelles qui menace, de la Banque centrale européenne qui déplore... ou des entreprises qui, conduites par le Medef, bougonnent.

Jusqu'où faut-il s'inquiéter du train de sénateur donné à la démarche réformatrice d'un gouvernement pourtant assuré d'une écrasante majorité parlementaire ? Le tandem Chirac-Raffarin est-il en train de perdre la bataille avant même de l'avoir engagée ?

Même s'il se défend d'être « psychosé » par les grandes grèves Juppé de décembre 1995, Jean-Pierre Raffarin a bel et bien choisi de prendre son temps, d'autant que les dérives des années Jospin pendant les années de croissance ne lui ont pas préparé le terrain. Cette stratégie a un risque : qu'il ait en quelques mois épuisé toute marge de manœuvre et soit alors, comme son prédécesseur Alain Juppé à l'automne 1995, un jour acculé à changer de cap dans l'urgence.

A son corps défendant, il faut reconnaître que la baisse des impôts et la hausse des budgets alloués à la police, à la justice et aux forces armées étaient politiquement inévitables. Il fallait bien honorer les promesses du candidat Chirac et aussi tenir compte du climat d'insécurité tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières.

Mais, à moins de provoquer délibérément une crise grave avec Bruxelles, Paris est allé au bout du laxisme budgétaire permis. En décidant unilatéralement d'augmenter le Smic sur trois ans, Jean-Pierre Raffarin a également épuisé son crédit auprès des entreprises, qui savent bien que ce sont les hausses de cotisations sociales induites directement ou indirectement par cette harmonisation du Smic qui financera in fine les baisses de charges promises par le gouvernement.

On saura dans les prochains mois si les gages donnés ainsi aux électeurs et aux syndicats ouvriront la voie à l'émergence du consensus minimum sur les réformes que recherche l'équipe gouvernementale. Les chantiers ne vont en effet pas manquer. Il y a d'abord la réforme du statut d'EdF et de GdF, qui devra trouver une solution à l'épineux problème du financement des retraites des agents de ces deux entreprises. Un chantier qui pourrait servir de test à celui qui devrait être celui du quinquennat : la réforme du régime général des retraites toujours évoquée et aussitôt remise aux calendes grecques depuis deux septennats. Sans oublier la baisse du train de vie de l'Etat, que seule une vraie décrue du nombre de fonctionnaires permettra.

S'il a raison de se donner le temps pour déminer le terrain, Jean-Pierre Raffarin doit aussi savoir qu'il aura, comme toujours dans ce cas-là, une épreuve de force à accepter. La manifestation monstre organisée par les syndicats autour de la défense du service public, ce jeudi 3 octobre à Paris, le lui aura au besoin rappelé.

Jean-Léon Vandoorne

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