Rachat d’Alstom : le bras de fer se poursuit entre Patrick Kron et Arnaud Montebourg

Auditionnés successivement par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée Nationale mardi 20 mai, le PDG d’Alstom et le ministre de l’Economie se sont livrés à une passe d’armes au sujet du rachat du pôle énergie d’Alstom. Chacun reste sur ses positions, tandis que Siemens poursuit son audit d’Alstom.

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Rachat d’Alstom : le bras de fer se poursuit entre Patrick Kron et Arnaud Montebourg

Ils se sont succédé sans se croiser. Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie en premier, Patrick Kron, le PDG d’Alstom à sa suite. Les deux hommes ont été auditionnés mardi 20 mai au soir par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée Nationale au sujet du rachat de la branche énergie d’Alstom. Le ministre a d’emblée taclé le PDG. Rappelant que Maurice Lévy, pour la fusion de son groupe Publicis avec Omnicom, ou Bruno Lafont, pour le mariage de Lafarge avec Holcim, avaient prévenu le gouvernement de leur projet, Arnaud Montebourg a souligné qu’il y a "une tradition de travail, de coopération avec le gouvernement, en confiance".

Confidentialité contre confiance

Dans le cas du projet d’Alstom avec GE, "le gouvernement s’est retrouvé placé devant un fait accompli". Et ce alors que "Patrick Kron, je le vois beaucoup parce qu’il me demande toujours de l’aide, pour vendre ses TGV à la SNCF, des diesel de secours à EDF […] On est ensemble toute l’année sauf au moment crucial ! Il y a un problème."

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Patrick Kron s’est défendu en arguant qu’il n’avait pas eu le temps de prévenir le gouvernement : "Entre le moment où j’ai pris conscience qu’un accord était possible et la fuite de Bloomberg, il s’est passé quelques heures". Et avant ce moment, "une confidentialité absolue était nécessaire", a martelé le dirigeant. Notamment parce que dans le secteur de l’énergie, les clients s’engagent sur des contrats de long terme et ne supportent pas l’incertitude : "Dans notre cas, quand il y a le moindre doute sur Alstom, les clients arrêtent d’acheter et vont chez le concurrent".

GE, une "excellente option" pour Patrick Kron

Les deux hommes ont campé sur leurs positions. Patrick Kron l’a répété : "La poursuite d’une démarche autonome est devenue périlleuse pour les activités d’Alstom dans l’énergie […] L’offre de General Electric est une excellente option pour garantir l’avenir d’Alstom, de ses sites et de ses salariés" car elle dote le pôle énergie d’Alstom d’une taille critique indispensable aujourd’hui". Quant à ce qui restera d’Alstom, sa partie transport : "Je n’ai aucun souci sur la viabilité de cette activité", a martelé le PDG.

Arnaud Montebourg ne l’entend pas de cette oreille. Sa première objection porte sur les turbines pour le nucléaire d’Alstom et le risque associé de perte de la souveraineté dans l’énergie de la France. "GE dit : on peut faire un détourage des activités et vous laisser le nucléaire… Mais à qui ?, s’est interrogé le ministre. A EDF ? A Areva ? Ce n’est pas leur métier. […] Il n’y a pas d’autre industriel français qu’Alstom pour assurer le rayonnement de cette technologie." Le renforcement d’Alstom Transport est l’autre préoccupation d’Arnaud Montebourg, qui a réitéré son souhait de voir GE apporter l’ensemble de ses activités ferroviaires à Alstom : "Nous voulons des alliances, pas un dépeçage."

Avec Siemens, "une alliance" pour Arnaud Montebourg

Et le ministre de mettre Siemens en avant : "Siemens a écrit ce matin à Alstom pour préciser les axes d’une alliance." Avec les propositions de l’allemand, qui envisage d’apporter la quasi-totalité de son activité transport à Alstom, "on peut espérer qu’Alstom sera renforcé", a estimé le ministre. Siemens semble aussi satisfaire à sa préoccupation concernant le nucléaire. L’activité de l’allemand dans la maintenance de l’EPR finlandais, avec Areva, rassure Arnaud Montebourg quant à la pérennité des turbines d’Alstom.

Pour le ministre, les précisions supplémentaires demandées par Siemens dans sa lettre ont "le but évidemment, de développer certainement une proposition". Et d’ajouter : "Nous avons compris cette détermination comme étant constante, sérieuse, appliquée." Les partisans de GE comme de Siemens sont bien établis. Reste à Siemens à déposer son offre ferme. Le match pourra alors se jouer sur le terrain du conseil d’administration d’Alstom, qui a prévu de se réunir avant la fin du mois.

Manuel Moragues

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