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Quitter une ONG pour rejoindre une entreprise : ils ont franchi le Rubicon

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Quitter une ONG pour rejoindre une grande entreprise. Les candidats sont toujours plus nombreux, estimant mieux comprendre les leviers pour aider les groupes à s’améliorer.

Quitter une ONG pour rejoindre une entreprise : ils ont franchi le Rubicon
Alexandra Palt, d'Amnesty à L'Oréal
© D.R.

Dans une carrière, il n’y a désormais qu’un pas entre les ONG et l’industrie. Un pari osé. Pourtant, de plus en plus de femmes et d’hommes n’hésitent plus à franchir le Rubicon – quitte à passer pour des judas –, avec l’ambition d’accélérer la prise en compte du « devoir de vigilance des multinationales » cher à Marie-Caroline Caillet [lire l’encadré]. À l’époque du Grenelle de l’environnement, « les secteurs qui avaient des enjeux très forts, comme le pétrole ou le ciment, ont été les premiers à recruter dans le monde associatif », observe Caroline Renoux, la dirigeante de Birdeo, chasseur de têtes spécialisé dans les « nouveaux enjeux sociétaux ». Dix ans après, « on assiste à un réel changement d’échelle ». Ces dernières années, rares sont les industriels à ne pas avoir déniché dans une ONG leur patron de la responsabilité sociétale (RSE), du développement durable, ou un spécialiste du dialogue avec la société civile, dans l’espoir de progresser et de gagner du temps.

Des spécialistes recherchés… et craints

« Ces personnes viennent avec leurs réseaux, une très bonne connaissance du terrain, de leurs sujets, et apportent du sens aux actions, estime Caroline Renoux. À condition qu’elles soient prêtes à discuter avec différentes personnes au sein de l’entreprise. Des profils ultra-militants peuvent faire un peu peur. » Avantage pour l’industrie, le monde associatif a lui aussi entamé sa mue, se professionnalisant en recrutant des étudiants de grandes écoles (Sciences Po, Edhec…) pour rédiger ses plaidoyers et conduire le financement de projets. Voire des ingénieurs agronomes, prisés pour les enjeux d’approvisionnement ou alimentaires. Et ces experts ne rechignent plus à tenter l’immersion au sein de multinationales afin de mieux comprendre l’impact de leurs activités, comme la dirigeante d’Oxfam France, passée chez Total.

Qu’est-ce qui pousse à changer de camp ? L’envie de faire bouger les lignes à une autre échelle a mené des dirigeants associatifs vers la politique, comme Nicolas Hulot et Yannick Jadot. Bruno Rebelle – vingt ans d’ONG au compteur, dont dix chez Greenpeace – a préféré s’installer en 2007 comme consultant. Un choix qu’il assume à la tête de Transitions, une société dédiée aux enjeux de développement durable. « Chez Greenpeace, je bottais les fesses des entreprises. Aujourd’hui je fais la même chose, mais de l’intérieur, précise-t-il. J’ai appris beaucoup sur les ressorts et contraintes dont il faut tenir compte si l’on veut que les changements aboutissent. Mais cela ne veut pas dire que j’ai mis de l’eau dans mon vin ! » Il assure n’accepter que les clients (à 65 % dans le privé : L’Oréal, Interbev…) prêts à « une approche radicale du changement » et au dialogue avec les parties prenantes. Quitte à accompagner de mauvais élèves vers la rédemption, comme Asia Pulp and Paper (APP), géant accusé de participer à la déforestation… contre lequel il avait mené campagne chez Greenpeace, mais qui « a changé de position en 2012 et est aujourd’hui l’un des leaders de la transition en Indonésie », se réjouit Bruno Rebelle. Mis en cause pour cette collaboration dans l’émission « Cash Investigation » du 24 janvier sur France 2, il rappelle avoir obtenu l’accord de Greenpeace et même avoir convaincu l’ONG d’assister aux comités de pilotage mensuels d’APP.

« L’un des leviers clés pour faire changer les choses en profondeur est de travailler main dans la main avec les entreprises, confirme Helen Crowley, la responsable de l’innovation pour le sourcing durable de Kering. En 2011, le groupe travaillait à la définition de nouveaux objectifs de développement durable et avait la volonté d’ouvrir la voie vers un modèle plus durable. J’ai eu envie de participer à cette aventure. » Et pour ceux qui ne croient vraiment pas en la capacité des entreprises à changer, il reste l’exemple de Fairphone. Une start-up néerlandaise de smartphones fondée par les responsables d’une ONG, à la suite d’une campagne de sensibilisation pour un approvisionnement éthique… 

 

Quatre experts qui ont fait le grand saut

D’Amnesty au géant des cosmétiques

Alexandra Palt. Directrice responsabilité sociétale et environnementale chez L’Oréal depuis 2012

Juriste de formation, l’Autrichienne Alexandra Palt a travaillé en Allemagne pour Amnesty International avant de rejoindre IMS-Entreprendre pour la Cité, une association d’entreprises engagées en RSE. Elle a dirigé la promotion de l’égalité à la Halde, puis fondé en 2008 sa propre agence de conseil en stratégie RSE, Fabric of society. Chez L’Oréal, c’est elle qui conduit le grand plan lancé en 2013 pour « innover, produire et consommer durablement » d’ici à 2020.

 

De Greenpeace à Transitions

Bruno Rebelle. Directeur général de Transitions depuis février 2011

Critiqué, pour ne pas dire vilipendé par ses amis, Bruno Rebelle a quitté Greenpeace France, dont il a été le directeur exécutif, pour créer, avec deux associés, le cabinet de conseil Transitions. Cet ancien vétérinaire s’était un temps rapproché de la politique avant de faire le choix de travailler avec les entreprises pour les accompagner vers un développement plus soutenable.

 

De WCS à Kering

Helen Crowley. Responsable de l’innovation pour le sourcing durable chez Kering depuis 2011

Née en Tasmanie, Helen Crowley a travaillé dans le monde entier auprès de communautés locales pour favoriser le développement durable et la préservation de la biodiversité. Chez le groupe de luxe Kering, elle initie des pratiques et partenariats pour rendre l’approvisionnement plus responsable et les matériaux plus durables (programme de production durable de cachemire, coton biologique…). Gucci, l’une des marques du groupe, vient d’annoncer bannir les fourrures de sa collection.

 

De Sherpa à Total

Marie-Caroline Caillet. Directrice conseil droit et RSE chez Greenflex depuis 2015

Juriste, Marie-Caroline Caillet a rejoint le pétrolier Transocean, puis le pôle R & D de Sherpa, association visant à combattre les « crimes économiques » liés à la mondialisation des échanges. Lors de sa thèse de doctorat, elle milite pour le devoir de vigilance et un cadre juridique de la RSE contraignant pour les entreprises transnationales. En 2015, elle intègre Be-Linked, un cabinet spécialiste de la relation entre ONG et entreprises racheté par le cabinet Greenflex, désormais filiale de Total.

 
 

 

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